Décrypter l’intelligence vivante de l’émotion

L’Année Nouvelle ! Nouvelle, vraiment ?

Comment vous la voulez cette Nouvelle Année ?
Bonne, heureuse, joyeuse, en santé, sans Covid, sans masque sans privation, mais avec embrassades, musées, théâtre et cinéma ? Tout ça à la fois ? Oui, bien sûr !


Voilà ce que nous désirons tous retrouver. Nous savons pourtant que quelque chose devrait changer dans nos habitudes consommatrices pour que le monde change, mais… Mais, nous sommes tellement attachés à (ou par) nos représentations, nos croyances et nos fictions, tellement accrochés de nos habituelles réponses pour satisfaire notre désir d’existence que nous ne voyons plus que celles-ci créent naturellement de liens qui enferment ! Ces évidences font partie de nous parce qu’elles sont source de confiance, de certitudes mais aussi d’identité et qu’elles maintiennent une cohérence à notre monde.


Alors, rien de vraiment nouveau finalement ? Plutôt le connu confortable ? Que l’année soit nouvelle sur le calendrier, OK. Qu’elle nous surprenne en mieux et sous la forme de cadeaux, OK. Mais qu’elle le soit sous la forme d’une crise, très peu pour nous ! En fait, le rapport à la nouveauté est bien plus difficile qu’il n’y parait. Faire du nouveau avec l’ancien est difficile à imaginer.


Plutôt que de nous en vouloir d’une telle attitude, de baisser les bras ou de nous distraire en attendant l’effondrement annoncé par beaucoup, nous pourrions commencer par regarder comment la logique émotionnelle éclaire le rapport à la nouveauté, au neuf et au changement.

 
Le responsable de cet état de fait en est le système nerveux lui-même. Il organise notre rapport à ce qui nous est extérieur — les autres, les événements —. Via la perception de nos sens, dans un va-et-vient d’informations sous la forme de sensations et de réactions d’adaptation automatique, notre équilibre homéostatique se maintient dans une cohésion favorable à la vie, à l’origine de l’autoconservation et de la croissance. En cherchant à prolonger dans le temps et en conscience cet équilibre, nous participons au monde, nous en sommes une partie.


Toute notre organisation cérébrale tend ainsi à réduire au maximum l’écart entre l’intention de garantir un état de satisfaction, voire de plaisir, et le résultat de nos comportements censés garantir cet état. La jauge, c’est le ressenti émotionnel, le sentiment éprouvé qui fait suite au comportement adopté. Par exemple, vous avez l’habitude d’exprimer vos envies de cadeaux à votre conjoint pour Noël, persuadé qu’ainsi, vous lui facilitez la tâche et obtenez ce que vous voulez. Mais, celui-ci achète autre chose, persuadé qu’ainsi, il vous fera une surprise et qu’il n’en aura que plus de mérite à vos yeux. Vous voilà déçu, incompris ! Le décalage entre projection et résultat est en effet à l’origine de ce ressenti de dépit. S’en suivent vos représentations binaires sur le couple, l’amour ou le partage. Décidément, c’est compliqué de vivre à deux. L’envie vous vient de retrouver des amis sur les réseaux sociaux. Eux vous comprendront…


Pourtant, et c’est là un paradoxe apparent, cette organisation a bel et bien une intention vitale : réduire l’écart entre satisfaction du désir et résultat, c’est assurer l’équilibre ! Oui, mais assurer l’équilibre réduit la capacité à s’ouvrir à la nouveauté, à la surprise, à l’inhabituel, à l’insolite. Mieux vaut connaitre le processus plutôt qu’en vouloir à l’autre, ou à soi.


Alors, comment faire de cette année une Bonne Année ?

  • En reconnaissant nos comportements pour ce qu’ils sont vraiment : des habitudes profondément ancrées dans le registre automatique de nos systèmes défensifs qui laissent peu d’espace pour recevoir le nouveau
  • En retenant, dans un effort de conscience, nos automatismes destinés à réduire l’écart entre désir de satisfaction et résultat obtenu. Cet effort de s’empêcher ouvre la voie à l’imagination d’autres possibles dans une même intention… exister.
  • En osant la coopération, espace d’écoute et d’expression qui permet aux individus de donner et recevoir des autres, de rendre et de demander.   

Moins glamour que les traditionnels vœux mais plus juste.


Que 2021 soit l’occasion pour chacun de venir apprendre avec nous le langage de la Vie Émotionnelle !

Catherine Aimelet Périssol

Éloge du manque et de l’absence

Calligraphie de Kyoko Rufin-Mori

Ô manque ! je crie ton nom

Je te dis aujourd’hui ma tendresse et mon amour
Ce jour sortie du chaos, relevée du k.o.
 
Ô blanc, Ô absence, Ô manque, Ô pas là … comme je t’entends, te ressens et te comprends maintenant
 
Aujourd’hui, je te vois comme l’éclaireur indispensable
Celui qui de sa lanterne m’a guidée à la vie
 
Bel objet blanc, blanc de l’absence, blanc du manque..
Je te dis aujourd’hui ma tendresse
Comme je comprends ton enseignement maintenant
 
En ai-je pesté de tous ses ressentis, rancœurs et ressentiments
De toutes ses alertes attirant mon attention, faisant le guet et pointant vers le « là » en moi
 
Aujourd’hui, je te vois comme l’éclaireur indispensable
Celui qui, de sa lumière éclaire le tissage du désir, de la présence.

Catherine Le Sage

Calligraphie de Kyoko Rufin-Mori

Le mal a du bon sens

Nul n’est naturellement méchant. Cette parole attribuée à Socrate interroge chacun sur le véritable sens de la méchanceté et donc du mal. Celui que nous faisons, celui que nous éprouvons comme celui que nous subissons du fait des comportements et des paroles de certains autres.
Pour certains thérapeutes, le travail s’achève lorsque le patient a intégré, en conscience et en bienveillance, que le mal existe. Il est devenu ainsi un adulte capable de faire le choix du bien. Non pour se rassurer ou obtenir des autres une assurance sur sa propre valeur, mais pour découvrir cette route semée d’embûches qu’est la vie de tout Être Humain.


Si cette question nous semble importante, c’est que son étude devrait pouvoir soulager la crispation de nombre d’entre nous sur l’obsession du seul bien-être. Car si chacun s’accorde à reconnaitre la valeur biologique du plaisir, nous ne pouvons que nous alerter d’une culture qui le porte aux nues avec le fantasme d’un toujours plus qui ne fait qu’entretenir nos peurs de manquer. La ruée dans les magasins de la semaine passée en dit long sur cette habitude de faire en sorte de ne surtout jamais manquer de rien !
Comment la connaissance de la logique et l’intelligence du processus émotionnel peut nous aider à voir plus clairement ?


Le mal est un mal nécessaire. L’expérience du mal, de la douleur favorise l’éveil du besoin inconscient de protéger l’existence même du corps et par conséquence, la stimulation dans l’esprit des moyens de répondre de cette existence, par la mémoire et la créativité. Il ne s’agit donc pas là de morale mais de biologie.
Pour que le corps puisse être informé, pour que se forme en lui un marqueur somatique selon les mots d’Antonio Damasio, l’expérience du mal être, de la douleur, de la peine, du manque, de la perte de vitalité semble être la voie mise en place par le langage biologique. Et ce pour l’ensemble des êtres vivants. La question n’est donc pas « faut-il souffrir pour vivre ? » mais plutôt « comment la souffrance nous invite à mieux vivre ? »


Accepter cette réalité biologique comme une donnée vitale, source d’inspiration et non punition, peut bouleverser le paradigme dans lequel nous sommes enfermés à force de rechercher tous les moyens pour être bien… sans mal. Alors que la biologie utilise la variation plus et moins comme donnée pour concourir à l’équilibre, l’Humain la voit comme une dualité insupportable où le mal devrait disparaitre. Or malgré nos efforts, force est de constater l’échec de cette vision.


Pour preuve l’actualité de la pandémie Covid19. Nous fantasmons d’éradiquer des formes de vie pour protéger la nôtre. Et plus nous faisons cela, plus nous créons de déséquilibre. Pourtant nous sommes tous informés des déséquilibres créés par l’activité humaine sur notre Terre. Des voix s’élèvent contre ces pratiques, d’autres persistent à faire un peu plus de la même chose.


Le problème n’est pas de vouloir persévérer dans son être, qui est l’apanage de toute forme de vie, c’est la solution du coûte que coûte qui pose problème. Et là les décisions prises au nom de la protection de la collectivité ont un air de coûte que coûte à court terme, quelles que soient les conséquences sur l’avenir. Et ce sans amener chacun à prendre la responsabilité de son propre équilibre : comment favoriser la performance de son propre système immunitaire ? Là est notre pouvoir.


Nous pouvons donc nous interroger sur les décisions de l’exécutif de la privation d’une part de ce pouvoir puisque le sport, la culture, les loisirs, les contacts sociaux favorisant le rire et les échanges…, privilégient la santé par l’apport d’endorphines et diminuent l’excès d’hormones du stress dans le corps. Toute forme de vie s’organise avec les polarités conservation-croissance. Privilégier la seule polarité conservation au détriment de la polarité croissance, ou l’inverse, signifie à terme la mort, que ce soit de l’être comme des sociétés.


Tout comme les 200 avocats et juristes qui ont signé un appel au déconfinement à défendre la vie sous tous ses aspects, « nous nous inquiétons ainsi de devenir cette société du risque zéro qui serait prête à ne plus vivre pour ne pas mourir, et sacrifier pratiquement tout, ses conditions normales de vie, les rapports sociaux, le travail, et même les amitiés, les affects et les convictions politiques et religieuses à la menace de se contaminer. »


On parle de mal pour un bien… Est-ce que le mal actuel peut nous amener à prendre la mesure de l’incidence sur l’environnement, notre entourage, et nous-même de nos comportements ? Est-ce que le mal actuel qui ronge notre société pourrait être l’ouverture vers une prise de conscience que nous faisons partie d’un éco-système dont nous sommes tous, collectivement et individuellement, responsables ? Certains l’ont espéré lors de la première vague de la pandémie, et celle-ci passée nous sommes repartis à nos activités comme si de rien n’était.


Saurons-nous prendre l’opportunité de la deuxième vague pour ouvrir nos yeux ? Puisque la Nature échappe aux bonnes volontés du bien des Hommes, notre intérêt est de la comprendre pour faire alliance avec elle, et sûrement pas de chercher à la neutraliser ou la contrôler.
Le mal existe pour nous informer, nous orienter vers le bon, non seulement pour soi, mais aussi les autres et le monde dont nous faisons partie, dont nous sommes une partie et auquel chacun participe à sa façon. Il a une fonction d’inspiration à la créativité de la nouveauté, sachons la saisir.

Catherine  Aimelet Périssol
Sylvie Alexandre Rochette

Je ne sais pas comment réagir quand quelqu’un pleure devant moi

Par Claire Sejournet

© iStock

Soudain, la personne en face de nous éclate en sanglot. Que faire ? Le discours ambiant, qui valorise l’empathie, nous presse de consoler la personne en larmes. Mais la réalité est beaucoup plus complexe. Le Dr Catherine Aimelet-Perissol nous explique ce qui se joue lorsque quelqu’un pleure devant nous… et pourquoi il ne faut pas culpabiliser si on est déstabilisé.

Pourquoi peut-on se sentir mal à l’aise lorsque quelqu’un pleure devant nous ?

Nous sommes par définition des êtres doués de sensibilité. Ce qui se déroule autour de nous entre en résonnance à l’intérieur de nous. Lorsque quelqu’un rit, stresse, panique… cela a toujours un écho en nous, même lorsqu’on a l’impression de ne pas être touché. Si nous sommes troublés en voyant quelqu’un pleurer, c’est que nous sommes éprouvés, déstabilisés, et que nous avons du mal à gérer notre propre émotion.

Pourtant, c’est l’autre qui pleure, pas nous ?

Les larmes témoignent de la douleur que vit la personne. Elle est manifestement choquée, troublée, bouleversée… Cependant, nous ne sommes pas des éponges à émotions. Nous ne faisons pas nôtre sa détresse, nous avons notre propre émotion par rapport à ses larmes.

Que révèle le fait de ne pas savoir comment réagir ?

Cela en dit beaucoup sur nous-même, sur notre rapport à nos propres émotions, sur notre humanité. Beaucoup de gens se détournent quand ils voient quelqu’un pleurer : ils cherchent à éviter d’entrer en résonnance avec sa détresse, parce qu’il leur est difficile de s’accorder avec eux-mêmes. En réalité, il y a toujours une réaction face à la détresse d’autrui. Sauf que ce peut être une réaction d’évitement, ce qui n’est pas forcément la réaction que la personne en pleurs attend.

Toutes les personnes en larmes attendent-elles d’être consolées ?

Pas du tout ! Pour certaines, un geste de réconfort est d’un grand secours, pour d’autres, c’est insupportable. Certaines vont être reconnaissantes que l’on s’éloigne, d’autres apprécieront une présence silencieuse. Consoler est une réaction possible, mais ce n’est pas la seule.

Vous voulez dire que l’on n’est pas obligé de consoler quelqu’un qui pleure ?

Ni d’un côté, ni de l’autre, il ne faut se forcer à consoler ou à être consolé. Un geste de réconfort est contre-productif s’il n’est pas sincère. Personnellement, je suis arrivée à la conclusion que le plus simple est de demander à la personne qui pleure ce dont elle a besoin. Je pars du principe qu’elle est suffisamment adulte pour répondre à la question : « qu’est-ce qui te ferait du bien ? ». Si elle me répond « rien », je reste simplement là ; ma présence est suffisante, elle implique que je reconnais son chagrin. Si elle souhaite que je la prenne dans les bras, je le fais.

Il est donc possible de fuir poliment ?

Si on a envie de fuir lorsque l’on voit quelqu’un pleurer, c’est qu’on veut s’extraire du face-à-face avec les larmes qui nous met mal à l’aise. Dire « je vais te chercher un mouchoir », ou « je vais faire un café, tu en veux ? » permet de bouger, de se mettre en action. Si la personne nous répond qu’elle a plutôt besoin d’un câlin, ce n’est pas la même chose que d’avoir spontanément ouvert les bras : on est capable d’avoir un geste de réconfort s’il est demandé.

Malgré tout ce que l’on vient de dire, il arrive que l’on culpabilise d’être resté en retrait face aux larmes d’autrui. Doit-on s’en vouloir pour ce comportement ?

Non, car rester de marbre, ne pas montrer que l’on est ébranlé, fuir sont autant de façons de se protéger. Cette réaction de retrait parle de nous, de notre propre histoire. Il faut avoir le courage de reconnaître que ce que l’on fait a du sens pour nous. C’est essentiel de s’accepter comme nous sommes, de se réconcilier avec notre propre attitude dans une situation donnée, car cela préserve de la culpabilité. Mais ce n’est pas une mince affaire !

Est-ce que le lien avec la personne qui pleure peut jouer sur notre réaction ?

Au niveau de la résonnance, ça ne joue pas beaucoup. Les larmes ne nous laissent jamais indifférent, parce qu’elles sont toujours la manifestation d’une douleur. Par contre, en fonction de notre lien avec la personne en pleurs, il sera plus ou moins facile de s’accorder avec notre réaction, quelle qu’elle soit. Il faut bien voir que nous sommes des êtres de situation : de multiples facteurs influencent notre comportement. Selon que l’on est fatigué ou reposé, stressé, pressé, inquiet, heureux… on n’aura pas forcément la même réaction face aux larmes de l’autre.

Finalement, ce que vous dites, c’est que les grands discours sur l’empathie, ça marche en théorie seulement…

Oui, l’empathie, c’est bien beau dans les livres, mais dans la réalité, c’est notre corps qui ressent et qui parle. Intuitivement, on se dit « oh, il faudrait que je sois plus empathique, que je fasse ci ou ça » et puis on réalise qu’on fait totalement autre chose. Ou à l’inverse, on pense à ce que l’on pourrait dire, aux mots à employer, et puis sans comprendre comment c’est arrivé, on est déjà en train de prendre la personne dans les bras. Il est important de se connaître, de savoir ce qui nous fait réagir, ce à quoi on est particulièrement sensible, car les émotions sont un processus très prégnant. Quand elles surviennent, elles sont plus fortes que nous

  Catherine Aimelet-Périssol est médecin et psychothérapeute. Elle a écrit de nombreux ouvrages sur les émotions, dont Ma bible des émotions, parue aux  éditions Leduc.

Cette semaine, j’ai joué au loto

Cette semaine, j’ai joué au loto

Cette semaine, j’ai joué au loto et je n’ai pas gagné ! Mais cette fois-ci, allez savoir pourquoi !…, je me suis interrogée : quel est l’enjeu derrière cette espérance de gain ? Que me manque-t-il de si important ? Finalement « de quoi ai-je réellement besoin pour vivre » ?

Et je me suis mise à écrire ces quelques lignes.

 Pour vivre, finalement, je n’ai pas besoin de grand-chose : un peu de nourriture, si possible variée et équilibrée, un peu de sport, de la danse et du mouvement, pour garder le corps en bonne santé.

Quoi d’autre ? Peut-être un toit et quelques vêtements pour me protéger des intempéries et avoir chaud. Je me suis alors demandée d’où viendrait cette nourriture, ce toit, ces vêtements ? Suis-je en mesure de les produire moi-même ou ai-je besoin des autres ? « Vivre » m’est alors apparu subitement plus exigeant ou plus complexe que prévu.

« Bien vivre » ou « vivre le mieux possible » s’est imposé, vite remplacé, comme une évidence, par « vivre pleinement ». Ainsi ma question est devenue : « De quoi ai-je réellement besoin pour vivre pleinement ? »

La liste de mes besoins s’est soudainement allongée ! Vivre à l’abri des dangers, sans être menacée. Vivre intelligemment, généreusement, passionnément. Aimer ma famille. Rencontrer des gens. Explorer la planète. M’émerveiller de sa beauté. Exercer ma créativité. Apporter ma contribution au monde… et beaucoup d’autres choses encore.

Pourquoi formuler tant de besoins qui ne semblent pas indispensables de prime abord pour vivre mais qui me sont pourtant bien nécessaires ? Se pourrait-il que ce que je nomme « besoins » soient plutôt des solutions que j’ai mises en place en écho à un besoin plus vital, plus archaïque : celui de me sentir plus vivante ?

Vivre à l’abri des dangers serait une solution pour satisfaire mon besoin de sureté.

Aimer ma famille ou rencontrer des gens seraient des solutions pour satisfaire mon besoin d’appartenance.

Vivre généreusement, pour satisfaire mon besoin d’harmonie.

Vivre intelligemment et passionnément, pour satisfaire mon besoin de différence et de sens.

Explorer la planète, mon besoin de liberté. M’émerveiller de sa beauté, mon besoin d’harmonie. Exercer ma créativité, mon besoin d’initiative personnelle …

Besoins, nés de mon besoin vital d’existence, transformés en désirs, sources de mes motivations à entreprendre, agir, choisir … Mais aussi parfois sources de mécontentement à force de vouloir contenter mes désirs à tout prix ! Ou sources d’habitudes qui pourraient se transformer en addictions …

Je ne sais pas si je vais rejouer au loto la semaine prochaine mais je sais que je vais revoir la liste de mes désirs en prenant en compte ce que j’ai déjà mis en place pour vivre pleinement ! A moi ensuite de savourer ou de modifier en conscience ce qui mériterait de l’être au regard de ma vision d’une vie « pleine ».

Si vous aussi, vous souhaitez connaitre les mécanismes qui président à vos choix de vie , comprendre au nom de quoi vous faites ce que vous faites, je vous invite vivement à participer au module « La voie du désir » : 2 jours pour faire le point en toute sécurité et bienveillance, guidées par deux animatrices expérimentées en Logique Emotionnelle : Sylvie Alexandre-Rochette et Catherine Le Sage.

Maïté Pecqueur

Peut-on pleurer devant ses enfants ?

On est fait pour s’entendre, une émission de Flavie Flament

S’il est bien une chose que l’on ne commande pas, ce sont bien les larmes. Certains les laissent couler facilement, d’autres les retiennent. Et lorsque ce sont les parents qui sont bouleversés, ils peuvent être tentés de réprimer leurs émotions, tant il peut paraître naturel de protéger ses enfants des sombres et tristes moments de la vie.

Peut-on pleurer devant nos enfants ? Peut-on partager nos émotions cafardeuses avec eux ? Au contraire, faut-il justement les protéger à tout prix ? « On est fait pour s’entendre » s’est penchée sur le sujet, avec de nombreux conseils et témoignages.

Invités :

Catherine Aimelet-Périssol, docteur en médecine et thérapeute en logique émotionnelle
Gilles-Marie Valet, pédopsychiatre

Écouter ou podcaster l’émission

Lien fonctionnel le 16 octobre 2020

Drôles de vacances ! Drôle de rentrée !

Bon, si je voulais vérifier que, quoiqu’il se passe dans l’environnement, nous sommes mus et émus par un incontournable désir d’existence, ces vacances et cette rentrée en furent l’occasion !


Drôles de vacances ! Partir ? Pas partir ? Je vais préparer les masques, le gel hydroalcoolique, éviter les plages, et donc aller en Montagne, le grand air, j’y serai tranquille et en sécurité, c’est calme la montagne l’été ! Mais cette année, c’est l’affluence record : nous sommes nombreux à avoir eu la même idée. Tiens, cela me rappelle ce que nous dit René Girard du désir : « Nos désirs ne deviennent vraiment convaincants que quand ils sont reflétés par ceux des autres. »


Une amie me prévient : tous masqués dans le village depuis hier, et il y a plein de monde. Effectivement, la rue principale est bondée, des gens me frôlent et je me surprends à penser « il ne peut pas garder ses distances celui-là ? ». Mon désir de Sécurité, versus sûreté, se manifeste de cette façon au détriment apparemment de mon désir d’avoir du lien social. Et puis je m’habituerai au fil des jours…. L’habitude, même limitante, répond aussi à une force de vie ! Ne dit-on pas la force de l’habitude ?


Tiraillée entre mon désir de sûreté et de lien (me référer aux habitudes qui me rassurent, vivre en tribu) et mon désir de liberté (profiter de l’été, vagabonder, découvrir des gens et des lieux nouveaux), je suis inquiète, puis euphorique, puis inquiète selon les informations que j’écoute et les pensées qui m’assaillent. Et donc toute tourneboulée, comme une girouette prise dans le vent fort de la médiatisation du COVID, ou comme un lapin prit dans des phares d’une voiture, tétanisée derrière mon masque.


Selon une lecture psychique de la situation, j’aurais trois possibilités pour répondre à ce trouble et recouvrer la paix. :

  • Fuir ! Mais où ? Le virus se balade sur toute la planète et les informations d’ailleurs ressemblent aux nôtres. 
  • Combattre ! Mais quoi, et qui ? Les donneurs d’informations ? Le virus ?
  • Me replier ! Mais comment ? Rester chez moi, est-ce que c’est possible sans déprimer ? Est-ce que ce n’est pas mourir à petit feu pour nous, occidentaux, si habitués à une vie trépidante ?

Autre piste : méditer ! J’ai remarqué que je me calmais parfois en pratiquant, mais m’énervais d’autres fois ! Il s’agit de me poser sur une chaise pour tenter la tranquillité, de fermer les yeux, d’écouter les sons, de prendre appui sur ma posture, de porter attention à mon souffle, de laisser mes pensées venir et s’en aller sans m’y attacher. Et pourtant je sais, grâce aux philosophes, que mes pensées ne sont pas moi, que tout est impermanent et en permanente transformation ! Mais certains jours, quand je rencontre mon trouble, mon affolement, ma peine, je n’ai plus qu’une idée en tête, arrêter ! Arrêter cette pratique ! Et vite aller marcher, partir en randonnée ou rejoindre des amis pour un apéro ! Toujours mon désir de sécurité, mais cette fois versus liberté. Le savoir philosophique est alors bien loin ! Me voilà pressée d’échapper au malaise éprouvé…


Bon, face à ce chaos tiraillement intérieur entre deux polarités, que me dit la Logique Emotionnelle ? 
Le rapport au réel est la grande affaire de chacun !

Dans « Le réel et son double » Clément Rosset écrit : Quoi qu’on fasse, quoi qu’on pense, quoi qu’on interprète, il n’y a qu’un réel, et il finit toujours par s’imposer. Et en général, cela fait choc, et donc, parfois, ce rapport fait mal ». Les neuroscientifiques valident.


L’émotion dans son processus somatique puis psychique, nous donne justement à voir ce rapport : comment mon corps, autrement dit ma réalité biologique, rencontre-t-il, via mes perceptions et mes sensations, ce réel ? Comment s’adapte-t-il dans l’instant de la rencontre pour que soit satisfait le besoin d’exister ? Ensuite comment mes comportements cherchent à garantir dans le temps cette satisfaction ? Comment ce sens automatique d’adaptation s’installe-t-il en habitudes d’action, de pensées et d’interprétations ?


Mieux connaitre mon fonctionnement, étudier les neurosciences et la Logique Émotionnelle m’aident à mieux comprendre et donc à agir plus en accord avec ma nature d’être humain, mon désir, mes besoins.

 
Par exemple, le jour où j’ai compris que mon cerveau était fait pour agir et non uniquement pour réfléchir, j’ai fait un grand pas sur le chemin d’un certain équilibre et d’une certaine sérénité. Effectivement, l’action me fait du bien, que cela soit marcher, jardiner, danser. Pour Nietzsche « les seules pensées valables viennent en marchant ! »


Plus largement, cette période met en évidence jusqu’où, au nom de son désir d’être toujours en sécurité, l’être humain s’adapte, voire, s’hyper-adapte ! Il est capable d’une vraie compassion et d’une profonde bienveillance, mais ses mécanismes défensifs, sous la forme de déni, de violence ou de renfermement ne sont jamais loin. C’est cela aussi que nous donne à voir la Logique Emotionnelle. Nous sommes sur une ligne de crête, et comme des funambules en haut de la montagne, nous ignorons comment se passera la descente. Oui, vraiment, drôle de rentrée !

Jocelyne Pringard

Restez chez vous !

Tel a été le mot d’ordre pour se protéger, prendre soin de soi et des autres en ces temps de pandémie. Deux mois de confinement qui ont été vécus plus ou moins bien selon sa situation familiale, ses conditions de logement, son approche de la sécurité, son attachement à son identité sociale et le sens donné à sa vie.

Chacun s’est accommodé, certains privilégiant la sûreté en remplissant les placards et rester à la maison, d’autres la liberté en profitant de toutes les possibilités pour sortir coûte que coûte. Bon an mal an, chacun s’est adapté, et à la sortie du confinement, restent quelques traces mémorielles et comportementales de cet épisode. Quand les uns y voient l’opportunité d’un changement de vie et de paradigme bénéfique, d’autres regrettent le confort du connu et restent angoissés, irritables ou encore déprimés.

Avec l’été arrive le temps des vacances, moment de ressourcement ou d’évasion attendu par beaucoup. Sauf que les frontières restent fermées, les gestes barrières de rigueur, et le port du masque obligatoire dans bien des endroits. Cette situation inédite pour nous est vécue par bon nombre comme insupportable.

Alors, comment retrouver sécurité intérieure et apaisement ?

Le lieu de sécurité intérieure inaltérable est de revenir chez soi, à son être en vie dans l’instant. Et d’y rester… chez soi ! Pas confinés entre nos quatre murs, mais en portant attention à ce qui se passe en soi, dans une présence attentive à sa respiration pour commencer, à l’air qui entre par les narines, aux sensations de nos poumons qui se déploient, au ventre qui se gonfle, aux côtes qui se soulèvent… et la même attention sur l’expire. Tout un champ d’expériences sensorielles, de la perception de la température de l’air à la résonance que cela a en soi…
Un exercice tout simple qui s’appelle méditation.

En quoi la LE donne du sens au geste de méditer ?
La méditation, comme la Logique Émotionnelle, sont des pratiques d’attention.

La LE encourage le ralentissement pour avoir le reflet de l’expérience du corps qui émerge dans le mental. Reflet de ce qui sait la vie en soi et la maintient en tout premier lieu de façon automatique, hors conscience et hors volontarisme. Nos habitudes mentales et comportementales sont empreintes de cet automatisme, trop souvent à notre insu. Réfléchir est communément utilisé comme cette capacité à penser, sans entendre le reflet, celui de la vie du corps, dont la pensée serait en quelque sorte le haut-parleur. « Je pense donc je suis », nous dit Descartes. Je pense permet donc d’accéder à cette connaissance que je suis.

Or nous ne cessons de penser et de commenter, souvent de façon réactive, sans laisser le temps à l’expérience de s’installer et de se refléter dans notre mental. Nous finissons par prendre nos commentaires intérieurs pour la réalité.
La LE nous propose de nous poser, de sentir ce que nous sentons comme la seule vérité intime qui nous appartient en propre, non partageable, et à rester un peu à cet endroit de rencontre avec le monde sensoriel, celui de la première sensation qui nous pousse à la réaction, puis celui de nos ressentis accompagnés de toutes ces pollutions mentales qui suivent nos habitudes.

Rester chez soi en méditation est un bon entrainement pour entrer en contact avec ce qui nous anime. C’est oser la prise de risque de sortir de nos habitudes et de franchir le cap de l’inconnu. Sortir de nos habitudes pour innover de nouvelles façons d’être au monde.
Car nous serons amenés à nous rendre compte de nos distractions mentales, entre retour sur un passé qui n’existe plus et une projection sur un futur qui n’existe pas encore. La LE demanderait à quoi sert d’inviter ces personnes, ces situations, ces événements dans ma méditation ? Ces pensées nous disent quelque chose de nos désirs, de notre élan vital.

A force d’entrainement ce geste simple de se poser, dans une posture le dos droit, peut devenir une spirale vertueuse en réalisant que la vie est là en soi, que nous respirons, que nous pouvons à force de discipline apaiser notre mental, qu’il est bon d’être là, présent à soi-même. Que nous sortons du mode réactif pour entrer dans le mode actif.

Si vous persévérez, ce rituel du rendez-vous avec vous deviendra une nécessité, et vous y prendrez goût tant il est bon d’être là, posé, vivant, apaisé.

Sylvie Alexandre Rochette

Raconte-moi une histoire

Il était une fois en Crète, Dédale, ingénieur travaillant pour le roi et constructeur d’un labyrinthe dans lequel était enfermé le Minotaure. Icare, fils de Dédale y fut jeté avec son père.  Pour s’échapper de Crète, les deux hommes utilisent des ailes de plumes attachées par de la cire. Icare se grise du vol et oublieux de l’interdit de son père de voler trop haut, se tue de s’être trop approché du soleil, faisant fondre la cire.

Les contes, mythes et légendes sont aussi anciens qu’il nous est possible de remonter dans le temps pour l’étude des cultures humaines. Bien avant la lecture d’une histoire dans le cérémonial du coucher de nos jeunes enfants, le partage d’une histoire semble bien être un acte majeur dans le fondement des cultures humaines.

Joëlle est grand-mère depuis 1 ans d’un petit garçon nommé Arthur. Quand nous avons bavardé avec elle de son petit-fils, elle nous a dit « je pense que nous ne devrions pas vacciner Arthur, les vaccins ont des effets secondaires graves pour protéger de maladies devenues rares ». Joëlle fait partie du tiers des français selon une enquête de l’institut Gallup de janvier 2019 qui pensent que les vaccins ne sont pas sûrs, quand les deux autres tiers pensent qu’ils le sont.

Saviez-vous que les tours du World Trade Center au sud de Manhattan n’ont jamais existé ?  C’est l’une des nombreuses théories dites « conspirationnistes » qui circulent depuis le 11 septembre 2001.
Dans son livre de 1989 « La Vie est Belle » le paléontologue Stephen Jay Gould raconte l’histoire de la réinterprétation des schistes de Burgess par Harry Whittington dans les années 1970, ouvrant des perspectives radicalement nouvelles sur l’évolution de la vie. Les schistes de Burgess, gisement de fossiles d’animaux du précambrien près de Vancouver en Colombie Britannique au Canada, ont la particularité d’avoir conservé une trace des parties molles des organismes multicellulaires d’il y a 300 millions d’années. Whittington a réussi à décrire l’organisation organique du vivant à cette époque. Il a notamment mis en évidence 10 profils anatomiques dont seuls quelques un subsistent encore de nos jours.

Gould analyse les facteurs qui ont conduit Walcott dans les années 1920 aux premières interprétations complètement erronées de ces fossiles, qui se sont imposées à la communauté scientifique pendant 50 ans. Ces erreurs de Walcott sont les conséquences de ses modèles mentaux, induits par ses idéaux, à travers son engagement religieux, politique et moral. Pour faire simple, si dieu a fait l’homme à son image, alors l’homme est forcément l’aboutissement ultime de l’évolution. Or aujourd’hui les théoriciens modernes de l’évolution s’accordent majoritairement pour dire que des extinctions massives, dues à des catastrophes planétaires, ont permis de nouvelles proliférations animales jusqu’à la prééminence des mammifères et enfin de Sapiens. Une histoire différente de la terre aurait pu conduire par exemple à un monde de dinosaures.

Nous pourrions multiplier à l’infini les exemples de fictions, d’interprétations et de croyances, conséquence des processus par lesquels chacun donne au monde le sens qu’il a pour soi.

Dans plusieurs de ses ouvrages (notamment Le Nouvel Inconscient , et  Perdons-Nous Connaissance ? ), le neurologue Lionel Naccache traite de cette propriété fondamentale de notre vie mentale : l’interprétation consciente fictionnelle. Chaque minute de notre vie consciente se traduit en interprétations que nous ne cessons d’élaborer.

Les FICs (fictions, interprétations, croyances) reflètent un certain degré de réalité. Dans la plupart des expériences matérielles que nous vivons, notre rapport à notre environnement, et aux contraintes qu’il nous impose, nous amène à incorporer des informations venant du monde réel. Nous les utilisons pour corriger sans cesse nos hypothèses mentales. Même si nous sommes fascinés par les oiseaux et que notre imaginaire est stimulé par la légende d’Icare, nous évitons de nous lancer d’une falaise en essayant de voler.

Pour autant, structurellement, la finalité de l’interprétation consciente fictionnelle est de donner un sens à l’information que nous recevons du monde, qui nous convienne à nous. Sa finalité n’est pas de nous permettre de décrire aussi exactement que possible le monde réel dans sa réalité perceptible, matérielle, tangible.

Dès que nous nous éloignons de la matière et de la perception que nous en avons, nous baignons dans un grand nombre de réalités auto référentielles, faisant parties intégrantes de nos cultures humaines. Par exemple, la valeur de l’argent, la valeur d’un diplôme universitaire, l’existence de dieu, sont des réalités auto référentielles. Une réalité auto référentielle se démontre elle-même au contraire d’une réalité matérielle perceptible et dont nous pouvons reproduire invariablement l’expérience (voir par exemple sur ce sujet les ouvrages de François Flahaut L’Homme une Espèce Déboussolée, et de Yuval Noah Harari Homo Deus).

Nous construisons donc des représentations du monde qui sont à la fois vraies et fausses, et si nous ne pouvons-nous empêcher d’interpréter, du fait même de la structure de notre système nerveux, au moins soyons en avertis. Selon le vieil adage, un humain averti en vaudrait deux ?

Dans notre société de l’information, nous avons maintenant accès très aisément à une masse d’informations de toutes natures, qui circulent à grande vitesse dans la population. Une part prépondérante de ces informations sont l’expression de fictions, d’interprétations, ou de croyances. Les médias, radio, télévision, internet, nous proposent les dires de personnes qui nous font principalement part de ce qu’elles retiennent dans leur subjectivité. Il est facile de prendre une information pour argent comptant, il est beaucoup moins aisé d’accéder à la connaissance, d’ailleurs noyée dans le flot.

« Nos sociétés ont inventé une nouvelle forme de résistance à la connaissance » dit L. Naccache dans Perdons nous Connaissance ?, « non le refus des connaissances, comme au Moyen Age, mais la dégradation de celles-ci en simples informations, avec l’illusion que le progrès des connaissances pourrait rester extérieur à nous-mêmes, ne pas modifier la vision que nous avons de nous-mêmes. »
Dans son dernier ouvrage L’Ordre Étrange des Choses, Antonio Damasio s’émeut de cette réalité puis nous propose une conclusion : « notre ouverture d’esprit doit être grande lorsque nous entreprenons d’explorer l’inconnu ».

Osons nous interroger sur nos certitudes.

Alors s’il te plait mon frère humain, raconte-moi une histoire.

Et rappelons-nous l’un à l’autre que c’est une histoire.

Olivier Vidal