Décrypter l’intelligence vivante de l’émotion

Nous sommes définitivement des êtres sensibles !

La sensibilité est le propre de la vie. Pas de vie sans sensorialité, celle de la Terre, de la plante verte, de l’animal celle de l’être humain. Nous sommes sensibles parce que vivants. Mais elle n’a pas toujours bonne presse !

Nous serions trop sensibles dès que perle une larme et se profile un trouble émotionnel, ou pas assez sensible quand nous ne manifestons pas l’émotion qui conviendrait suite à un moment qualifié de… sensible ! Nous faisons tous l’expérience pourtant que la sensibilité ne se décide pas : elle s’impose selon une logique corporelle qui échappe à la logique rationnelle. C’est ainsi que nous avons tendance à nous méfier d’elle, à la juger à l’aune de notre raisonnement — ce qui devrait exister et ce qui ne devrait pas exister — et à développer ainsi des habitudes d’évitement sensoriel qui, malheureusement, intensifie les manifestations sensorielles, d’angoisse, de colère ou de fatigue. De stress donc.

Mais plus nous évitons notre sensorialité, plus nous devenons hypersensibles, et exprimons, envers les autres et/ou envers soi-même, de la réactivité, jusqu’à en tomber malades !

La Logique Emotionnelle nous permet de nous réconcilier avec notre sensorialité. Le plus souvent, nous pensons que nos réactions sensibles viennent de la situation elle-même que nous qualifions de stressante, angoissante, énervante ou fatigante. En externalisant ainsi sur l’événement nos expériences sensibles, nous nous éloignons du véritable sens de la sensibilité.

La sensibilité ou pour utiliser un terme plus actuel dans le monde du bien-être, la sensorialité est une expérience indissociable de la vie : elle témoigne de l’effet en soi de certaines situations extérieures à soi ; elle exprime comment notre monde intérieur est en écho de notre monde extérieur. La température baisse et je suis en tee-shirt ? Je me sens frigorifié et mon corps se met à trembler pour augmenter ma température intérieure. Frigorifiée est une sensation. Ce n’est pas le froid extérieur qui en est responsable mais le besoin de mon corps de s’adapter à cette réalité pour conserver ses 37°. Cet ajustement passe par le désagrément d’une perte d’équilibre temporaire.


Même si nous gardons l’habitude d’accuser le froid, nous voulons bien admettre cette logique adaptative. Mais elle devient plus difficile à accepter quand il s’agit de notre vie affective et émotionnelle.


Et pourtant ! les manifestations sensorielles ont toujours une intention existentielle : nous signaler que notre être vivant cherche à s’adapter, survivre, répondre au besoin de conservation 100 % naturel et biologique.


C’est à nous, êtres humains pleins de raison et si habiles à raisonner loin de cette nature biologique, de nous familiariser avec notre corps, l’apprivoiser, le reconnaitre tel qu’il existe et non tel que nous le voudrions dans nos affabulations.


Alors, notre corps nous rend au centuple l’attention que nous allons lui porter : nous pouvons devenir un être informé « qui en vaut deux » selon la formule consacrée. Non pas informé par les événements extérieurs toujours changeants et que nous ne pouvons contrôler. Mais informés de l’intérieur.


La logique émotionnelle nous invite à faire de notre sensorialité une alliée, à partir à sa découverte et aux étonnants pouvoirs de guérison qu’elle contient. La sensorialité est en effet un mouvement énergétique, naturel et automatique, dans le corps lui-même dont l’intention est non seulement de nous signaler la nécessité de réagir à une situation qui met en jeu notre vitalité mais aussi de favoriser une mobilisation naturelle de survie qui répare des mémoires anciennes.


Il est difficile de raconter cette expérience intime puisque, précisément, elle est intime à chacun. Les mots ne peuvent guère qu’employer les métaphores ou la poésie pour s’approcher de ces expériences pourtant si naturelle.


Mais cet apprentissage — car nous pouvons tous devenir expert en sensorialité — suppose d’accepter le désagrément, l’étrangeté même parfois de cette épreuve. Nos habitudes de pensée nous en éloignent le plus souvent, nous invitant ainsi à reproduire des comportements d’autoprotection sans même réfléchir. Ce qui est certes écologique sur le plan énergétique mais finit par être coûteux sur le long terme puisque nous nous enfermons dans une matrice défensive automatique.


Découvrir, redécouvrir le message sensoriel au cœur de nos émotions, tel est l’invitation de la logique émotionnelle. Que ce soit dans des émotions débordantes ou dans ces habitudes ressassées pleines d’angoisse, de colère ou de culpabilité, l’attention portée à la sensorialité est profondément libératrice.

Catherine Aimelet Périssol

hebdo, sensations