Décrypter l’intelligence vivante de l’émotion

Le cadeau de la vie

Des cadeaux, la vie nous en offre à maintes occasions. Il y a ceux qui fêtent les anniversaires – de naissance, de mariage… -, ceux qui célèbrent nos réussites – diplômes, création d’entreprise… – et ceux qui marquent, un peu partout dans le monde, l’esprit de Noël.

Tous ces cadeaux que nous offrons ou recevons s’inscrivent dans le monde matériel. Mais il en est d’autres, moins visibles, plus subtils dont nous entendons parler dans cette phrase « il y a un cadeau derrière ».
Derrière une situation, ou une expérience, dans laquelle nous nous sentons déstabilisés, chamboulés.
Comme si, dans tout ce que nous traversons de difficile, il y avait « toujours » la possibilité d’une « bonne surprise » à découvrir dans l’instant comme une évidence, ou un peu plus tard, voire beaucoup plus tard, lorsque nous avons encaissé le choc ou sommes capables de prendre du recul.

Quel regard pose la LE sur ces épineux cadeaux de la vie ?

Un cadeau c’est « ce que l’on offre à quelqu’un à titre gracieux pour lui faire plaisir ». Dans le corps, et plus particulièrement dans le cerveau, le cadeau c’est celui qui active le circuit de la récompense nous permettant ainsi de gouter un état de satisfaction physique et psychique.
Partant de là, voir chaque évènement si désagréable soit-il comme un cadeau exprimerait le désir d’avoir toujours de la satisfaction (ou du bien-être).
Or, notre corps face à une situation inattendue ou non expérimentée, réagit à partir d’un contexte, somme de toutes nos expériences passées. Rien ne garantit que ce que le corps va éprouver soit « toujours » du côté du plaisir, et donc d’un cadeau à reconnaitre. Au contraire, selon ce que nous avons vu, entendu, touché qui nous fait nous sentir heurtés, bousculés, freinés etc… et selon la façon dont nous y répondons, nous pouvons faire l’expérience de l’inconfort, de la difficulté ou encore de l’ennui.
Et c’est en allant d’abord contacter ce qui se passe en nous, puis dans un second temps en observant ce que nous faisons, concrètement, avant d’écouter ce que nous nous racontons pour donner du sens à ce que nous avons vécu, que nous pouvons faire le tri entre ce qui est « bon, satisfaisant » pour nous et ce qui ne l’est pas.

Ce fameux « cadeau » qu’il faudrait voir dans chacun des événements que la vie nous donne à vivre n’est-il pas là ? Dans cette expérience sensible du vivant à l’intérieur de nous, de ce qui nous met en mouvement et qui nous apprend un peu plus chaque jour comment nous fonctionnons et comment nous pouvons prendre soin de nous dans l’instant.


Il n’y a rien à attendre de l’extérieur. Le cadeau nous nous l’offrons à nous-même en nous redonnant notre part responsable, et donc actrice, pour répondre en conscience à la situation dans laquelle nous nous sommes sentis déstabilisés.

A quelques semaines de Noël, je vous souhaite autant de cadeaux que d’évènements traversés.

Caroline Wietzel

Je danse avec les Extrêmes

Entre les deux, mon cœur balance. Je peux voir le verre complètement vide et puis, un moment plus ou moins long plus tard, le voir complètement plein. Je peux agir dans un sens et l’instant d’après, opérer dans le sens contraire. D’ailleurs, je peux même trouver cela très évident et naturel, me tournant, ainsi que d’autres, en bourrique. Et ce faisant, me sentir étourdie, comme si le vertige me prenait, tant je peux me surprendre à agir comme une girouette. 

« Logique ? » Me risquerais-je ?  

Eh bien, oui. La « Logique Émotionnelle » apporte un éclairage singulier sur cette valse en fondant ce phénomène sur la biologie, plus précisément sur l’homéostasie. Elle permet de donner du sens à ce tourbillon mental et comportemental !

L’homéostasie, c’est cette fourchette définie par les deux termes inférieur et supérieur que nous regardons, toutes et tous, sur le côté droit du document lorsque nous tentons de déchiffrer les résultats de nos analyses biologiques. Le bon chiffre est celui qui se situe dans cette fourchette. Et dès qu’il en sort nous remarquons qu’il est noté en gras… 
Notre vie, notre santé, notre bien-être physiologique –donc psychique aussi- dépend du maintien de nos chiffres à l’intérieur de cette fourchette de valeurs, sinon ils signalent un désordre.

Comment la LE et son corollaire l’homéostasie peuvent-elles m’aider à comprendre cette danse avec les extrêmes, telle une girouette intérieure qui entretient chez moi indécision et frustration ? Comme un désordre des solutions de mon corps esprit ?

Il me semble sincèrement, considérant la vitesse de circulation des échanges dans le cerveau, que mes pensées, mes comportements, et mon agitation vont de pair. En effet, si je regarde au ralenti mon mouvement adaptatif, je peux voir que mes habitudes de répondre aux événements sur un mode défensif sont des réponses automatiques empreintes de survie certes, que le balancier s’impose comme une solution, mais qu’en même temps elles ont quelques conséquences.

Pour autant, vouloir échapper au processus, lutter contre, subir comme une fatalité ce phénomène vivant de complémentarité des polarités, c’est prendre le risque de générer encore plus de stress. Qui peut même être compris comme une résistance au processus naturel de la vie au nom d’en éviter les conséquences ! Avoir « toujours plus » pour ne « manquer jamais » de sûreté ou de liberté par exemple, est la voie la plus sûre pour entretenir la pression intérieure mais aussi extérieure, sur son environnement. La LE, en décrivant le mouvement de balancier entre deux extrêmes, me donne la possibilité de mieux me connaitre ainsi que des indications pour me rapprocher de la fourchette d’équilibre.

A moi de développer mon attention au langage de mon corps esprit, à oser considérer la valeur vitale de mon tourbillon !

Yassamane Sassanfar

Oser l’incertitude

Sous le ciel de nos contrées, plusieurs générations ont eu la chance et le plaisir de vivre dans des conditions plutôt privilégiées, sans guerre, sans épidémie grave, sans famine… et nous nous y sommes habitués.
Au point de penser que c’est la norme ! Le jour s’est levé hier, avant-hier, et tous les jours d’avant, et donc il se lèvera demain, après-demain et tous les jours d’après.
De cela nous sommes sûrs ! Pourtant, ce n’est que le résultat de ce que nous avons observé, de notre expérience mémorisée.


Aussi dès qu’une situation inédite arrive ou nous arrive, nous voilà d’abord pris de panique à rechercher toujours plus de sécurité, les uns dans la version sûreté, les autres dans la version liberté. Ou pris de raideur à imposer encore plus d’Identité, les uns dans la version appartenance, tous pareils, les autres dans la version différence, distinction.


Nous faisons comme si nous avions une connaissance purement intellectuelle que le monde change sans cesse, régie par l’impermanence — qui est d’ailleurs la seule permanence — puisque nous fantasmons quand même d’éviter le manque et de conserver un environnement sûr, voire sûr et certain… Et si nous acceptons le changement, c’est seulement du côté du bon et du mieux.

Sauf que ce que nous expérimentons a une tout autre couleur, avec des chocs inévitables et des habitudes réactives. Toujours la même loi biologique à l’œuvre qui nous presse de nous adapter : soit nous prenons toutes les opportunités de satisfaction, soit nous évitons, contrôlons ou encore nous résignons et subissons. Plus nous restons enfermés dans nos habitudes, avec un résultat prédictif satisfaisant pour faire face à la situation, plus innover, imaginer, créer, prendre le risque de l’incertitude est difficile.

Comment alors sortir de ses habitudes, se mettre en accord, s’accorder avec le changement, que ce soit l’environnement, nos proches, ou encore nous-mêmes ? Comment devenir un individu qui agit en conscience de ce qui l’anime, des lois biologiques à l’œuvre, plutôt que de subir le modèle unique de survie ?

Comment la LE peut-elle nous aider à relever ce défi ?


Oser l’incertitude, c’est s’ouvrir à la situation, oser prendre un risque avec un résultat (encore) incertain. C’est oser agir en conscience pour sortir des impasses, sans témérité, mais avec courage, en s’appuyant sur l’intelligence du système émotionnel : l’information sensorielle, le sens vital de ce que nous faisons déjà, notre capacité à innover dans le même objectif de vie. Car il s’agit bien à la fois de garantir les moyens de notre existence, mais en sortant de nos évidences pour passer par une autre voie.


Agir en conscience et en connaissance nous demande de ralentir, de nous poser pour réaliser ce qui vient nous choquer, interroger les représentations qu’inévitablement nous élaborons, énoncer les habitudes que nous avons mises en place, et s’ouvrir au formidable potentiel qui est le nôtre et qui reste encore à explorer.

Sylvie Alexandre-Rochette

Que dit la logique émotionnelle de l’alignement ?

Voilà que sonne l’heure de la rentrée, à la fois différente et toujours la même, avec son cortège de bonnes résolutions tissées par l’envie de faire autrement. Maison, travail, famille, amis, santé… tous les pans de la vie, ou presque, sont revus à l’aune des expériences et décisions estivales.
Comme une urgence à répondre enfin aux promesses oubliées, aux valeurs malmenées, aux signes négligés.
Dans le yoga que j’enseigne, cet impératif à suivre ce qui nous parait essentiel est illustré par le terme d’« alignement ». Et nous accompagnons volontiers le propos d’un geste de la main qui, partant du front, glisse en ligne droite jusqu’au sternum. Aligner mental et cœur, corps et esprit, terre et ciel.
Que dit la logique émotionnelle de l’alignement ?

Regardons le mot. « Aligner » vient du mot « lin ». Le terme s’est étendu de l’objet en lin au trait tracé. Sans précision de droiture. Pourtant, la première image mentale qui me vient est celle de quelque chose de droit, verticalement ou horizontalement. D’ailleurs, notre langage parle volontiers d’alignement des planètes (les unes derrière les autres), des chakras (les uns au-dessus des autres), des phrases (les unes après les autres) ou d’une politique (l’une en miroir de l’autre).
Mais cette représentation spatiale est-elle applicable au mot tel qu’il est utilisé dans le yoga ou dans toute pratique spirituelle ?
Cette idée d’un « tracé » implique-t-elle immobilité, inertie voire, puisque c’est aligné, que cela ne bouge plus ?

La LE nous rappelle que la force du vivant, c’est d’aller chercher un équilibre qui soit favorable à la vie.
« La nécessité d’être en équilibre est inscrite au plus profond de nos cellules » nous en dit Catherine Aimelet Perissol.

En effet, et sans que nous en ayons conscience, notre corps perd l’équilibre, cherche et le retrouve constamment puis tend à le conserver coûte que coûte. Ne serait-ce que physiquement pour, en bon bipède, tenir debout ce qui est l’aspiration naturelle du corps. Si nous prenons l’exemple de la marche nous voyons bien qu’il y a un mouvement qui nous fait passer d’un état de déséquilibre (sur un pied) à celui d’équilibre (revenir sur deux pieds).
L’un ne va pas sans l’autre : l’équilibre est un mouvement, une alternance dans le temps et non un état de stabilité fixe, tout comme la nuit ne va pas sans le jour ou le vide ne va pas sans le plein.
La pratique yogique ne saurait échapper à ce processus.
Lorsque nous cherchons à nous aligner c’est à partir d’une expérience éprouvée de perte d’alignement, d’une sensation corporelle ou d’un sentiment psychocorporel de désalignement. Nous pouvons nous sentir tiraillés, divisés ou encore oppressés : ces ressentis sont des signaux que le mental fait résonner au travers des mots et des pensées.
Mais à côté de tout ce que nous nous racontons «  quelque chose se passe en moi et m’invite à retrouver l’alignement… ». Comme un fil que nous reprenons là où nous l’avons laissé avant que le flux (ou la somme ? ) de nos habitudes nous pilotent (en mode automatique). Ce fameux fil de « lin » dont est tiré le mot « alignement » et qui, lorsqu’il est tissé, dessine un entrelacs. Nous pouvons alors voir l’alignement telle une trame nous conviant à regarder ce qui se vit. Une boucle un peu lâche ou trop serrée perturbe l’équilibre, l’harmonie d’un canevas identifié comme essentiel et favorable à la vie.

Retrouver un alignement est un mouvement dont le but est de nous faire sentir l’équilibre de ce tissage, non pour le garder et y rester toujours mais pour connaitre le chemin qui nous y conduit.

Caroline Wietzel

L’habitude nous joue des tours, nous qui pensions …

L’habitude nous joue des tours, nous qui pensions que notre Moi conscient était à la manœuvre dans tous nos choix et nos rythmes de vie. C’est méconnaître la force du Moi des habitudes.

Dès le matin chacun d’entre nous a son petit rituel, douche puis petit déjeuner, ou le contraire, à moins que ce soit réveiller les enfants d’abord puis préparer le petit déjeuner car votre douche, vous la prenez le soir !

Sur cette planète, le vivant répond à des biorythmes fait d’habitudes. Même l’univers en a, la Terre tourne toujours dans le même sens autour du soleil par exemple. Habitudes qui favorisent l’harmonie et l’équilibre des forces.

Dès que nous avons suffisamment répété un geste, la mémoire procédurale fait le reste, et nous pouvons le répéter sans avoir à y penser. Les sportifs le savent bien, les musiciens aussi, qui répètent inlassablement les mêmes gestes. Cette mémoire procédurale, celle qui mémorise la procédure des actions, est tapie dans les profondeurs de nos circuits neuronaux.

Quand vous avez appris à conduire, vous avez sans doute trouvé la tâche complexe : débrayer pour passer la vitesse avec la main droite en gardant la gauche sur le volant, accélérer du pied droit et lâcher l’embrayage du pied gauche, tout en regardant devant vous, vigilant à ce qui se passe autour, et attentif à l’itinéraire pour vous rendre à destination. Quelques années plus tard, vous conduisez sans y penser, au profit de penser à votre journée, aux tâches urgentes, à la liste des courses, la facture à payer, ou à vous refaire le scénario du conflit avec votre voisine… Votre corps-esprit agit jusqu’à ce que la perception d’une situation inhabituelle vous sorte de vos rêveries : un carambolage, un orage soudain, une route barrée… et vous voilà revenu à la réalité du moment présent.

Regardons-y de plus près : la logique émotionnelle nous apprend que la voie du désir, autrement dit de l’élan vital, se déploie en habitudes, comportementales et aussi mentales. Pourtant nous pouvons remettre en question cette boucle vertueuse quand nous constatons que notre comportement est inadapté, comme freiner quand survient un obstacle alors que la route est enneigée. Dans ce cas précis votre habitude, qui s’est pourtant imposée à vous, est inadéquate à la situation puisqu’il y a de fortes probabilités que vous partiez dans le décor.


Nos habitudes se sont installées parce qu’elles ont été sources de satisfaction : quand je freine, j’évite l’obstacle. Elles ont ceci d’extrêmement précieux qu’elles favorisent DE FAIT la persévérance. Quand une action a été source de récompense, il est évident dans nos connexions neuronales qu’elle va l’être à nouveau pour répondre à notre désir. Elles sont aussi écologiques puisqu’elles libèrent de l’espace mental pour d’autres décisions ou réflexions, pendant que nous agissons presque hors décision consciente.


Mais elles ont aussi quelques inconvénients.
Notre vigilance est amoindrie : ainsi vous venez de vous couper le doigt en cuisinant, ou avez un accident à 50 m de chez vous. Un autre inconvénient est qu’elles sont comme des partenaires muets qui s’imposent à nous, que nous le voulions ou non.
Lutter contre ses habitudes ou s’en vouloir de les avoir revient à lutter contre soi-même et c’est intenable. Les « il faut que j’arrête de me plaindre, de me mettre en colère, de grignoter… » occupent tout notre espace mental, mettent à mal notre volonté et nous usent à force d’inefficacité. Voie sans issue donc que se demander d’arrêter. Il s’agirait plutôt d’OUVRIR notre champ des possibles et décider (par) quoi commencer : plutôt qu’arrêter de me plaindre, commencer à cultiver le contentement ? Plutôt qu’arrêter de me mettre en colère, cultiver la bonne humeur ? Plutôt qu’arrêter de grignoter, décider de manger uniquement pendant les repas ?


Le défi est de synchroniser la force d’attraction profonde et opiniâtre du désir avec nos intentions conscientes, en mettant en place une nouvelle habitude. Cela demande un effort de volonté jusqu’à ce que l’habitude s’installe. Il s’agit d’être modeste, de persévérer, et d’orienter son esprit et ses actes vers une nouvelle forme de récompense plutôt que de vouloir cesser ce qui s’est installé.


Et si vous commenciez par prendre l’habitude de parler de ce qui est, de l’existant, à la forme affirmative, comme proposé dans notre précédent clin d’œil ?

Sylvie Alexandre-Rochette

Qui suis-je ? Expérimenter la forme affirmative …

Avez-vous déjà porté attention à la forme des réponses que vous apportez aux questions banales du quotidien ou aux propos que vous formulez dans vos notes professionnelles ?

La forme négative vous est-elle familière pour exprimer vos sentiments, vos actes ou vos idées ?

« Je ne suis pas en forme ce matin…
« Je n’ai pas bien dormi cette nuit…
« Je ne suis pas passionnée par cette émission, ce livre, cet article…
« Je n’ai pas terminé ce dossier…
« Je n’ai pas lu ton mail…
« Je n’ai pas réussi à clarifier ce point…
« Je ne suis pas d’accord avec cette stratégie, cette décision…
« Je ne partage pas ton point de vue…
« Je n’ai pas le temps de …
« Je n’aime pas ton costume…
« Je n’apprécie pas ce plat…
« Je n’ai pas… Je ne suis pas… Je ne partage pas … Je n’aime pas… »

Utiliser la forme négative, c’est exprimer ce qui n’est pas, ce qui manque, comme un creux, une faille, un vide, un gouffre, un abysse, … qui pourrait être aussi un abri, une tanière, une grotte, une caverne, un repli …

Utiliser la forme négative, serait-ce donc une forme d’évitement, de zapping, de raccourci, de facilité, de solution de paresse au regard de l’effort que représenterait une forme affirmative ? Affirmation de ce qui est déjà là, de ce que j’ai déjà, de ce que je suis au présent, de ce que j’aime, de ce que je partage, de ce que j’ai déjà fait ou réussi, de ce que j’apprécie en ce moment…
Forme affirmative à ne pas confondre avec la forme positive où « Je ne suis pas en forme ce matin » se traduirait en « Je suis en forme ce matin » !

La forme affirmative exige de l’attention, de l’application, de la délicatesse, du soin, un peu de zèle et de la diligence dans le choix du mot qui me définit, me reflète, me qualifie…
« Je suis un peu raide ce matin », « J’ai dormi cinq heures cette nuit », « J’ai écrit la moitié de cet article », « J’ai déjà rédigé trois pages », « J’ai entendu ou je comprends tes arguments : les miens sont les suivants… », « Je préfère ton costume bleu », « J’ai déjà trois réunions. Mon emploi du temps est complet ce matin. Que pourrais-tu proposer d’autre ? » …

La forme affirmative est celle que choisit la voie du désir, celle qui construit pas à pas, qui cherche la justesse, qui donne du goût à l’existence, du sens et de l’ambition à nos choix…
Elle procure une grande satisfaction et c’est celle qu’apprécie notre corps et notre cerveau !

Qui suis-je finalement ?
J’ai choisi pour l’illustrer un extrait du dernier livre d’Edgar Morin « Les souvenirs viennent à moi » : « …Je suis un Tout pour moi, tout en n’étant quasi rien pour le Tout. Je suis un humain parmi huit milliards, je suis un individu singulier et quelconque, différent et semblable aux autres. Je suis le produit d’évènements et de rencontres improbables, aléatoires, ambivalentes, surprenantes, inattendues. Et en même temps, je suis Moi, individu concret, doté d’une machine hypercomplexe auto-éco-organisatrice qu’est mon organisme, machine non triviale, capable de répondre à l’inattendu et de créer de l’inattendu. Le cerveau donne à chacun l’esprit et l’âme invisibles au neuroscientifique qui analyse le cerveau, mais émergeant en chaque humain dans sa relation avec autrui et avec le monde. »

Maïté Pecqueur
Psycho praticienne et co-autrice du livre « La vie secrète des émotions »

L’indépendance est-elle un mythe ?

Qui ne rêve de devenir plus indépendant du regard des autres, des reproches de son conjoint, des attentes de son manager, du contexte social ou de l’influence de la mode ? Qui ne rêve de devenir enfin « lui-même », totalement à l’origine de ses choix et de ses actions ? Qui ne rêve de se libérer d’être trop dépendant affectif ?

Mais ce rêve que nous partageons tous aboutit à bien des frustrations. Pire, plus nous cherchons à contrôler notre vie, plus elle échappe, plus le stress augmente… et plus nous nous en voulons de rester dépendants, malgré notre volonté et nos efforts pour résister à cette tendance.

Alors plutôt que nous maudire, nous culpabiliser ou en vouloir aux autres et aux circonstances, nous pouvons nous tourner vers le fonctionnement à l’origine de la dépendance elle-même.

De la dépendance, de l’attachement à nos habitudes comme de nos addictions elles-mêmes ! Avant de voir là des effets de la psychologie, c’est à la biologie que nous devons le phénomène de dépendance !

La logique émotionnelle décrit comment se manifeste la nécessité biologique de la dépendance. Elle modélise ainsi le lien corps esprit, le passage d’une logique corporelle de survie à une logique socio-culturelle de vie dans le temps. Le phénomène de dépendance prend ainsi racine, non simplement parce que nous sommes des êtres sociaux, mais du fait de la nécessité de la vie : celle du corps et en miroir, celle de la culture répondent au principe de conservation et d’évolution, principe qui débute dans la recherche homéostasique de tout corps vivant. C’est là que nous pouvons trouver les clés, non pour nous libérer -voire nous débarrasser- de nos dépendances, affective ou matérielle, mais pour agir en connaissances de ces causes existentielles qui régissent nos existences.

Nous avons bien du mal à admettre être à ce point redevable de notre nature physique, si convaincus que seule notre nature psychique et raisonnante guide nos comportements et nos ressentis. Quitte à ne s’intéresser aux découvertes des neurosciences que du seul point de vue intellectuel, comme si le sapiens était d’une nature différente des autres êtres vivants. Une erreur que nous payons de plus en plus cher.

Alors oui, nous sommes des êtres d’habitudes, de dépendance et d’addictions. Quel qu’en soit le prix, elles nous définissent et nous enferment. Et si la liberté commençait dans cette connaissance comme une invitation à regarder avec admiration et humour cette merveilleuse citadelle intérieure en résonance avec un contexte en perpétuelle évolution?


Catherine Aimelet Périssol

Le Crocodile et la Mangouste

Où il est question de cerveau « reptilien », une fable LE :

Professeur Croco, j’ai lu sur Internet que nous, mammifères, avions un cerveau reptilien. Est-ce un fait avéré ?

Et bien chère Mangouste, baille longuement l’éméritus, qui venait de déjeuner d’une petite gazelle, il nous faut chercher très loin dans le temps un ancêtre à nous deux commun. Plus de 300 millions d’années. Il ressemblait à un petit lézard. Son organisation cérébrale est depuis longtemps oubliée. Son cerveau devait être plus simple, un peu comme celui d’un amphibien d’aujourd’hui. Il faut une grande imagination pour dire que nos cerveaux se sont développés en couches successives et que cet ancêtre commun nous a légué son organisation cérébrale dans les profondeurs de la nôtre !

Pourtant professeur, beaucoup, et notamment chez ce grand arrogant de Sapiens, disent qu’il existerait une partie de leur cerveau qui serait essentiellement viscérale et ils l’appellent volontiers le cerveau « reptilien ».

Sapiens ! marmonne le Saurien en ouvrant un œil, au milieu de sa sieste postprandiale au soleil, et bien Mangouste, sais-tu que jusqu’il y a encore peu il se disait être l’espèce élue et que son cerveau était plus moderne que celui des autres animaux actuels, et bien entendu que celui des reptiles qu’il considère primitifs ? Or il a fini par se rendre compte de ce que la biologie nous a conduit à des évolutions parallèles. Chacun s’est adapté à l’environnement dans lequel il vit. Nous crocodiles possédons d’ailleurs aussi un Cortex. Sapiens l’a interprété comme étant l’analogue de son Striatum(1) avant de corriger son erreur.

Le fait avéré murmure encore Croco toujours un peu somnolent, c’est que nous partageons avec l’ensemble du monde animal la capacité de réagir par des automatismes au moment présent. Puis, pour nous adapter, nous mémorisons les comportements dont l’expérience répond à nos besoins. Enfin nous nous projetons en anticipation d’un futur probable.

Mais alors Professeur, comment expliquez-vous qu’autant d’humains se disent avoir un cerveau reptilien ?

Ah Mangouste ! Mon ami Lionel(2) me parlait justement de Sapiens il y a quelques jours. Il me disait que chaque humain est structuré pour donner nom et sens à ce qu’il observe quitte à réduire ses observations à ce qui l’intéresse. Quand quelque chose lui échappe, il invente inconsciemment ce qui lui manque à partir de ce qu’il reconnaît. Puis il prend conscience de la représentation qui en résulte. Ensuite il croit fermement avoir tout perçu et tout compris. Du moins tant que la réalité le prive d’un démenti catégorique.

Selon moi, continue Croco, cela conduit Sapiens à qualifier de reptilien la vitalité ontologique même qui l’anime. Il la mécomprend, et il aimerait en éviter les manifestations, les maîtriser ou s’en couper. Comme s’il voulait se débarrasser de sa condition animale ! Par désir de cohérence, il fait comme s’il pouvait attribuer ses mécanismes homéostasiques à quelque chose qu’il peut nommer, qu’il voit vivre autour de lui dans les marigots, qu’il considère comme primaire. Ironie de l’histoire, pour avoir d’avantage de vie, il en vient à déconsidérer les mécanismes même d’incarnation de sa vitalité. Il préfère vivre dans la cohérence de ses interprétations plutôt que dans une ouverture attentive à ce qui lui arrive, à observer le monde, pour progresser dans ses connaissances.

Oh oui Professeur, c’est vrai qu’il est beaucoup plus facile de se laisser aller à interpréter que de se concentrer sur son expérience de vie et ce qui se produit. Quelle chance nous avons d’étudier avec vous les réalités biologiques de la nature. Moi j’ai du mal à comprendre Sapiens. Pourquoi alors qu’il est bien plus gros que moi, a-t-il peur des serpents ? Moi, j’aime bien les serpents.

Le docte savant bouge un peu la queue et, ouvrant son deuxième œil, se réveille tout à fait.

Mangouste, tu es une étudiante brillante et tu as bien compris que si tu te débarrasses de tous les serpents, tu seras privée de l’excitation de les chasser, et du goût de leur chair. Observer la biologie et mieux la connaître te permettent d’accéder à l’intelligence et à la sagesse de 4 milliards d’années de vie et d’évolution. Une connaissance que tu peux mettre à profit pour te comporter en animal responsable, plutôt que de répéter tes automatismes, instinctifs ou appris. Une école d’humilité aussi, puisque si aiguisés que soient nos cerveaux, ce que nous ignorons est incommensurablement plus vaste que ce que nous connaissons. L’univers est une source infinie de nouveau. Au moins en y étant attentif, et même si le sens que nous donnons à la vie devient plus incertain, nous pouvons ainsi prétendre disposer d’un remède à l’ennui.

Sur ce et sans un mot, le Saurien se glisse dans l’eau du marigot, et s’en va se rafraichir les idées.

Olivier Vidal

(1) En neuroanatomie, le striatum est une structure nerveuse sous-corticale. Il est impliqué dans le mouvement volontaire, les comportements appétifs ou aversifs, la gestion de la douleur (via le système dopaminergique) et la cicatrisation voire la régénérescence de certains tissus cérébraux. Source Wikipédia.

(2) Lionel Naccache ICM (institut cerveau et moelle épinière ) auteur du livre « Le Cinéma Intérieur » Odile Jacob octobre 2020

Qu’en est-il quand la vie est en jeu ?

Décidément, l’actualité Covid nous donne à voir combien nos automatismes et nos habitudes sont à l’œuvre en toutes circonstances. Chacun s’adapte au présent avec les polarités conservation-croissance. Certains des bien portants, au nom d’avoir toujours de la sûreté évitent les contacts, quand d’autres, au nom d’avoir toujours de la liberté entendent poursuivre leur vie comme d’habitude. Tout changement d’environnement nous interroge sur nos habitudes et révèle le processus émotionnel.

Survigilance, déni, révolte, dépression… telle est la façon défensive des uns et des autres de s’adapter au contexte présent. Que suis-je si… Qui suis-je si… Quel sens a ma vie si… ?

Ce Clin d’œil sera plus long que d’ordinaire puisque nous avons opté de faire paraitre un morceau choisi du témoignage préparé pour ce clin d’oeil par Usha, psychopraticien en Logique Emotionnelle qui a fait l’épreuve de la maladie COVID-19 et du coma artificiel. Nous verrons combien c’est tout le corps-esprit qui se mobilise dans une épreuve ultime. Alors qu’il constate ses stratégies de contrôle et de maitrise, il réalise aussi que ses habitudes de penser selon ce modèle entretient l’angoisse, puis comment en s’appuyant sur ses sensations, au présent, jusqu’à lâcher prise sur le contrôle, il prend prise sur le sens de la vie. Il abandonne sans s’abandonner, il choisit de suivre le mouvement de vie plutôt que lutter contre la mort.

Réanimons-nous !

Le 3 novembre 2020, à 14h37, j’ai l’impression de renaître. J’ai 45 ans. J’ai passé l’épreuve du Covid, après avoir été plongé dans un coma artificiel, appareillé, pour respirer sans épuiser mon corps.

Ce jour-là je me représente comme le personnage et l’auteur d’un film d’anima-tion au ralenti, chaque geste que je fais, autonome, est un cadeau. Ce « présent » je le palpe, je sens sa texture : épaisse, légère, rugueuse. Je respire à nouveau, seul. Je parle avec ma bien-aimée. Je bois de l’eau. Revivre d’air pur, d’amour et d’eau fraiche : la joie d’une re-découverte !

Quelques jours plus tôt, j’ai été « réanimé », soigné par des femmes et des hommes, éprouvés, à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière. Je leur dis humblement merci…

… J’ai traversé ce ou ces chocs traumatiques, ayant été traversé par eux. Au lieu de m’y arrêter, je m’en suis fait présent. Mon corps a eu du mal à s’en remettre (trois mois d’épreuve) et je vois en même temps à quel point l’expérience de l’épreuve peut s’avérer bénéfique.

J’ai vu combien mes habitudes mentales de pensées automatiques et comportementales de contrôle, m’ont conduit à exiger, parallèlement à ce que je vivais dans mon corps, de conserver coûte que coûte la maitrise et combien cette habitude alimentait mon anxiété. J’en ai fait l’expérience en direct live.

Comme en position méta par rapport à moi-même, je me vois penser, de deux manières :

  1. Penser, mouliner, chercher à contrôler, alimente chez moi l’anxiété, la peur de ne plus pouvoir respirer.
  2. Et simultanément quand je me vois penser, je vois comment le corps lui-même parle et se parle. Cette stratégie cognitive est elle-même du biologique, de l’aspiration à exister !

Deux formes de « penser » qui me font voir mon monde intérieur comme dissocié : mon corps, mon monologue intérieur, et moi-même me regardant agir/penser ? C’est encore une représentation !

En quoi la logique émotionnelle me sert dans cette épreuve et dans l’expérience qui s’en suit ?

La logique émotionnelle je ne sais pas exactement comment ça marche dans les tréfonds de mes automatismes biologiques, mais je sais que ça sert à quelque chose !

Par moments pendant l’épreuve, j’ai pu faire attention à la vie biologique qui m’animait, de voir au ralenti mes mouvements émotionnels, par séquences, pendant que j’étais dans l’expérience. Et ce même si je n’avais pas conscience de toutes les étapes de ce processus !

La pratique de la logique émotionnelle a permis, par bribes, que mon anxiété s’apaise, que mon attention se raccroche à quelque chose de vivant, corporel, au lieu de continuer à croire que je pouvais gérer ma panique, mon émotion. En acceptant mon impuissance je me suis donné un espace vide, plein de puissance potentielle, un creuset d’espoir où mon corps a pu se consacrer à son processus d’auto-guérison.

Mettre en mots m’a aidé, pendant, et après le choc traumatique à sur-vivre, en me considérant davantage humain, parce que cherchant à parler vrai : c’est-à-dire parler de mon processus vital à l’œuvre.

Je me remercie d’avoir fait et de faire déjà tout ceci pour moi, aussi imparfait fut-ce.J’ai été réanimé aux deux sens du terme :

  • mon corps s’est remis à fonctionner sans que j’en ai conscience.
  • je me suis éveillé aux sens qu’avaient les processus biologiques qui me traversent, notamment la fonction de la pensée :
    • toujours vouloir, penser, alimente ma peur ;
    • et simultanément penser c’est aussi se panser, au sens de se guérir.

« Quand on pense avec un e on panse toujours avec un a, penser c’est toujours soigner, quand on pense on doit soigner »

Bernard Stiegler

Je suis responsable de ce que je panse (enfin on peut le penser…)

Dans cette épreuve, j’ai appris que je peux ajouter un choix, ici celui de « vibrer » : par ma propre voix fredonnante mon corps vibre, par l’émerveillement face à la beauté du monde qui m’entoure (les bons soins des soignants, le chant des oiseaux, l’eau, l’air pur) mon esprit se calme, par l’espoir de partages à venir avec ceux que j’aime mon corps s’émeut et s’évade, par l’acte de penser/écrire/me parler de ce que je vis intérieurement, je m’occupe de moi aussi.

Au-delà de la capacité qu’exerce déjà le corps de s’auto guérir, ce choix minuscule « de me faire vibrer » favorise le rassemblement de ce qui est épars en moi en un corps esprit, conscient de lui-même, dans sa douleur, dans sa vitalité.

J’estime avoir eu de la chance de vivre cette épreuve et d’y sur-vivre au sens de pouvoir la dire. Telle est la valeur biologique du langage.

Comment on réagit par rapport à l’environnement ?

Et puis, j’apprends aussi que par rapport aux autres, mon environnement, c’est facile de partir. C’est plus difficile de revenir. J’ai fait l’expérience de ma sensibilité au lien et à l’amour de mon entourage. Réanimé, revenant dans le monde « normal », je me suis senti plusieurs semaines sur une autre planète, mes préoccupations tellement basiques (respirer à nouveau « l’air de rien ») contrastaient avec les préoccupations des autres qui me semblaient éloignées. L’anxiété de ne pas pouvoir respirer a duré quelques semaines après la sortie d’hôpital.

Et petit à petit, confiant que mon corps était en train de se guérir, mon nombril m’a ennuyé. Petit à petit seulement. J’ai senti que c’était le moment de partager cette expérience, en écrivant, encore une fois pour mieux me ressaisir, et aussi dans l’espoir peut-être d’aider ne serait-ce qu’une personne à sur-vivre (au sens de retrouver le sens vital) à une autre épreuve, la sienne.

J’extrapole !  Et notre société, de quoi pourrait-t-elle avoir besoin quand l’asphyxie se présente ?
Tant que nous nous racontons que ça va être difficile, douloureux, mortel, ou que nous sommes dans l’incertitude, nous entretenons le stress, personnel et collectif, sans pour autant nous prémunir du risque, lequel ne dépend pas de nous. Tant que nous alimentons notre moulin à pensées, tant que nous anticipons, tant que nous focalisons sur le problème auquel notre corps a déjà répondu biologiquement (et continuera à répondre car c’est la fonction même de notre système nerveux) la peur grandit en nous.

Et si penser pouvait devenir panser ? Nous avons besoin de prendre la responsabilité de nous-même sans se laisser confiner dans un mode de pensée, cons damnés à penser sans résonner, à tourner en rond dans un monde soi-disant rationnel.

Parlons de ce que nous vivons, ré-animons nous, pansons le monde pour faire la différance (avec un a comme écrivait Derrida), c’est à dire à la fois différer un instant la réponse à mon besoin (et par là faire preuve d’humanité) et aussi différencier ce que je vis (je suis un corps et ses choix – ceux que je fais face à l’adversité) !

Usha Matisson

Pour lire l’intégralité de cet écrit, cliquer ici 

Mon regard LE sur la vie de la cité

Formée à la logique émotionnelle (L.E.), je me surprends de plus en plus régulièrement à chercher à relier les éléments de ma vie quotidienne et de mon environnement avec les étapes de la « grille » de lecture du processus émotionnel. Je me vois extraire certaines informations et reconnaitre que la sélection est l’œuvre du filtrage d’informations qui s’effectue automatiquement.
Cette grille de lecture est donc devenue un filtre supplémentaire grâce auquel je regarde les autres, le monde et moi-même! Telle est la loi de la biologie : nous percevons en fonction de filtres de représentation, tous orientés vers le maintien de la vie.


Je m’aperçois que mon attention se porte, de manière spontanée, sur certains mots : ils m’apparaissent pertinents, saillants… selon ma propre grille de lecture émotionnelle, bien sûr. Ils sont en rapport avec l’identité, le besoin d’être en lien avec ses deux polarités : l’appartenance et la différence.

Comment la logique émotionnelle peut-elle m’aider à éclairer les enjeux de territoire dont nous parlent tant les médias ?

En regardant les mots qui m’interpellent : séparatisme, appartenance, protectionnisme, luttes identitaires, frontières, protection, droits nationaux, migrants, libre-circulation, communauté, union, fédéral, gouvernement cantonal, sécurité, libertés publiques, immunité collective, responsabilité individuelle, se protéger, protéger l’autre. Ceux-là mêmes qui, par ailleurs, servent à décrire le besoin d’identité à l’œuvre. Car les mots servent à décrire l’existence qui se joue d’abord sans mot, dans le champ émotionnel du vivant, avant la traduction de ce vivant dans le langage et la pensée.

Ainsi mon esprit tricote, tisse. Des liens se dessinent : l’autre, le domaine de la relation, de la rencontre, ou de la rupture, de la reconnaissance, masqué, ou pas ; domaine de l’identité, de la lutte ; domaine de la famille, de la tribu et de la cité. Au niveau du discours politique et social se réfléchissent les mêmes mécanismes de singularité, de différence, d’appartenance. Lire Antonio Damasio, Henri Laborit et Francesco Varela, fut pour moi la révélation de l’extension du biologique, du niveau cellulaire vers le champ du groupe social des individus, selon un champ de forme de plus en plus ample. Écouter les informations du moment me semble plus audible avec la boussole de la grille de lecture des émotions ! Un repère !

Prennent sens alors, au travers de mon regard « L.E. », les expériences multiples de contrôles d’identité, de formalités de passeports aux douanes, autant d’actions teintées de valeur biologique. Le « corps » social fonctionne avec un système immunitaire, veilleur et sentinelle, en mission de reconnaissance du connu versus l’inconnu ; du familier, pourrais-je dire du national, versus l’étranger, voir l’intrus et même, l’indésirable. L’inconnu, c’est celui appartient à l’ailleurs, le différent, le non-connu, le non-reconnu. Qui pourrait faire danger quand il ne correspond pas au déjà connu, au déjà enregistré comme « bon pour la vie »…

La LE donne à voir, avec humilité combien nos actes sont faits d’habitudes défensives, automatiques et non conscientes, orientées vers la survie de l’être vivant. Habitudes habillées d’explications, de justifications et d’interprétations.

Yassamane Sassanfar

  • 1
  • 2