Décrypter l’intelligence vivante de l’émotion

Le compliment sous le regard de la L.E

Que nous soyons adulte ou enfant, que ce soit dans nos vies professionnelles, nos vies amoureuses ou nos vies familiales, comment comprendre que recevoir un compliment se traduise souvent par une gêne ou un embarras ?

Lorsque le compliment est donné, il vient révéler la manière dont nous le recevons.

Par son effet de surprise, il réactive un processus profond, émotionnel, très archaïque qui nous pousse à réagir : par exemple, nier ce qui a été donné par un « ce n’est rien », le réfuter ou encore l’accepter avec un timide « merci ». Autant de réactions plus fondées sur une logique de survie (la biologie) que sur une réflexion cognitive.

De plus, dans la mesure où le compliment est un regard d’évaluation que pose l’autre sur nous, il parle de l’effet qu’a sur nous ce regard. Il vient souligner une qualité, une puissance et par la même occasion, suggérer nos faiblesses, voire notre vulnérabilité.

Nous sommes alors amenés à nous questionner sur l’intention de son auteur :

  • Est-ce un proche qui par sa parole de valorisation vient se narcissiser lui-même ?
  • Est-ce un manager qui applique une simple technique pour être conforme à ce que ses supérieurs attendent de lui ?
  • Est-ce un moyen pour l’émetteur d’attendre quelque chose en retour ?

Le compliment peut même entrainer un effet  »d’addiction » quand notre attention est automatiquement orientée vers la reconnaissance ou une évaluation positive. Se manifestent en conséquence une angoisse du manque et une pression de performance : l’enfant, et plus tard l’adulte, s’imposent un certain niveau pour favoriser le compliment, la validation, le regard de l’autre aux dépens de la valeur de sa propre expérience.

L’autre n‘a même plus besoin de dire quoi que ce soit que nous nous demandons déjà si nous allons lui plaire au point de provoquer un compliment. 

La Logique Émotionnelle, en nous renvoyant à porter attention à notre expérience, permet de déconstruire l’attente du regard de l’autre et du compliment. 

L’un et l’autre se rencontrent : nous nous intéressons l’un à l’autre et nous portons notre attention ensemble sur l’acte qui a été fait, que ce soit dans le cadre professionnel ou personnel. Il s’agit alors d’une attention portée sur une réalisation que l’on peut regarder et qualifier ensemble, voire décortiquer ensemble. Il y a du concret, du réel que nous considérons alors comme fiable, donc comme source de sécurité, donc comme source de confiance.

Ce temps passé ensemble nous apprend quelle est notre singularité, notre distinction. 

Prenons l’exemple d’un dessin d’enfant. Il est important pour le parent d’aller rencontrer l’enfant dans son expérience qu’il va valoriser. C’est là que l’enfant peut se sentir reconnu. On peut demander à l’enfant qu’est-ce qui a été le plus difficile à faire ? Pourquoi le bleu du ciel ? L’enfant peut alors se dire : « Il s’est passé quelque chose chez moi qui fait que je reçois ce regard et cette interrogation de la part de l’adulte. » Et ça, c’est vraiment édifiant, au meilleur sens du terme.

À cette attention sincère, répond en général quelque chose de l’ordre d’un plaisir partagé parce que dans le compliment, il y a une histoire de plaisir.

Il s’agit alors d’écouter vraiment la parole qui complimente. Puis de se laisser éprouver par elle. Être attentionné à l’expérience sensorielle présente, pouvoir écouter cette expérience sensorielle, fait que nous pouvons manifester de la gratitude envers l’autre : un sourire, un geste, un regard appuyé qui dit quelque chose de la façon dont nous accueillons tranquillement ce don qui nous est fait.

Gratitude

L’intelligence des émotions est à l’œuvre à chaque instant, avec une dimension corporelle, très animale : les sens en éveil, prêt à réagir, qui nous rappelle au présent, et une dimension plus mentale, à la fois, subie lorsqu’elle « s’emballe » (Nous pouvons nous y enfermer jusqu’à l’épuisement) et réfléchie lorsque nous ralentissons en conscience.

Ce matin, juste l’envie de m’arrêter quelques instants sur ce mot de « gratitude », le contempler, le déguster, le savourer et le partager avec vous à l’aune d’une récente expérience vécue, de la simple présence à ce qui est : avec toute la réflexion qui émerge naturellement et la simple ouverture à soi, ainsi qu’au monde environnant.

Quatre jours, quatre petites journées au milieu d’une étendue vierge à perte de vue sur le causse et d’un troupeau de chevaux sauvages, à observer la nature à l’œuvre, l’organisation et les relations entre ces équidés. D’un côté, les « familles » avec les étalons, les juments et les jeunes poulains et pouliches. L’étalon protège son groupe des visées d’autres étalons et le régule. Les juments veillent et éduquent les jeunes et parfois mènent le groupe vers d’autres pâturages ou points d’eau. Et puis, de l’autre côté, les groupes de « célibataires » réunissent des mâles devenus adultes « sans famille », chaque groupe a son chef et les jeunes jouent « à la bagarre ».

L’observation des chevaux dure des heures et le temps n’a pas de prise. Bercée par le vent, la lumière, quelques nuages et la perspective. Les sens sont en éveil jusqu’à en être saoule. Guettant le moindre détail, le moindre mouvement, les moindres changements de positions nous identifions chaque animal, son comportement et le sens de ses interactions.

Et là, au beau milieu de « nulle part », alors que je me pose milles questions : d’où viennent ces chevaux ? comment la paléogénétique peut nous éclairer sur l’évolution des espèces équines et la relation avec l’homme ? quel sens donner à leurs représentations rupestres ? que signifie « sauvages » ou « domestiques » ? pourquoi ne pas interagir avec eux, même pour des soins ? quels sont les biais de l’anthropomorphisme ? qu’est-ce que leur organisation et leur évolution nous apprend sur l’homme ? …, émerge une évidence : ils n’ont pas « besoin » de nous, la vie est là simplement !

J’en éprouve une immense Gratitude, comme une sensation chaleureuse et vibrante, un sentiment de plénitude et une profonde reconnaissance.

Quatre jours plus tard, j’anime un groupe d’une quinzaine de personnes dans le cadre d’un parcours de formation. Le deuxième jour, il est 16 heures, ils s’excusent et me font part de combien chacun se sent fatigué, épuisé, stressé. Les traits sont tirés et les postures sans énergie. Désemparée, ne sachant comment finir cette journée, mon ventre « se noue », quand me vient un calme profond et à nouveau une évidence : la « gratitude » !

Je les remercie et leurs propose de finir par l’écriture d’un mot de gratitude à chacun des participants. Après quelques réticences et hésitations, chacun se concentre et le changement s’opère petit à petit. Cela finit en échanges enthousiastes, en lecture apaisée, réfléchie et amusée…. GRATITUDE.

La gratitude nous reconnecte au moment présent, à nos sensations. Nous portons notre attention sur ce qui nous fait du bien, sur ce que nous apprécions. La gratitude c’est également ce sentiment de reconnaissance et d’affection envers une personne que je peux lui exprimer. Elle vient répondre à notre désir d’appartenance et de renforcement du lien avec l’autre.

La logique émotionnelle vient éclairer ces différents mouvements et langages des émotions au service de notre élan de vie. Gratitude !

« Vous parlez de biologie. Mais encore? »

Il est des mots qui sont tellement chargés de sens et de représentations variées que leur signification réelle se fond en elles. Leur polysémie, c’est-à-dire le caractère d’un mot qui possède plusieurs contenus, brouille l’écoute de son sens radical.

C’est sans doute ce qui se joue quand nous utilisons, lors de conférences ou de formations, le terme de biologie, mais aussi celui de corps.

Spontanément, la biologie est ainsi assimilée à la physiologie qui étudie les fonctions de chaque organe du corps. Quant à celui-ci, il est assimilé à cet espace sous la tête, sous le cerveau et soi-disant gouverné par lui.

Pourtant, quand nous, praticiens en logique émotionnelle, utilisons ces mots, ceux-ci ouvrent un espace de connaissance radicale, celui des racines qui constituent notre existence. Celui de notre Nature dans laquelle se déploie et s’organise nos Cultures.

Deux majuscules qui invitent à nous émerveiller du processus même de la vie.

Pratiquer la LE, c’est se souvenir à chaque instant de cette réalité qui nous constitue et c’est donc transmettre que nous sommes mus et émus du fait d’être biologique, et non un être biologique ! La biologie décrit, au mieux de nos capacités et de nos moyens techniques, la logique du vivant, le langage de la vie, en soi et dans nos relations avec notre environnement. Elle cherche à décrire les lois de la vie, ces invariants grâce auxquels nous sommes et demeurons en vie. Ce sont ces invariants qui, comme les lettres d’une langue, permettent d’écrire nos façons multiples d’exister, sur le court terme automatique, comme sur le long terme de nos mémoires. Quand tout va bien dans nos vies, ces lois nous plaisent, mais peuvent vite nous déplaire quand se manifestent des douleurs, physiques comme psychiques. Elles n’en demeurent pas moins des lois de la vie.

Quant à l’usage du terme « corps », juste un rappel de bon sens : la tête et son contenu, le cerveau, sont une partie du corps ! Le système nerveux se diffuse jusqu’au petit doigt des pieds. Au point même de ne plus se sentir que « doigt de pied » quand nous avons heurté celui-ci contre un objet plus solide que lui et que nous souffrons atrocement !

La vie répond à des impératifs pour demeurer. Des impératifs bien souvent contre-intuitifs, c’est-à-dire en désaccord avec l’expérience immédiate et intuitive, mêlée de biais cognitifs. Par exemple, nous interprétons ce que nous percevons et éprouvons de l’environnement sans réaliser l’élan vital qui nous anime. C’est toute l’importance des sciences dites dures, celles qui résistent à notre volonté que les choses soient selon ce qui nous arrangerait. 

Nous fondons notre écoute sur ces lois pour restituer le sens vivant de l’expérience.Nous tenons ce discours et faisons de notre mieux pour le transmettre alors que la plupart des personnes souhaiteraient entendre ce qui correspond justement à ce qui les arrangerait.

Mais nous tenons bon, car la liberté et la responsabilité se fondent en premier lieu sur la biologie du vivant avant de constituer des éléments psychiques et culturels.

Ces propos vous intriguent ? Venez nous rejoindre au module « Explorer les émotions avec les neurosciences » du 23 au 25 septembre 22

Des vacances pile comme il faut

Les vacances d’été…. Je les attends avec impatience, puis je les savoure avant de les évaluer sitôt rentrée :  ont-elles été assez longues? me suis-je assez reposée ? ai-je assez profité ? Assez, assez… mais à quoi sert de me poser cette question du « assez » ?

Arrêt sur le mot et plongée dans le dictionnaire. « Assez » évoque l’intensité dans ce qu’elle a de suffisant. Est-ce que cette interrogation sur le suffisant renverrait à une insuffisance, et donc à un manque ? M’interrogerais-je donc sur un manque en mesurant le assez ?

La LE m’a enseignée que le manque pouvait ensuite générer un désir d’avoir toujours, avec le risque de vouloir y répondre « toujours », et coûte que coûte.

Mais à quoi peut bien me servir de me poser la question après coup ? Je sèche… Je choisis alors de questionner une habitude plus simple – ai-je assez mangé – et ainsi m’offrir l’opportunité d’accéder à mon ressenti. Là, je peux mieux évaluer la suffisance, ou l’insuffisance et regarder ce que j’ai fait pour garantir d’avoir « assez mangé » : j’ai pris de chacun des plats sur la table, je me suis resservie, je me suis coupée un morceau de pain… Une fois que tout cela est consommé, englouti je vérifie que c’est suffisant. Ce pourrait-il que pour répondre à un désir d’avoir « toujours » de la satiété ou de l’énergie ou du contentement je mesure si c’est « assez » ?

Je reprends ma réflexion là où je l’ai laissée et me demande si, en interrogeant après coup le côté suffisant ou profitable de mes vacances, je ne satisferais pas un désir d’avoir « toujours » de la vitalité, du tonus, de l’allant… peut-être en prévision de toutes ces choses auxquelles j’ai pensé durant l’été et que j’ai envie de mettre en place à la rentrée.

Alors voilà à quelques jours du grand départ, je vous souhaite une pause estivale suffisamment longue et reposante, joyeuse et ressourçante pour que vous nous retrouviez à la rentrée avec une pêche d’enfer !

Caroline Wietzel

« C’est LE ou c’est pas LE ? » (*)

En tant que conceptrice de la Logique Émotionnelle, chaque fois que j’entends dire, autour de moi, les phrases comme « C’est LE » ou « C’est pas LE », mon processus émotionnel se met en action !!

Vous l’aurez compris, je me sens impactée !!

Évidemment, mue par mon désir d’existence, certaines fois je peux rester sans voix ; d’autres, prendre la parole pour rectifier le sens du propos (je me reconnais un goût certain pour avoir le dernier mot et je cherche alors à convaincre) ou encore m’éloigner mentalement et imaginer des moyens d’échapper à cette conversation ; Je me prends alors à rêver d’aller regarder pousser mes tomates… tomates que je n’ai toujours pas plantées ;0))

Heureusement, une fois passé le moment choc, la connaissance de la biologique m’invite à regarder au plus près ce qui se joue, non seulement dans ma réactivité, mais aussi dans ces phrases qui sont des évaluations binaires : «cest ou ce n’est pas LE », « tu es/ je suis LE » « Tu n’es pas/ je ne suis pas LE ».

Il s’agit en effet de s’approcher de ce qui s’exprime là, dans l’instant (tiens, un outil de la LE), et mieux voir ce qui se joue, dans les mots utilisés, formidables traducteurs de notre logique émotionnelle !

Alors, je peux distinguer que :

  • Dénoncer une parole négative comme « n’étant pas LE » est paradoxal  puisque c’est la forme négative qui est utilisée pour infirmer justement une forme négative! Et si vous faisiez l’exercice de mettre vos phrases à la forme affirmative (ni négatives ni positives), vous seriez étonnés de l’effet ressenti. Le plus souvent, comme un effet d’apaisement dû à la prise de contact avec le réel.
  • Affirmer à contrario que tel comportement « serait LE », comme si celle-ci définissait des normes et des règles à suivre, témoigne de la tentation totalisante et contrôlante que la LE, justement, permet de voir comme modèle défensif, voire offensif.
  • Pointer du doigt le raccourci de la logique psychique chez l’autre («c’est à cause de toi et de ton attitude que je suis mal ») témoigne autant de l’habitude comportementale de cet autre à éviter de se responsabiliser que de l’émotion sur l’instant de celui qui pointe de son doigt.

Aussi, nous sommes tous irrémédiablement LE, quel que soit ce que nous pensons et faisons ! Nous sommes tous mus et émus par notre biologie puisque nous répondons à l’élan vital du fait même d’être vivant et donc incarnés.

Tous « LE » sans le savoir, mais tellement plus présents en le sachant.

C’est en reconnaissant que nous sommes aussi « ça », mus et émus, que nous pouvons améliorer notre équilibre émotionnel, notre rapport à notre santé, notre aptitude à coopérer !!

Ni bien, ni mal. Nous dépendons de l’usage que nous faisons de notre matière vivante, de l’usage de notre boussole intérieure. La Bio-logique allie en effet notre besoin de survie dans un équilibre instable et notre désir d’avoir les moyens de garder celui-ci dans le temps.

C’est en cela que la LE est intégrative d’autres approches, sans avoir à en juger aucune.

« L’émoi, c’est tout dans la vie » disait Louis-Ferdinand Céline. La LE décrit imparfaitement les étapes et le sens vital de ce « tout » en mouvement. Si le plan -la cartographie- est imparfait, il est néanmoins bien pratique. A défaut de s’y référer, nous nous sentons perdus et tentés de chercher la cause de notre malheur du côté des autres ou de notre insuffisance. Biais d’attribution, disent les psychologues.

« La nature a horreur du non-sens » dit Lionel Naccache. Ceci posé, ayant redonné de la valeur biologique à cette confrontation de polarités identitaires, « les LE/ les pas LE », que puis-je ajouter ? (tiens, un autre outil LE !!)

Et si j’écrivais un clin d’oeil ?

Catherine Aimelet-Périssol

 (*) Logique Emotionnelle

En mai, fais ce qu’il te plait !

Mais qu’as-tu fait en avril ?

Mes sens ont perçu le printemps naissant

Je me suis découverte et j’ai perdu le fil…

Des petites étamines ont rempli mes narines

      Mon nez a coulé…

J’ai alors pensé aux blés de l’Ukraine,

      Mes yeux ont pleuré…    

M’est apparue l’image de greniers vides

      Ma gorge s’est serrée…

Comme aspirée dans ce désert,

      J’ai ressenti et observé…

Un nœud dans mon gosier,

Un poids dans mon nombril,

      « Laisse-toi peser », dit-elle…

Des galets dans mon dos,

La raideur de ma colonne,

      « Laisse-toi raidir », dit-elle…

Un moment précieux pour infuser,

Laisser advenir ce qui est,

Me laisser traverser…

Puis j’ai touché terre, avec mes pieds !

Je me suis redressée,

J’ai respiré, allégée…

C’était en avril,

En stage de l’ILE*

Pour « Apprivoiser sa sensorialité »

Et en mai ?

Entends ton désir et fais… (de mieux en mieux)… ce qu’il te plait !

« Entendre son désir dans l’émotion »,

Est un stage de l’ILE* qui aura lieu

Les 21 et 22 mai prochains.

Maïté Pecqueur

*Institut de Logique Emotionnelle

Quand la démesure rythme nos vies

Le roi lion et les souris

Le roi Hubris a le rugissement le plus puissant et le plus terrifiant de tous les animaux. Tout le monde sait qu’il descend du grand mongol, lui-même d’origine divine. Ses réflexions à l’heure si propice de la sieste, quand il laisse ses lionnes chasser, sont si justes et si brillantes, et son courroux si meurtrier, que tous attendent anxieusement sa parole.

Seules Lysa et Marc, un couple de souris, échappe à la peur qui saisit chacun à la cour. Elles sont si furtives qu’elles se faufilent partout, et viennent même murmurer à l’oreille des fauves, pendant leur sommeil, en toute impunité. D’aucuns prétendent qu’une part de l’intelligence des puissants leur vient de ces voix qui les inspirent à leur insu.

Le couple de souris se retrouve tous les soirs à l’heure du coucher du soleil, après le jour passé à fureter à la recherche de quelques graines, attendant leur tour de boire, au point d’eau, à mi-chemin de la rivière à sec.

Marc : « J’ai encore entendu Hubris aujourd’hui raconter des sornettes, j’étais juste dans l’arbre au-dessus de sa tête, quand ce monstre pétri de certitudes a proposé d’étendre le territoire des lions au prétexte qu’ils sont plus intelligents et donc plus méritants que les autres animaux, et que tous les animaux lui doivent désormais allégeance : lui seul peut les protéger de Sapiens. »

Lysa : « Tout roi qu’il est, il faut bien qu’il boive ! Quand va-t-il s’arrêter ? »

Marc : « Jamais, Hubris continuera jusqu’à son lit de mort. Il lui en faut toujours plus. Il rêve tellement de grandeur, de gloire, qu’il réécrit l’histoire à la mémoire des lions, qu’il exige d’occuper un monde plus vaste, et sans cesse trop petit, qu’il s’inquiète de ce qui lui échappe, et croit dur comme fer qu’il y a le monde des lions et le monde des autres animaux, indigne d’être vécu et à assimiler. »

Lysa : « Il va s’amuser avec Sapiens ! En voilà un autre qui se complait dans la démesure. Tu vois Sapiens révérer le roi lion ? crois-tu qu’ils aillent se faire la guerre ? »

Marc : « C’est vrai que quand je vois à quel point Sapiens est convaincu qu’il connait le monde et qu’il a raison à priori en toute circonstance, je me dis qu’il pourrait aussi s’appeler Hubris. » 

Lysa : « Marc, j’ai peur que même nous, les souris, soyons exposées à la démesure !»

Marc : « Tu exagères, nous sommes si petits ! si furtifs ! qui peut nous trouver menaçants ? Et puis s’il leur venait l’idée de s’en prendre à nous, il suffirait que nous leur glissions à l’oreille pendant leur sommeil ce que nous voulons qu’ils fassent. En fait Lysa, l’air de rien, nous sommes les maîtres du monde. »

Lysa tristement : « C’est bien ce que je disais. »

Tant nous nous captivons pour la déraison de l’autre, que nous nous rendons aveugles à la nôtre.

Venez découvrir comment la Logique Emotionnelle décrypte nos fictions et nos certitudes, comment à partir de nos désirs, et de l’élan de vie qui forge nos habitudes comportementales et mentales, nous évoquons nos ressentis et donnons au monde le sens qu’il a pour nous. Un chemin de responsabilité vers plus de sagesse et de mesure.

Olivier Vidal

Quand l’actualité vient résonner… émotionnellement

Kyiv, Qu’écouter ? Qui écouter ? Comment se laisser in-former ?

J’écoute avec stupeur les informations : L’Ukraine est envahie.

Les militaires aux ordres de Poutine bombardent les villes et les habitants. Ils visent ceux qu’ils nomment les « anti-russes », tuent leurs frères pour rétablir la « Grande Russie ».

Poutine menace d’utiliser l’arme nucléaire. Tétanisés que nous sommes, malgré l’invasion, nous n’enverrons pas de soldats se faire tuer pour l’Ukraine. Ni s’interposer ?

J’ai peur. Suis-je sous les bombardements ? Habité je l’Ukraine ? Suis-je ukrainien ? Suis-je anti ou pro russe ?

Non.

Qu’est-ce que je fais qui contribue à l’exaspération de ma peur ? Je m’informe en regardant seul l’info continue à la télé ou en balayant sans fin le fil d’un réseau social…

Vite un appui. Je sature mon attention d’infos et d’images extérieures.

Je regarde, j’entends se répéter des informations alarmantes, les sirènes avant bombardements. Je suis saisi, ça se crispe en moi. Je retiens mon souffle. Pour avoir de l’air et me sentir plus sûr, je respire plus fortement. Je me rends compte que j’alimente ainsi mon sentiment de peur. Il s’accentue, je m’imagine les méchants russes d’un côté et de l’autre « nous » les démocrates, avec à l’avant-poste, sur le front, des ukrainiens qui se, et nous, défendent.

Je me rends compte que je filtre. L’écho continu comble les espaces vides où je pourrais « penser par moi-même », espaces vides qui me font chercher encore davantage d’appuis, et j’ai peur d’avoir peur. J’angoisse. Je m’imagine moi aussi au milieu de cette guerre, comme victime de bombardements, comme soldat. J’appartiens à un « nous » univoque, coagulé par l’ennemi.

C’est comme si, à force d’être saturé d’images, d’informations, je m’absentais de moi-même, je me confondais avec la communauté des témoins impuissants. Plus personne en moi pour s’appuyer sur quoi que ce soit… je m’absente de moi-même dans une sureté qui s’évanouit aussi vite… une consistance, à chaque instant remise en cause, évanescente…

Et soudain, j’entends un témoignage, celui d’une jeune ukrainienne, Anna. Au 7ème jour de l’invasion, seule dans son appartement à Kyiv, sous le risque permanent d’un bombardement, elle a choisi de vivre dans son couloir plutôt que de se terrer dans le métro.

La journaliste, depuis son studio télé parisien (que je regarde depuis mon salon douillet parisien), lui demande : « Si vous ne partez pas de Kiev c’est parce que vous n’avez pas pu ou bien c’est par choix ? Après un silence, elle répond : « Mais ce n’est pas à nous de partir… c’est aux militaires russes ! ».

Là, sous la menace du feu, elle ajoute : « J’ai une chose importante à vous demander, s’il vous plait, il faut dire « Kyiv », ne dites plus « Kiev » ».

Je fais silence.

Au prix potentiel de sa vie, une jeune Ukrainienne tient à ce que je, nous, dans nos lieux sûrs, disions Kyiv et pas la forme russe Kiev ! L’écouter me serre le cœur. Je me dis « quel courage ! »

Et j’ai peur, moi, à Paris ?

Je ralentis.

Pour être un peu plus à sa hauteur, vivre sans ignorer ce qu’il se passe là et qui me concerne ici, pour davantage habiter mon propre espace – c’est-à-dire avec consistance et liberté, je me demande ce que je peux ajouter dans mon comportement immédiat…

J’arrête la télé.

Le lendemain j’écoute des émissions de radio, sans images, plus approfondies,

Et puis j’écoute parler dans une langue que je ne connais pas, encore, encore.

Écouter, laisser résonner. Je me sens lié. Sans comprendre. Imaginer.

Je lis des articles de fond, traduits de l’ukrainien ou du russe, écrits depuis d’autres contextes, je fais des liens avec d’autres textes, je m’étonne de certains mots, je cherche à prendre en compte d’autres points de vue…

J’ai d’abord l’impression d’être davantage perdu, sans opinion, sans avis univoque à croire ou rejeter, et plus je persévère et fais du tri et plus « la lumière se fait » : des appuis commencent à se faire jour. Je me dis que c’est difficile de comprendre ET je me sens plus assuré.

Je mobilise ma capacité de penser, je fais de la place et me fabrique un, des, avis, une représentation kaléidoscope, et non plus simplement binaire.

Ce que je trouve : coincé que j’étais dans une angoisse, maintenant je me donne du champ, de la liberté et des appuis. Penser un peu différemment. Retrouver tout à la fois sérénité et rage. Par un travail d’appropriation, en filtrant les informations… Ce qui est réel est bien là, présent, mais ma représentation du réel, sous forme de menace, se mâtine d’autres représentations, d’indignation. Je retrouve de la capacité d’agir, de dire. J’écris un travail sur ce sujet que je partagerai avec d’autres. Je me fie à mes propres ressources intérieures davantage que je me fonds dans l’opinion « pilule ».

Sous la menace de bombe, Anna se dit, Anna nous dit, Anna nous donne à entendre à quel point certains mots, certains sons (« Kyiv ») sont essentiels à la vie, quitte à, pour un temps, surseoir à sa propre sûreté, quitte à, pour un temps, assourdir ses propres maux.

Elle nous rappelle : les mots créent le monde que nous voulons voir advenir. Quel mot souhaitez-vous faire entendre ? Quels mots étrangers à vous même écoutez-vous comme on regarde au fond des yeux d’un être cher : non pour sonder mais pour faire écho et dire « Tu es » à notre sœur. Anna quand elle s’adresse à nous ? « Anna tu es » et Kyiv m’habite déjà radicalement différemment depuis que je me suis laissé in-former par toi, quoiqu’il advienne, je suis un peu de ce Kyiv, modeste et humble, presque rien et déjà tant face aux métaux aveugles et brûlants.

A quel point, écoutons-nous, habitons-nous les mots que nos frères, nos proches, nous offrent à entendre ? Ces mots étranges qui disent tout à la fois, à qui veut bien les entendre indiscernables dans le bruit et la fureur, et leur humanité et la nôtre ?

Car écouter, quand bien même, c’est un geste de reconnaissance : je reconnais que tu existes, et de fraternité : sans te comprendre, tant que je continue à t’écouter, tu es mon frère. J’appartiens à la même communauté des humains, et en même temps nos identités sont singulières.

Serait-ce là, la voie vers la paix ?

Usha Matisson

Pour apprendre à « écouter pour mieux s’entendre » :

« Il est flou ! »

Aujourd’hui, lundi, c’est la réunion coordination. Tout le monde est présent sauf Augustin (celui-ci a la charge d’une mission pour l’entreprise, il travaille sur ce sujet depuis longtemps).

Voilà ce qui ressort de la discussion : « C’est flou ! Ce que dit Augustin de sa mission est vraiment flou. Nous, on ne comprend rien, c’est vraiment trop flou ».

Les échanges s’intensifient : « D’ailleurs, son comportement aussi est flou ! On ne sait pas ce qu’il veut faire ! Est-ce qu’il arrête, quand, est-ce qu’il continue de s’en occuper. Il n’est pas clair ! »

Seule Noémie exprime autre chose : « Pour moi, ses propos sont clairs : il dit et redit depuis plusieurs mois qu’il va cesser cette mission. Mais je vois qu’il continue ».

En quoi la logique émotionnelle pourrait éclairer cette saynète ? Comment pourrait-t-elle aider les participants à s’entendre ?

  • D’abord, que se passe-t-il au sein du groupe ?

Il y a un écart entre différents points de vue. Parmi les participants certains, les plus nombreux, décrivent une attitude floue chez Augustin et un seul autre décrit une attitude claire.

  • Ralentissons pour mieux observer ce qui se passe et nous mettre en rapport avec ces différentes informations.

Pour ce faire, tournons notre attention vers l’intérieur de chacun. La LE nous rappelle que nos représentations sont des fictions qui s’élaborent en soi avant de devenir des projections, des jugements sur l’autre ou les autres que soi.

Il s’agirait, fort de cette connaissance, alors d’oser se poser cette question :
Tiens, en parlant d’Augustin, je me rends compte que je me l’imagine flou. Ce flou parlerait-il de moi ? Ou plutôt de mes habitudes et mes actions quand je suis dans certaines situations ? Mais lesquelles ? Peut-être des situations qui me sont étrangères, que je méconnais et qui m’apparaissent complexes. Alors, cela m’arrange de considérer l’autre et son comportement comme étant flous. C’est sans doute une façon de me débarrasser de ce dans quoi je me sens perdu. Tout cela parle de moi ».

Voilà ce que la logique émotionnelle a à dire.
Mais de même, Noémie, dont le point de vue est tout autre, pourrait en ralentissant se questionner : « Cette clarté parle sans doute de moi ! Peut-être que je pose mon attention sur ce que je comprends des propos d’Augustin sans regarder que son attitude est en décalage avec ses mots. Ah, je reconnais là une habitude : voir ce qui m’arrange et éviter ce qui me dérange »

  • Monde flou/monde clair parle de nos représentation du monde environnant car l’humain fictionne et se représente l’autre, lui-même et ce qui l’environne. L’esprit filtre les informations qui arrivent jusqu’à lui par ses sens, il filtre en fonction de mémoires engrammées, d’évènements antérieurs qui s’apparentent à la situation qu’il vit aujourd’hui.

A chaque instant, le cerveau fait le tri parmi des milliers d’informations, il a conservé les mémoires de chaque choc aussi minime soit-il. Et pour aller de l’avant, nous nous remodelons, notre cerveau créé un nouveau petit bout de notre identité.

Et Augustin ? Est-il flou ou clair ? La question est ailleurs que dans cette binarité. Elle est dans la connaissance du processus qui nous responsabilise face à l’attitude de l’autre.

  • La discussion peut alors se clore sur une ouverture : « Je propose de prendre date pour éclairer la situation en écoutant vraiment Augustin et en regardant avec lui ses comportements en rapport avec son intention »

Pour voir plus clair en vous et autour de vous, venez rejoindre la prochaine formation « Percevoir la réalité »

Et apprenez à nourrir votre désir (intention) de clarté !

Catherine Le Sage

Les émotions au cœur du vivant

Conférence de Catherine Aimelet-Perissol « Comprendre le rôle des émotions dans le parcours des patients » :

« Il n’y a pas de malade sans une histoire du malade ».

L’histoire du malade raconte comment la personne cherche, naturellement et automatiquement, à traverser les épreuves.

Éduquer une personne malade, c’est prendre appui sur ce qui est existe dans la personne avant même qu’elle ne soit malade ».