Décrypter l’intelligence vivante de l’émotion

Auteur/autrice : Caroline Wietzel

Des vacances pile comme il faut

Les vacances d’été…. Je les attends avec impatience, puis je les savoure avant de les évaluer sitôt rentrée :  ont-elles été assez longues ? me suis-je assez reposée ? ai-je assez profité ? Assez, assez… mais à quoi sert de me poser cette question du « assez » ?

Arrêt sur le mot et plongée dans le dictionnaire. « Assez » évoque l’intensité dans ce qu’elle a de suffisant. Est-ce que cette interrogation sur le suffisant renverrait à une insuffisance, et donc à un manque ? M’interrogerais-je donc sur un manque en mesurant le assez ?

La LE m’a enseignée que le manque pouvait ensuite générer un désir d’avoir toujours, avec le risque de vouloir y répondre « toujours », et coûte que coûte.

Mais à quoi peut bien me servir de me poser la question après coup ? Je sèche… Je choisis alors de questionner une habitude plus simple – ai-je assez mangé – et ainsi m’offrir l’opportunité d’accéder à mon ressenti. Là, je peux mieux évaluer la suffisance, ou l’insuffisance et regarder ce que j’ai fait pour garantir d’avoir « assez mangé » : j’ai pris de chacun des plats sur la table, je me suis resservie, je me suis coupée un morceau de pain… Une fois que tout cela est consommé, englouti je vérifie que c’est suffisant. Ce pourrait-il que pour répondre à un désir d’avoir « toujours » de la satiété ou de l’énergie ou du contentement je mesure si c’est « assez » ?

Je reprends ma réflexion là où je l’ai laissée et me demande si, en interrogeant après coup le côté suffisant ou profitable de mes vacances, je ne satisferais pas un désir d’avoir « toujours » de la vitalité, du tonus, de l’allant… peut-être en prévision de toutes ces choses auxquelles j’ai pensé durant l’été et que j’ai envie de mettre en place à la rentrée.

Alors voilà à quelques jours du grand départ, je vous souhaite une pause estivale suffisamment longue et reposante, joyeuse et ressourçante pour que vous nous retrouviez à la rentrée avec une pêche d’enfer !

Caroline Wietzel

Le cadeau de la vie

Des cadeaux, la vie nous en offre à maintes occasions. Il y a ceux qui fêtent les anniversaires – de naissance, de mariage… -, ceux qui célèbrent nos réussites – diplômes, création d’entreprise… – et ceux qui marquent, un peu partout dans le monde, l’esprit de Noël.

Tous ces cadeaux que nous offrons ou recevons s’inscrivent dans le monde matériel. Mais il en est d’autres, moins visibles, plus subtils dont nous entendons parler dans cette phrase « il y a un cadeau derrière ».
Derrière une situation, ou une expérience, dans laquelle nous nous sentons déstabilisés, chamboulés.
Comme si, dans tout ce que nous traversons de difficile, il y avait « toujours » la possibilité d’une « bonne surprise » à découvrir dans l’instant comme une évidence, ou un peu plus tard, voire beaucoup plus tard, lorsque nous avons encaissé le choc ou sommes capables de prendre du recul.

Quel regard pose la LE sur ces épineux cadeaux de la vie ?

Un cadeau c’est « ce que l’on offre à quelqu’un à titre gracieux pour lui faire plaisir ». Dans le corps, et plus particulièrement dans le cerveau, le cadeau c’est celui qui active le circuit de la récompense nous permettant ainsi de gouter un état de satisfaction physique et psychique.
Partant de là, voir chaque évènement si désagréable soit-il comme un cadeau exprimerait le désir d’avoir toujours de la satisfaction (ou du bien-être).
Or, notre corps face à une situation inattendue ou non expérimentée, réagit à partir d’un contexte, somme de toutes nos expériences passées. Rien ne garantit que ce que le corps va éprouver soit « toujours » du côté du plaisir, et donc d’un cadeau à reconnaitre. Au contraire, selon ce que nous avons vu, entendu, touché qui nous fait nous sentir heurtés, bousculés, freinés etc… et selon la façon dont nous y répondons, nous pouvons faire l’expérience de l’inconfort, de la difficulté ou encore de l’ennui.
Et c’est en allant d’abord contacter ce qui se passe en nous, puis dans un second temps en observant ce que nous faisons, concrètement, avant d’écouter ce que nous nous racontons pour donner du sens à ce que nous avons vécu, que nous pouvons faire le tri entre ce qui est « bon, satisfaisant » pour nous et ce qui ne l’est pas.

Ce fameux « cadeau » qu’il faudrait voir dans chacun des événements que la vie nous donne à vivre n’est-il pas là ? Dans cette expérience sensible du vivant à l’intérieur de nous, de ce qui nous met en mouvement et qui nous apprend un peu plus chaque jour comment nous fonctionnons et comment nous pouvons prendre soin de nous dans l’instant.


Il n’y a rien à attendre de l’extérieur. Le cadeau nous nous l’offrons à nous-même en nous redonnant notre part responsable, et donc actrice, pour répondre en conscience à la situation dans laquelle nous nous sommes sentis déstabilisés.

A quelques semaines de Noël, je vous souhaite autant de cadeaux que d’évènements traversés.

Caroline Wietzel

Que dit la logique émotionnelle de l’alignement ?

Voilà que sonne l’heure de la rentrée, à la fois différente et toujours la même, avec son cortège de bonnes résolutions tissées par l’envie de faire autrement. Maison, travail, famille, amis, santé… tous les pans de la vie, ou presque, sont revus à l’aune des expériences et décisions estivales.
Comme une urgence à répondre enfin aux promesses oubliées, aux valeurs malmenées, aux signes négligés.
Dans le yoga que j’enseigne, cet impératif à suivre ce qui nous parait essentiel est illustré par le terme d’« alignement ». Et nous accompagnons volontiers le propos d’un geste de la main qui, partant du front, glisse en ligne droite jusqu’au sternum. Aligner mental et cœur, corps et esprit, terre et ciel.
Que dit la logique émotionnelle de l’alignement ?

Regardons le mot. « Aligner » vient du mot « lin ». Le terme s’est étendu de l’objet en lin au trait tracé. Sans précision de droiture. Pourtant, la première image mentale qui me vient est celle de quelque chose de droit, verticalement ou horizontalement. D’ailleurs, notre langage parle volontiers d’alignement des planètes (les unes derrière les autres), des chakras (les uns au-dessus des autres), des phrases (les unes après les autres) ou d’une politique (l’une en miroir de l’autre).
Mais cette représentation spatiale est-elle applicable au mot tel qu’il est utilisé dans le yoga ou dans toute pratique spirituelle ?
Cette idée d’un « tracé » implique-t-elle immobilité, inertie voire, puisque c’est aligné, que cela ne bouge plus ?

La LE nous rappelle que la force du vivant, c’est d’aller chercher un équilibre qui soit favorable à la vie.
« La nécessité d’être en équilibre est inscrite au plus profond de nos cellules » nous en dit Catherine Aimelet Perissol.

En effet, et sans que nous en ayons conscience, notre corps perd l’équilibre, cherche et le retrouve constamment puis tend à le conserver coûte que coûte. Ne serait-ce que physiquement pour, en bon bipède, tenir debout ce qui est l’aspiration naturelle du corps. Si nous prenons l’exemple de la marche nous voyons bien qu’il y a un mouvement qui nous fait passer d’un état de déséquilibre (sur un pied) à celui d’équilibre (revenir sur deux pieds).
L’un ne va pas sans l’autre : l’équilibre est un mouvement, une alternance dans le temps et non un état de stabilité fixe, tout comme la nuit ne va pas sans le jour ou le vide ne va pas sans le plein.
La pratique yogique ne saurait échapper à ce processus.
Lorsque nous cherchons à nous aligner c’est à partir d’une expérience éprouvée de perte d’alignement, d’une sensation corporelle ou d’un sentiment psychocorporel de désalignement. Nous pouvons nous sentir tiraillés, divisés ou encore oppressés : ces ressentis sont des signaux que le mental fait résonner au travers des mots et des pensées.
Mais à côté de tout ce que nous nous racontons «  quelque chose se passe en moi et m’invite à retrouver l’alignement… ». Comme un fil que nous reprenons là où nous l’avons laissé avant que le flux (ou la somme ? ) de nos habitudes nous pilotent (en mode automatique). Ce fameux fil de « lin » dont est tiré le mot « alignement » et qui, lorsqu’il est tissé, dessine un entrelacs. Nous pouvons alors voir l’alignement telle une trame nous conviant à regarder ce qui se vit. Une boucle un peu lâche ou trop serrée perturbe l’équilibre, l’harmonie d’un canevas identifié comme essentiel et favorable à la vie.

Retrouver un alignement est un mouvement dont le but est de nous faire sentir l’équilibre de ce tissage, non pour le garder et y rester toujours mais pour connaitre le chemin qui nous y conduit.

Caroline Wietzel