Décrypter l’intelligence vivante de l’émotion

Auteur/autrice : Véronique Boillot

Ce processus change TOUT : il est incroyablement libérateur !

Après avoir longtemps cheminé sur une voie cognitive, j’ai découvert la Logique Émotionnelle® (LE).

Moi qui avais exploré la psychanalyse pour mettre des mots sur mes émotions et les tenir ainsi à « bonne » distance, j’entendais soudain que « l’émotion n’est pas le problème, mais la solution ».

Je suis allée à une conférence à la rencontre de Catherine Aimelet-Périssol, fondatrice de la LE, et j’ai participé à deux stages. Alors que j’étais convaincue que seule la raison me permettrait de comprendre, de « gérer » mes émotions, je découvrais, avec une immense gratitude et une très grande excitation, comme un trésor inattendu, qu’une autre voie était possible, qui me proposait, non plus de gérer, mais « d’accueillir » ce qui était, tout simplement. J’ai eu envie d’explorer pleinement cette voie, avec l’intuition que c’était la mienne.

C’est ainsi que j’ai assisté aux soirées consacrées aux 7 étapes E.M.O.T.I.O.N.

Lors de ces soirées, qui ont lieu chaque année et que l’on peut redécouvrir à l’envi, j’ai approché un nouveau code de conduite en 7 étapes : elles sont présentées l’une après l’autre avec une première partie théorique, puis, 15 jours après, une mise en pratique au cours d’ateliers.

Ces étapes invitent notamment à regarder ce qui se passe en soi, à accueillir sa peine, à voir ses réactions de défense, plutôt que de rendre immédiatement l’autre ou quelque chose responsable.

Ce processus change TOUT : il est incroyablement libérateur ET réconciliateur avec l’être que nous sommes.

Aujourd’hui, lorsqu’une émotion surgit, j’essaye – le plus possible – de ralentir, pour cerner l’événement qui a déclenché un malaise, pour sentir ce que je sens. Car je sais que c’est cela qui va me permettre d’agir avec conscience et non plus en mode « pilotage automatique ». Et lorsque l’émotion est trop forte et que je réagis instantanément, car je suis un être humain et donc imparfait (!), je prends le temps ensuite de comprendre ce qui s’est joué en déroulant les 7 étapes.

Parce que la Logique Émotionnelle est un nouveau chemin, elle nécessite un apprentissage régulier, de la patience et de la bienveillance pour soi. J’avance, je fais des pas de côté, je trébuche, mais je me remets en route car je me vois mieux et je vois mon mieux-être.

Oser l’incertitude

« J’ai renoncé à passer ce concours parce j’avais peur de l’oral »
« Cette fille me plaît mais je vais me faire rembarrer »
« Je rêve de changer de métier mais c’est trop compliqué »
Non ! ce n’est pas dans ce sens-là que cela fonctionne !!!

Ce n’est pas la peur qui nous motive ou nous retient, c’est le désir : le désir d’avoir … de la solidité, du succès, du confort, de la paix. C’est le désir, impératif biologique, qui guide nos actions et nos pensées, quasi automatiquement, ancré dans des expériences dont nous n’avons parfois plus souvenir ! Devenues habitudes, ces actions et pensées entretiennent nos ressentis d’angoisse, d’abandon, d’exclusion, de jalousie, d’épuisement… Et quand la réalité n’est pas à la hauteur de notre désir idéalisé, nous avons la certitude d’avoir échoué. Pire, lorsque nous disons de nous que  » nous n’avons pas le choix », « que nous sommes constitués ainsi, que nous sommes sanguins ou susceptibles », nous tournons en boucle en nous persuadant que nous n’avons pas d’autres possibilités…Pourtant si, il existe un autre chemin.
Celui de prendre conscience de son désir et de s’y (re)connecter. C’est lui le point de départ : il est l’élan vital qui nous met en mouvement et nous fait agir ou réagir. Pour satisfaire mon désir de sûreté (par exemple financière), je renonce à changer de métier : je me sens ainsi plus en sûreté… mais également frustré. Si j’ose regarder « pour quoi » je renonce ou, autrement dit, « à quel désir » je réponds en renonçant, je peux alors envisager d’autres façons de répondre à ce désir de sûreté (ancré en moi et qui ne me lâchera pas), plus justes pour moi et pour les autres avec lesquels je suis en interaction.

Oser l’inconnu grâce à la lecture biologique de l’émotion
Comme nous sommes des êtres de mémoire, nous nous référons à ce que nous connaissons, à commencer par ce que notre corps a éprouvé et qui est demeuré comme une marque inscrite au plus profond de nous. Une marque qui désigne la nature de notre désir, de notre élan vital, au point de répéter, bien malgré nous, les mêmes comportements, les mêmes propos. Mais, s’ils ont été utiles dans le passé pour tenir debout dans la tempête, ils ne sont plus nécessairement adaptés à la situation d’aujourd’hui. A force de les utiliser, nous nous enfermons dans un seul modèle mental, alors que nous avons en nous un potentiel extraordinaire de ressources à explorer. Mais nous l’ignorons.
« Risquons la vie » écrivait la philosophe Anne Dufourmantelle, « en étant entièrement présent et vivant à ce qui est ». La vie est un risque et c’est à nous d’oser risquer la vie, d’oser sortir du connu : c’est-à-dire quitter sa zone de confort pour s’aventurer sur d’autres voies pour satisfaire le même désir d’existence.
Osons nous demander, dans la situation que nous vivons actuellement, quel élan vital ou désir nous anime. Et interrogeons-nous sur ce que nous pouvons faire, sur les choix que nous avons. Si je travaille dans une banque et que je rêve de peindre, plutôt que de me dire que c’est irréalisable car je ne pourrai pas vivre de ma peinture, je peux risquer un petit pas : aménager chez moi un espace dédié à la peinture, prendre des cours, dire à mes amis que je peins, leur montrer ce que je fais… J’ouvre ainsi le champ des possibles. Pour autant, est-ce certain à 100% que je vais réussir à vivre de ma peinture ? Non, et ce n’est pas cela l’important, mais le mouvement que je fais pour répondre à mon désir. Car la vie est mouvement. J’ose prendre le risque d’échouer, de déplaire, de dire non. Mais aussi de réussir, de plaire, de dire oui. C’est une rencontre avec moi-même, qui me permet de me sentir plus vivant, d’être plus en alliance avec mon être intime, en étant plus ouvert à moi-même et aux autres, et non plus fermé, dans une pulsion de protection et de maîtrise coûte que coûte. Oser être le sujet de mon désir, c’est gagner en libre-arbitre.
Et vous, quel est votre désir profond ?
Pour le réaliser… quel risque oserez-vous prendre aujourd’hui ?

Véronique Boillot – Psychopraticien

Le sacrifice interdit de Marie Balmary

par Véronique Boillot

« LE SACRIFICE INTERDIT »

MARIE BALMARY

SE DIFFERENCIER POUR DEVENIR SOI En quête de lʼAltérité

Fiche de Lecture de Véronique Boillot  Promo 7 avril 2015


Marie Balmary (MB) est psychanalyste. Son œuvre est construite sur une relecture des récits fondateurs de la parole, la Bible et les Évangiles, tous deux reliés à lʼexpérience de la vie, celle de lʼinconscient pour la psychanalyse, celle de la révélation pour la tradition biblique. La Bible est lue dans sa langue originelle (MB a appris pour cela lʼhébreu pendant 10 ans). « Le Sacrifice interdit » (1986) est le 1er dʼune longue série consacrée à ce sujet (Cf Bibliographie in fine).
Ce livre est très dense, avec de nombreux apartés et retours en arrière, comme dans une enquête. Jʼai choisi les passages consacrés à lʼAltérité, « le caractère de ce qui est autre », à la relation à lʼAutre, en lien avec la position du praticien LE.


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Le fondateur de la psychanalyse a rompu avec la foi et le judaïsme pour développer une théorie scientifique, qui exclut toute référence à la religion. Il a tenté de percer le mystère des origines de la vie spirituelle de lʼhomme avec le complexe dʼŒdipe (lʼenfant séducteur, prêt à tuer son père pour posséder une mère convoitée).
Or, nous dit MB, Freud a « omis » de parler dʼun crime originel : un acte de séduction et de rapt homosexuels commis par Laïos, le père dʼOedipe, à lʼégard du fils de son hôte, entraînant le suicide du jeune homme. Ce crime fut puni dʼune malédiction, lui interdisant dʼavoir un fils, sinon celui-ci le tuerait. Lʼorigine des malheurs dʼŒdipe ne serait pas dans les désirs parricides et incestueux du fils, mais dans le crime du père. Pourquoi Feud nʼen avait-il pas tenu compte ? MB ne pouvait « plus voir en Œdipe, ni voir en lʼhumain, le seul responsable de son destin ou de sa névrose ». Elle décide de relire la Bible avec un regard neuf.


Freud contre le totalitaire


Église, famille, parti : Freud parle de « foules conventionnelles », dʼhommes rassemblés par lʼaliénation, réunis par fusion. Mais, sʼinterroge MB, quand le Christ demande-t-il aux humains de renoncer à leurs différences, leur identité, leur conscience ? Dans la tour de Babel, cʼest tout le contraire : on y parle du lien qui unit les hommes en société et de la langue. Chacun unique, jamais deux fois le même.
Ainsi, dans le texte biblique, « YHWH descend pour voir la ville et la tour » et sʼaperçoit que les hommes sont en danger car la parole est devenue « une masse amorphe de particules privées de signification », quʼils ont perdu la négation car elle risque de disperser, dʼopposer. Pour MB, ce texte dénonce le mensonge dʼune harmonie sans différences. Celui qui la rompt est celui qui sauve de la mort.


Jésus, porteur du couteau


Le divin apparaît en « ennemi du oui sans non », en « ennemi dʼune harmonie qui ne serait quʼunisson » Dans lʼEvangile de Luc ainsi que dans lʼEvangile de Matthieu :


« Ne pensez pas que je vienne jeter la paix sur terre. Je ne viens pas jeter la paix, mais lʼépée. Oui, je viens dresser lʼhomme contre son père, la fille contre sa mère, la bru contre sa belle-mère, ennemis de lʼhomme, les gens de sa maison ».
Plutôt que de « dresser contre », il sʼagit de « faire deux », de séparer une personne dʼune autre. « Je tʼaime parce que tu es (à) moi » ne diffère de « je tʼaime parce que tu es toi » que par lʼépaisseur dʼune lame de couteau. Celui qui aime selon le 3, qui admet le tiers séparant, le passage du couteau, seul celui-là se situe en véritable être parlant, ne revendiquant pas lʼêtre de lʼautre comme le sien, il ne parle plus quʼen son nom propre.
A relier en LE aux Etapes 1 & 2 (Endosser sa douleur + Mesurer lʼusage de son JE) et aux Niveaux dʼattachement.


Le sacrifice dʼAbraham


« Prends ton fils, ton unique, celui que tu aimes, Isaac, va pour toi en terre de Moryah, là, monte-le en montée sur lʼun des monts que je te dirai ».
Une des lectures conduit à penser que Dieu veut que lʼhomme soit obéissant jusquʼà la mort. Mais MB en propose une autre : Les traductions disent « immole-le » ≠ « monte-le ». Dieu ne demande pas à Abraham de tuer son fils mais de le faire monter. Le mot « montée » peut sʼentendre comme « faire monter en immolant », au sens « élever vers lʼAutre », ne pas « retenir » (pour soi) de Lui.
Et le messager divin arrête Abraham : « Ne lance pas ta main vers lʼadolescent, ne lui fais rien ! Oui, maintenant, je sais que toi tu frémis dʼElohim (Justice) ! Pour moi tu nʼas pas épargné ton fils, ton unique. » Or, le verbe quʼon a traduit par « épargner » veut dire littéralement « retenir ». Craindre Elohim : respecter le Créateur qui sépare ses créatures et qui garde entre elles leur écart. La substitution finale d’un bélier est le symbole de fin des sacrifices humains et des idoles. Abraham est passé dʼune soumission à un dieu de mort à une loi divine qui protège la vie humaine.


Isaac, le fils libre


Abraham a donné son fils. Mais le divin ne le prend pas. Il ne le fait pas sien ; Isaac nʼest plus possédé. Isaac, fils dé-possédé, a disparu du champ sacificiel de la possession paternelle. Il est un fils différencié.
Ainsi de nous et de nos enfants : nous les « élevons » en ne les retenant pas de leur place « dans le nom divin », où se dressera leur être parlant en 1e personne.

Freud, le fils lié


YHWH dit à Abraham : « Va pour toi, de ta terre, de ton enfantement de la maison de ton père, vers la terre que je te ferai voir ». « Va pour toi ou Va vers toi ». YHWH est celui qui appelle lʼhomme vers lʼhomme. Nietzsche dira « Deviens qui tu es » et Freud « Où ça était, je dois advenir ».
Abram a obéi à la parole de Dieu, mais désobéi à la demeure de ceux qui lʼont abrité. Lʼhomme, pour accéder à la Parole tue symboliquement père et mère et sʼen va libre de servitude.
Mais cʼest impensable pour Freud. Le meurtre symbolique ne concerne chez lui que le père. « Qui remplacera, en cas de malheur, le fils à la mère ? ». Cʼest pour Freud la seule vraie question, il ne se la posera ni pour son épouse, ni pour ses enfants. A la mort de sa mère, il éprouve « un sentiment de délivrance dont (il croit) comprendre la raison. Cʼest que je nʼavais pas le droit de mourir tant quʼelle était encore en vie, et maintenant jʼai ce droit».
Abram a 75 ans au moment où cet appel lui est adressé, où lʼavenir humain sʼouvre à lui. Cʼest aussi celui de Freud à la mort de sa mère. Comment Freud, libre penseur, reste-t-il dans lʼobligation de vivre tant que sa mère est vivante ?
Quelle parole lui a fait défaut, qui lʼeût autorisé à quitter cette mère qui possède encore sa vie, qui ne lʼa pas vraiment mis hors dʼelle ?


Sacrifice de soi, Non-violence et Altérité


Pour les chrétiens, le sacrifice d’Isaac préfigure celui du Christ. MB propose une lecture « non sacrificielle » : ce nʼest pas Jésus qui se sacrifie pour obéir à son Père, mais Jésus qui, en homme de paix, refuse, fût-ce au prix de sa vie, de sacrifier lʼautre.
MB : la non-violence est-elle le sacrifice de soi ?
MB retourne au texte évangélique (Matthieu) : « Quelquʼun te gifle sur la joue droite, tends-lui aussi lʼautre ». Pour MB, ce nʼest pas la seconde joue, cʼest une autre. Si je frappe sur la joue celui qui me frappe sur la joue, nous ne sortons pas de la symétrie. Si je tourne vers lui, non pas la seconde joue, mais lʼ « autre » joue, je nʼentre dans aucun mimétisme avec lui.    .
Si lʼanalyste accepte de se laisser conduire sur le terrain de lʼanalysé, lieu où il est attendu comme semblable, lʼanalyste peut présenter à lʼanalysé lʼécart de lʼaltérité. Idem en LE, avec lʼEcoute Résonnante, qui permet à lʼEcoutant dʼêtre en relation et aussi dʼêtre en sécurité.
MB met en garde contre la tentation de la perfection (idem en LE). « Le thérapeute nʼa pas à être quelque chose, mais seulement (et cʼest beaucoup) savoir se placer comme autre. Accepter que lʼautre ne soit pas lui, à lui, comme lui ; et aussi que lʼautre ne soit pas lui-même prêt à reconnaître quelquʼun dans lʼaltérité ».


Lʼaccès à « Je suis »
(Naître dʼen haut)


La saga dʼAbraham nous parle du travail quʼaccomplit lʼâme humaine avec lʼaide du divin pour parvenir à dire « Je » et « Tu » en vérité, sans dévoration ni possession. = LE : Etapes 1 et 2 à nouveau, E et M, les plus importantes dans le chemin.
Mais je viens sur son terrain et là, je lui présente lʼaltérité
« Cette voie, explique MB, me concerne en tant quʼanalyste. Nous sommes en effet des accoucheurs dʼâme et nous travaillons à ce que des êtres puissent se libérer de ce qui, après leur avoir fait matrice et maison, leur fait à présent prison et destin ». En lien avec Etape 5 de la LE : Identifier mes RDD et mes attachements
Pour « naître dʼen haut », accéder à la parole, impossible de ne pas détruire/sacrifier. Le commencement dʼun être humain, cʼest sa conception par son père et sa mère. Mais une fois quʼil parle en tant que « Je », il rejoint son origine. = Après être né dʼen bas, par le sexe et par la chair, il sʼagit de naître dʼen haut, de lʼintérieur, du commencement.


Devenir humain en se différenciant

Abraham est celui qui ne dira plus possessivement : ma terre, mon père, ma mère, ma femme (ma sœur), mon sexe, mon fils. Pas même mon dieu : 7e libération.
Sa parole était malade. Lui et le divin effectuent la guérison de la parole par la parole.
Quel mal est donc à lʼorigine de cette maladie du Verbe ? MB va se pencher sur le texte de la faute originelle.
« En Eden » : Texte fondateur sur le début de lʼhumanité.
YHWH Elohim prend lʼhomme et le dépose dans le jardin dʼEden et lui dit :
« De tout arbre du jardin, tu mangeras, tu mangeras. De lʼarbre à connaître le bien et le mal, tu nʼen mangeras pas, car du jour où tu en mangerais, de mort tu mourrais ». Puis il bâtit Eve pour que lʼhomme ne soit pas seul. Tous deux sont nus, lʼhomme et la femme. Ils nʼont pas honte.
Le serpent dit à la femme « Non ! Vous ne mourrez pas. Car Elohim le sait : du jour où vous en mangeriez, vos yeux se dessilleraient et vous seriez comme Elohim, connaissant le bien et le mal ». La femme prend le fruit, le mange, en donne aussi à son homme. Leurs yeux se dessillent. Ils savent quʼils sont nus. Ils cousent des feuilles de figuier et se font des ceintures.
Adam entend la voix de YHWH Elohim : « Où es-tu ? » « Ta voix, je lʼai entendue dans le jardin et jʼai eu peur parce que je suis nu. Je me suis caché ». (la 1e fois où lʼhomme dit « je », cʼest pour dire « jʼai peur »). « Qui tʼa informé de ce que tu es nu ? De lʼarbre dont je tʼavais ordonné de ne pas manger, as-tu mangé ? »
Première lecture possible : Dieu nʼavait pas donné à lʼhomme la connaissance du bien et du mal qui lui était réservée. Mais, si tel est Dieu quʼil donne la vie à lʼhomme sans la connaissance, quʼil lʼenferme dans une obéissance infantilisante lui interdisant de vouloir lʼégaler, ce Dieu est pervers. Dieu ne veut pas que lʼhomme le quitte, quʼil grandisse, quʼil devienne autonome.
Mais, propose MB, lʼarbre où se trouve le fruit est celui sur lequel est posé lʼinterdit divin, parole gardienne de ces différences. En manger, cʼest détruire la parole du dieu créateur et donc détruire la différence humain-divin et, derrière elle, la différence des générations. Lʼhumain perd alors lʼécart nécessaire à sa propre identité. = La Bible fait récit de la destruction dʼune place, celle du divin tiers témoin, garant de lʼaltérité. Lʼarbre de lʼautre, de la différence, a été mangé.
Cette lecture permet un changement de perspective qui fait apparaître l’Éden non plus comme le lieu d’une faute première, mais comme un lieu d’épreuve, un lieu qui raconte l’humanité arrivant devant elle-même : homme et femme, différents, et ayant à faire quelque chose de la différence des sexes.

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Au terme de cette enquête, Marie Balmary tire 4 enseignements :

  1. Elle a mieux apprécié lʼétonnant mouvement de Freud qui sʼest interdit de recourir à lʼhypnose, de « gouverner en lʼautre » = forme de sacrifice interdit.
  2. Lʼimportance des mythes dʼorigine en chacun de nous. LE = importance de lʼexpérience archaïque
  3. Le sujet qui sʼéveille commence par inhiber toute commande dʼautrui en lui, provoquant un « ralentissement psychomoteur ».= LE : ralentissement et infusion
  4. Le mystère. « En tant quʼobjet vivant du monde, lʼhomme peut être connu scientifiquement, parce quʼil se répète. Mais en tant quʼhumain, lʼhomme est aussi ce qui nʼest pas encore et lʼâme humaine, ce par quoi nous échappons à toute définition ». (Gustave Thibon, philosophe français, 1903-2001) Pour MB, « Celui qui arrive chez un psychanalyste est inconnu, venant à un inconnu. Lorsquʼil en repart, il est mystère ».

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Jʼai adoré le travail de MB qui pose des questions, remet en cause, ré-interroge les évidences, enquête, sʼintéresse à des détails, émet des hypothèses, ainsi que sa manière de décortiquer, de malaxer les mots. Certains passages, que je nʼai pas relatés ici, sont passionnants, comme le changement de nom de Saraï, femme infertile dʼAbraham, parce que « princesse de moi-son père » en Sarah, « princesse pour elle-même », ou dʼAbram en Abraham, avec lʼajout du « hé » féminin, la marque du manque féminin chez lʼhomme, à lʼimage de la circoncision.
* Bibliographie Marie Balmary
L’Homme aux statues. Freud et la faute cachée du père (1979) Le Sacrifice interdit. Freud et la Bible (1986) La Divine origine. Dieu n’a pas créé l’homme (1993) Abel ou la traversée de l’Eden (1999)
Je serai qui je serai (2001) Le Moine et la psychanalyste (2005) Fragilité, condition de la parole. La fragilité, faiblesse ou richesse ? (2009) Freud jusqu’à Dieu (2010)