Décrypter l’intelligence vivante de l’émotion

Le mal a du bon sens

Nul n’est naturellement méchant. Cette parole attribuée à Socrate interroge chacun sur le véritable sens de la méchanceté et donc du mal. Celui que nous faisons, celui que nous éprouvons comme celui que nous subissons du fait des comportements et des paroles de certains autres.
Pour certains thérapeutes, le travail s’achève lorsque le patient a intégré, en conscience et en bienveillance, que le mal existe. Il est devenu ainsi un adulte capable de faire le choix du bien. Non pour se rassurer ou obtenir des autres une assurance sur sa propre valeur, mais pour découvrir cette route semée d’embûches qu’est la vie de tout Être Humain.


Si cette question nous semble importante, c’est que son étude devrait pouvoir soulager la crispation de nombre d’entre nous sur l’obsession du seul bien-être. Car si chacun s’accorde à reconnaitre la valeur biologique du plaisir, nous ne pouvons que nous alerter d’une culture qui le porte aux nues avec le fantasme d’un toujours plus qui ne fait qu’entretenir nos peurs de manquer. La ruée dans les magasins de la semaine passée en dit long sur cette habitude de faire en sorte de ne surtout jamais manquer de rien !
Comment la connaissance de la logique et l’intelligence du processus émotionnel peut nous aider à voir plus clairement ?


Le mal est un mal nécessaire. L’expérience du mal, de la douleur favorise l’éveil du besoin inconscient de protéger l’existence même du corps et par conséquence, la stimulation dans l’esprit des moyens de répondre de cette existence, par la mémoire et la créativité. Il ne s’agit donc pas là de morale mais de biologie.
Pour que le corps puisse être informé, pour que se forme en lui un marqueur somatique selon les mots d’Antonio Damasio, l’expérience du mal être, de la douleur, de la peine, du manque, de la perte de vitalité semble être la voie mise en place par le langage biologique. Et ce pour l’ensemble des êtres vivants. La question n’est donc pas « faut-il souffrir pour vivre ? » mais plutôt « comment la souffrance nous invite à mieux vivre ? »


Accepter cette réalité biologique comme une donnée vitale, source d’inspiration et non punition, peut bouleverser le paradigme dans lequel nous sommes enfermés à force de rechercher tous les moyens pour être bien… sans mal. Alors que la biologie utilise la variation plus et moins comme donnée pour concourir à l’équilibre, l’Humain la voit comme une dualité insupportable où le mal devrait disparaitre. Or malgré nos efforts, force est de constater l’échec de cette vision.


Pour preuve l’actualité de la pandémie Covid19. Nous fantasmons d’éradiquer des formes de vie pour protéger la nôtre. Et plus nous faisons cela, plus nous créons de déséquilibre. Pourtant nous sommes tous informés des déséquilibres créés par l’activité humaine sur notre Terre. Des voix s’élèvent contre ces pratiques, d’autres persistent à faire un peu plus de la même chose.


Le problème n’est pas de vouloir persévérer dans son être, qui est l’apanage de toute forme de vie, c’est la solution du coûte que coûte qui pose problème. Et là les décisions prises au nom de la protection de la collectivité ont un air de coûte que coûte à court terme, quelles que soient les conséquences sur l’avenir. Et ce sans amener chacun à prendre la responsabilité de son propre équilibre : comment favoriser la performance de son propre système immunitaire ? Là est notre pouvoir.


Nous pouvons donc nous interroger sur les décisions de l’exécutif de la privation d’une part de ce pouvoir puisque le sport, la culture, les loisirs, les contacts sociaux favorisant le rire et les échanges…, privilégient la santé par l’apport d’endorphines et diminuent l’excès d’hormones du stress dans le corps. Toute forme de vie s’organise avec les polarités conservation-croissance. Privilégier la seule polarité conservation au détriment de la polarité croissance, ou l’inverse, signifie à terme la mort, que ce soit de l’être comme des sociétés.


Tout comme les 200 avocats et juristes qui ont signé un appel au déconfinement à défendre la vie sous tous ses aspects, « nous nous inquiétons ainsi de devenir cette société du risque zéro qui serait prête à ne plus vivre pour ne pas mourir, et sacrifier pratiquement tout, ses conditions normales de vie, les rapports sociaux, le travail, et même les amitiés, les affects et les convictions politiques et religieuses à la menace de se contaminer. »


On parle de mal pour un bien… Est-ce que le mal actuel peut nous amener à prendre la mesure de l’incidence sur l’environnement, notre entourage, et nous-même de nos comportements ? Est-ce que le mal actuel qui ronge notre société pourrait être l’ouverture vers une prise de conscience que nous faisons partie d’un éco-système dont nous sommes tous, collectivement et individuellement, responsables ? Certains l’ont espéré lors de la première vague de la pandémie, et celle-ci passée nous sommes repartis à nos activités comme si de rien n’était.


Saurons-nous prendre l’opportunité de la deuxième vague pour ouvrir nos yeux ? Puisque la Nature échappe aux bonnes volontés du bien des Hommes, notre intérêt est de la comprendre pour faire alliance avec elle, et sûrement pas de chercher à la neutraliser ou la contrôler.
Le mal existe pour nous informer, nous orienter vers le bon, non seulement pour soi, mais aussi les autres et le monde dont nous faisons partie, dont nous sommes une partie et auquel chacun participe à sa façon. Il a une fonction d’inspiration à la créativité de la nouveauté, sachons la saisir.

Catherine  Aimelet Périssol
Sylvie Alexandre Rochette