Apprendre la logique de l’émotion

A corps et à choeur

Depuis peu, je fais partie d’une chorale éphémère. 

Nôtre projet : chanter le requiem de Mozart pour deux concerts dans des églises de la région. 

Six répétitions en commun depuis janvier et un travail personnel important.

 

Le chant choral est une découverte et je ne connais pas grand-chose au solfège. 

Quelle idée saugrenue d’aller me lancer dans une œuvre aussi complexe…

Lorsque l’on m’a parlé de ce projet, j’ai dit oui tout de suite…

Quel désir se cache derrière cet engagement ?

Chanter alimente ma joie, même pour un requiem… 

Trouver de l’harmonie dans le faire ensemble…

 

Après la répétition d’avant le concert, nous avons une heure pour nous préparer. 

Je sens une fébrilité monter en moi.

Je la perçois aussi chez mes collègues et chez notre chef de chœur. 

 

Je m’interroge. Pourquoi ce stress ? 

Les enjeux semblent modestes ? 

Pourtant, il est important que je réussisse mes attaques. Je suis dans le pupitre des basses et nous démarrons plusieurs morceaux.

Serai-je capable d’être juste sur la note et suivre correctement la mesure. Être en avance ou en retard peu déstabiliser le pupitre.

 

Répondre à cette confiance mutuelle pour être avec les autres.

Produire ce qui est juste, ce qui est beau et me sentir appartenir singulièrement au groupe… 

 

C’est le moment. Nous sommes tous en place. 

L’église est plongée dans le silence.

Elle est remplie de spectateurs. 

Je ressens, nous ressentons toute la tension de cet instant…

Les mouvements de notre chef commencent. L’orchestre joue. 

Introïts, c’est à nous…

La musique et nos voix emplissent l’espace. 

Je sens ma gorge se nouer par l’émotion. 

Cette vibration puissante et harmonieuse me touche au cœur….

 

Je ressens le travail que fait tout mon corps pour répondre à ce que je lui demande. Moduler le flux d’air afin que mes cordes vocales produisent le son de la note demandée.

 

Je suis concentré sur les gestes du chef de chœur. 

Surtout ne pas perdre le fil…

Nous entamons le kyrie. 

Les quatre pupitres, sopranes, altos, ténors et basses s’entremêlent, se chevauchent et se retrouvent ensemble sur l’adagio « kyrie eleison « .

 

Au bout de Cinquante minutes, nous entamons l’adagio final du communion .

Un silence puis les applaudissements. 

je constate que nous avons réussi tous ensemble. 

Je distingue quelques larmes autour de moi.

Bien sûr quelques erreurs ici ou là mais c’était beau. 

 

Je me sens bien, le cœur plein….

 

Dominique LANGLOIS