Le clin d’œil 2018


J’écoute un peu, beaucoup, passionnément, à la folie …. Pas du tout !

Juillet 2018

 

Un exemple parmi d’autres, pris dans la sphère professionnelle :
Benjamin a un problème et en parle avec son responsable qui répond précipitamment :
- Bon je comprends, Mais où en sommes-nous...
Sur le coup Benjamin ne sait quoi dire, il prend une inspiration et bafouille rapidement trois mots, …
- Nous verrons cela plus tard !

Mais quand Benjamin se remémore la scène, il charge son responsable et se victimise :

  • Non, mais il ne comprend rien ! C’est pas possible d’être comme cela !!!!
  •  Il ne m’écoute pas. Je suis face à un mur ! …
  • Je fais comme je crois … et puis tant pis.
  • J’en peux plus !

 Et d’autant plus qu’il entend certains collègues apporter de l’eau à son moulin :

  • Il ne sait pas écouter …
  • C’est toujours comme cela, d’ailleurs …
  • C’est sa faute aussi …

Ces petites phrases vous semblent familières ? C’est normal, soit parce que nous les entendons, soit parce que nous les utilisons nous-mêmes.

Mais pourquoi est-ce si difficile d’écouter l’autre ?
Pourquoi, alors que leader, manager, parents, enseignants connaissent l’importance de cette écoute, que nombreux se sont même formés et ont appris à reformuler, qu’ils en ont même l’intention … cela reste-t-il si difficile pour chacun ?

La Logique Émotionnelle nous invite à porter un autre regard sur ces situations de « non écoute » et ces « dialogues de sourds » et à prendre en compte toute la dimension émotionnelle de ces interactions. Elle nous propose de ralentir, d’adopter une vision d’hélicoptère et de zoomer pour voir plus précisément ce qui se joue là. Elle nous propose de voir chez l’autre, comme chez soi, sa nature émotionnelle. Et d’agir en conséquence.

- Peut-être qu’au lieu de voir un responsable qui ne sait pas ou ne veut pas écouter, je peux voir une personne en « réactivité émotionnelle » qui ne peut pas.
S’il est lui-même en difficulté, dans l’urgence et la pression du stress, comment peut-il se rendre disponible, bienveillant, ouvert à l’autre afin de l’écouter ? Enfermé dans son urgence à avancer, il réagit comme il peut : il évite.

  • Peut-être puis-je observer la réaction de Benjamin comme la manifestation de son état émotionnel. Face à une situation qui fait choc pour lui, il se tait (et bafouille). La scène revisitée plus tard et le désir d’être entendu génèrera d’autres réactions de lutte (de colère), d’évitement (d’anxiété) ou de repli (de lassitude).
  • Peut-être puis-je entendre un phénomène de contagion, de mimétisme, au sein de l’équipe. Chacun réagit à son tour. Chacun entre en résonnance avec l’émotion de l’autre, et vient y ajouter son histoire qui vient amplifier, justifier…

Revenons à notre exemple en entreprise : l’écoute, pour prendre toute sa place et créer les liens si importants dans nos organisations, a besoin de s’appuyer sur la connaissance du processus émotionnel et sur sa logique émotionnelle.
L’absence d’écoute, ou bien une écoute de mauvaise qualité, est bien le contraire de ce qui est attendu au sein des organisations.
Dans la plupart des chartes d’entreprises, le manager, hiérarchique ou transverse, comme le responsable de projets se doit d’être un « leader » qui donne du sens, partage une vision. Il motive, fait grandir et pratique le participatif et le collaboratif au sein des équipes. Et pour cela, au-delà de savoir s’affirmer, d’être un bon professionnel, il se doit d’être un bon écoutant.

Ainsi, dans la dernière étude menée par The Standish Group en 2015, comparant le Top 10 des facteurs de succès et des facteurs de gain de valeurs pour les organisations, la maturité émotionnelle apparaît respectivement à la deuxième place et à la cinquième place.
Les organisations sont invitées à porter une attention toute particulière à la « Maturité émotionnelle » de leurs collaborateurs. « La maturité émotionnelle mène à un écosystème de projet sain qui supporte et promeut entre autres, les compétences de connaissance de soi, de sensibilité aux problèmes sociaux, de maîtrise de soi, et capable de gérer les relations interpersonnelles. »


... alors à « bon entendeur » ….

 

Sophie Libaud  psychopraticien en logique émotionnelle


L‘émotion, une vérité ?

Juin 2018

l

 

A la sortie d’un spectacle, lorsqu’on les interroge, les gens disent, les yeux brillants d’excitation : « ah oui, c’était bien ! ET il y avait de l’émotion ! » A la radio, récemment, un cinéaste célèbre essayait de partager son ressenti sur un film, il patinait sec… Finalement, le ton joyeux (euréka), il déclara : « il y avait de l’émotion ! Et donc de la vérité !»


La surprise, c’est que les gens ne disent pas « il y avait de la joie, de la tristesse, de la colère, de la peur ».

Le plus souvent, ils disent « il y avait de l’émotion ». Ils s’arrêtent là et considèrent qu’à partir de ce moment-là, c’est compréhensible et partageable.


Pourquoi rencontrons-nous si souvent cette difficulté à nommer nos émotions ? Peut-être, parce que :

  • Nous confondons trop souvent émotions et sentiments
  • Nous n’avons appris ni à reconnaitre ni à nommer nos émotions.
  • Nous ignorons que nos émotions nous aident à prendre des décisions.

L’émotion est une réponse physique (quelques secondes) à un stimulus qui génère comme une onde dans notre corps.

Cette première sensation peut ensuite se transformer en sentiment et en re-sentiment.


Notre humaine nature fait qu’à chaque moment, nous devons revenir à l’homéostasie, c'est-à-dire à l’équilibre de notre système corps-esprit.

  • Ma tristesse m’avertit que mon comportement ne satisfait pas mon désir dans la situation dans laquelle je me trouve.
  • A l’inverse, ma Joie me dit que mon désir est comblé, mais pour un moment seulement, car la vie est un mouvement perpétuel où « Chaque chose, chaque être, cherche en permanence à persévérer dans son être ». (Spinoza). D’autres situations vont survenir qui éveilleront d’autres désirs…

Ne trouvez-vous pas épatant qu’un jeune homme nommé Baruch SPINOZA au 16ième siècle ait mis en exergue des principes que les neurosciences vérifieront 400 ans plus tard ? Imaginons ensemble la Hollande du 16ième siècle :  pas de télé, pas de lumière électrique. Des nuits froides et noires, une chandelle à la lueur orangée dans une cabane, mal chauffée au bois. Baruch, 25 ans, cheveu long et tunique noire, trempe sa plume dans l’encrier et accomplit son œuvre. Il s’appuie sur son expérience et nous donne à voir « la vérité de la subjectivité », non dans une opposition à l’objectivité, idéalisée dans les sciences, mais comme un sujet qui assume en première personne ce qu’il dit, et met son propos en perspective de ce qu’il vit. Une forme d’honnêteté à l’égard de ce que nous vivons…

 

A coup sûr, un beau film à faire, où il y aurait de l’émotion… En attendant, nous pouvons lire « le problème Spinoza » de Yalom et « Spinoza avait raison » de Damasio.


En étudiant la Logique Émotionnelle et en devenant psycho-praticienne, j’ai pris conscience de l’importance fondamentale du processus émotionnel. En premier lieu, c’est mon cerveau reptilien qui reçoit l'information de ce que mes sens voient, entendent, etc. Mon corps a une sensation et réagit. Ce n’est qu’ensuite que mon cortex cérébral intellectualise, raisonne... et anticipe. J’y ai gagné de la liberté en reconnaissant que non, je n’étais pas toute-puissance car une partie du système émotionnel est automatique, et donc m'échappe par nature, et que oui je pouvais agir en adaptant mon comportement  grâce à mes capacités d'anticipation. J’ai pu comprendre que se mettre en colère à l’insu de son plein gré prouvait juste que nous ne connaissions pas notre processus émotionnel.


Alors oui, l’émotion est une vérité.

C’est même une sacrée vérité, voire une vérité sacrée.

Connaitre son processus émotionnel nous libère et peut nous aider à mieux vivre. Ça vaut le coup, non ?

 

Jocelyne Pringard psycho-praticien en Logique Émotionnelle


Toute la vérité sur le parler vrai

Mai 2018


Qui n'a jamais entendu quelqu'un vanter les mérites du parler vrai ?

 

Encore bien nommé parler "cash" où la personne dit ce qu'elle pense franchement et assène à l'autre ses quatre vérités ! Mais, en apposant ces mots, parlons-nous vraiment de la même chose ? Et de quoi parlons-nous lorsque nous parlons "vrai"? Voici quelques éléments de réponse avec l'aide précieuse de la cartographie de la logique émotionnelle (LE).

Remontons le cours du temps.

Au 16ème siècle apparaît l'expression "dire ses vérités". Il s'agit de dire à l'autre des choses "vraies ou justifiées" sur lui, principalement négatives, sans hypocrisie, qu'il ait envie ou pas de les entendre... autrement dit exprimer des pensées critiques, jugements et évaluations sur l'autre en mode "lutte" ! Et la pratique s'est perpétuée au fil du temps. Les fameuses vérités marchent depuis par quatre, chiffre symbole du tangible, carré, immuable.

Mais vrai et juste pour qui et se fondant sur quoi ? 

Difficile de donner un sens univoque au mot "vérité", tant les définitions, théories – et controverses ! – sont nombreuses, bien supérieures à quatre d'ailleurs... Première conclusion : pas de vérité absolue donc. Comme l'écrivait Montesquieu dans ses Lettres Persanes : "Que veux-tu que je te dise ? Vérité dans un temps, erreur dans un autre". Laissons-nous alors tenter par la proposition de Voltaire dans le dictionnaire philosophique : "Humainement parlant, définissons la vérité en attendant mieux : ce qui est énoncé tel qu'il est". 

Formule dont nombre de dictionnaires se font l'écho. La vérité est notamment définie comme ce qui est conforme à la réalité, à ce qui est. Le centre national de ressources textuelles et lexicales (CNRTL) précise : la réalité, "la chose réelle" s'appréhende d'abord comme ce qui existe indépendamment du sujet, est dégagé de la subjectivité du sujet, ce qui n'est pas le produit de la pensée. Raisonnons ici par l'absurde : si vérité et pensée sont analogues, la pensée est semblable à la réalité qui est différente de la pensée : hum, hum... Parler vrai n'équivaut pas ainsi à dire ce que je pense.

Ce que corrobore la LE : nos habitudes, y compris mentales, donc la pensée exprimée, sont mues par ce que nous cherchons à garantir, en termes de sécurité, identité ou sens. Et quand nos pensées s'inscrivent plus durablement dans notre esprit sous forme de représentations, d'interprétations ou de croyances, c'est   "sous l'influence" de nos ressentis, et d'abord, de nos peurs (!) et non d'un élément factuel. 

Autre poids dans la balance : la vérité, dans sa première acception donnée par le Littré, est cette qualité par laquelle les choses apparaissent comme elles sont. Bien... sauf que les choses nous apparaissent par l'intermédiaire de nos sens. La LE (grâce aux neurosciences) nous permet d'affirmer que nos perceptions ne sont jamais objectives, pour de simples raisons biologiques d'abord, et parce qu'elles sont soumises ensuite à nos filtres, à l'insu de notre plein gré. Verdict : le vrai du parler vrai ment ou, du moins, est vrai... et pas vrai !

Alors, qu'est-ce qui est réellement vrai ? Au sens de la LE, c'est ce que nous éprouvons, à savoir la sensation qui fait immédiatement suite à une perception. C'est l'effet dans le corps de ladite perception. C'est une information automatique que redonne le corps au cerveau reptilien, pour générer une réaction de défense visant à retrouver l'homéostasie, autrement dit l'équilibre corporel.

C'est, un peu plus loin dans le temps, le ressenti, information elle aussi corporelle, qui nous indique si le comportement que nous adoptons pour garantir notre désir fonctionne ou pas sur le long terme. Le ressenti est agréable quand la stratégie répond au désir. Un ressenti inconfortable, de peur, colère ou tristesse, invite à adapter notre habitude comportementale dans ce cas. Parfois, nous payons le prix fort, cash, sous forme d'émotivité et stress – avec son corollaire de maladies psychosomatiques, fonctionnelles voire organiques – l'inadaptation de notre comportement... qui répond, mais seulement partiellement, à notre élan vital.

Cette habitude de parler "vrai", comme nous aimons à nous le raconter, a une valeur et un sens, que la LE peut aider à révéler. S'exprimer permet déjà de s'ôter de la pression. La "franchise" dont nous faisons preuve parle, étymologiquement, d'une liberté à garantir. Dire ces quatre vérités à l'autre peut satisfaire à ce désir identitaire, cet appel de notre singularité à s'affirmer en face de l'autre... Et à bien d'autres encore : un désir de valorisation – parler cash c'est parler comptant et ce qui compte, c'est ce qui a de la valeur – ? ou le "vrai" répondrait-il à un désir de certitude, rectitude et ainsi droiture – morale... à défaut d'être corporelle –  ? Mais en parlant cash sur l'autre, nous nous cachons à nous-même. Dans l'urgence de répondre, nous évitons de voir ce qui nous a impacté, d'en sentir le choc et nous hypothéquons la qualité de la relation à l'autre.
 
Rappelons-nous que si la parole est d'argent, le silence est d'or. Un silence à mettre à crédit pour entendre le vrai qui résonne en nous et brille, nous montrant la voie (voix?) à suivre. Pour identifier ce qui nous impacte concrètement dans la situation. Pour répondre de manière plus juste et responsable à notre désir de vie.

"Je suis plutôt un mensonge. Un mensonge qui dit toujours la vérité" (Jean Cocteau – Le menteur)

 


Gérald Testé  psycho-praticien en Logique Émotionnelle


Le travail, une voie à sens unique ?

Avril 2018

Commençons par un clin d’œil en musique sur une chanson de 1965 d’Henri Salvador, qui comme chacun le sait, exerçait encore son métier sur scène à 90 ans.


« Le travail c’est la santé, rien faire c’est la conserver, les prisonniers du boulot, font pas de vieux os »


Et tout récemment une enquête de 2017 de la CFDT sur le rapport des Français au Travail réalisée auprès de 200 000 personnes indiquait notamment que 70% des français rigolent « souvent ou tout le temps » au bureau, et qu’à l’inverse un tiers d’entre eux ont « le sentiment d’être une machine » sans autonomie ni responsabilité.


Quel sens a le travail dans nos vies, ce travail qui peut représenter largement plus du tiers de notre temps et focaliser une grande part de notre énergie mentale ?
La Logique Émotionnelle nous donne une grille de lecture de cette question, à plusieurs niveaux et notamment :

  • L’importance du sens que chacun recherche dans sa vie et qui nourrit les besoins biologiques d’un humain, animal social, dans le prolongement de sa sécurité et de son affirmation identitaire.
  • L’incroyable capacité que nous avons tous à nous raconter des histoires et à construire les représentations qui nous arrangent de ce monde dans lequel nous vivons, capacité que les neuroscientifiques vont jusqu’à qualifier de fictionnelle.
  • Le systématisme des stratégies comportementales que nous exprimons de manière répétée, au nom de nos désirs, pour avoir toujours plus de la même chose, tout simplement pour « être ».
  • Que ce sont bien ces désirs qui sont à l’origine de nos actions, de nos ressentis et de nos représentations du monde, et qui peuvent nous conduire à nous enfermer dans des certitudes très personnelles.
  • Que dans le domaine professionnel et social aussi, ces désirs se renforcent par des phénomènes mimétiques très puissants.

Que dire alors de cette affirmation qu’un encadrement au travail « doit être porteur de sens » ?
Le sens est celui que donne le chef ?

Ou bien le sens est celui que la collectivité doit construire, à plusieurs niveaux, à travers une approche collégiale animée par l’encadrement ?


Les sociologues des organisations notamment ceux qui se consacrent à l’étude des HRO (High Reliability Organisations), comme Christian Morel, soulignent l’importance de la collégialité comme une règle essentielle de la fiabilité et de la performance, dans laquelle le développement de chaque personne et celui du collectif se conjuguent.


A quoi me sert ce que je fais ? quelles sont nos aspirations collectives ? comment donner du sens à travers le renforcement de la collégialité ? Comment chacun peut-t-il mettre l’affirmation de soi au service du sens, de la mission, de la finalité pour un bénéfice partagé et respectueux de l’écologie du groupe, et de l’écologie de chacun dans le groupe ?


Les Psychopraticiens en Logique Émotionnelle intervenant dans le cadre des entreprises et des organisations peuvent témoigner que la Logique Émotionnelle est un outil très puissant pour améliorer le fonctionnement collectif, fondamentalement utile dans le coaching individuel ou d’équipe, pour favoriser l’apprentissage et faciliter l’appréhension du changement.


Il s’agit pour chacun de développer son attention, sa créativité et son leadership à partit de son expérience du processus émotionnel, plutôt que sur les interprétations, les normes, les fantasmes de contrôle et l’évitement.


Olivier Vidal psychopraticien en logique émotionnelle


Désir et Habitudes, un duo souvent bien turbulent !

Mars 2018

 

Question : « Au nom de quel désir est-ce que je fais ce que je fais ? » 
Un témoignage en guise de clin d’œil…
« Avec vous, Stéphane*, c’est toujours la même chose : embrouilles et histoires ! …


Je vous confie un nouveau projet et ça devient tout de suite compliqué ! Vous passez votre temps à remettre en question les objectifs, les critères de décision, les gens avec qui vous devez travailler, le timing du programme, l’ordre du jour des réunions, les outils à utiliser et je ne sais quoi encore… Le projet piétine de votre fait, ça ne peut pas durer. Il va falloir que ça change, ou alors… Vous le faites exprès ou je me trompe ?  Pour moi c’est du sabotage pur et simple !!!! Si vous êtes incapable de mener ce projet, autant le dire tout de suite. »


Paul, responsable du service « nouveaux projets », regarde un moment Stéphane se tordre les mains,  silencieux, regard gêné, et lui pose la question : « Mais enfin, Stéphane, qu’est ce qui se passe ? »


Examinons avec vous, lecteur de ce clin d’œil, ce qui se passe...
Quelle est donc la motivation de Stéphane, à quel désir répond-il en faisant ce qu’il fait ?

Comment la LE peut-elle aider Stéphane à se responsabiliser de son comportement pour faire face à son boss ?
Écoutons-le préciser ses comportements qui consistent à « remettre en question » les différents aspects d’un projet, comportements perçus par Paul comme « récurrents et excessifs, comme étant du sabotage ».
Stéphane : « je pose beaucoup de questions, je cherche des précisions, je doute de la légitimité de mes collègues et me brouille avec certains, je réinterroge le bien-fondé des décisions, je rajoute des points à l’ordre du jour des réunions, je soupire quand certains prennent la parole, j’évite de rendre des comptes sur l’avancée de mon travail, et quand mon boss m’interroge, j’élude souvent les questions… »


La LE prend en compte ses comportements, habituels et automatiques dans le cadre de son travail, et interroge Stéphane sur le désir qu’il satisfait à faire ce qu’il fait comme il le fait. Au point de ralentir le projet et de le mettre en péril ! Au point de mettre son poste et son emploi en péril !

  • Un désir d’avoir de la liberté d’agir comme bon lui semble ?
  • Un désir d’avoir la main et le contrôle sur le projet ?
  • Un désir d’avoir de l’autonomie dans ses initiatives ?

Seul Stéphane le sait. La biologie nous apprend que ses comportements sont efficaces pour lui sur le court terme mais ont des conséquences sur les autres, la qualité de son travail et sa place dans le groupe au long cours.


Pour autant, Stéphane ne peut échapper à sa logique émotionnelle, et donc à son désir d’avoir de quoi être, en l'occurrence toujours de la liberté répond il.
Cette mise en conscience effectuée, Stéphane réalise qu’à force de vouloir avoir toujours de la liberté, il entretient surtout ses peurs d’être empêché et dominé… Plus il fait un peu plus de la même chose, et plus il est stressé !


Redonnons la parole à Paul et à Stéphane
« Mais enfin, Stéphane, que se passe-t-il ? » lui redemande Paul.
Stéphane « A vous écouter, Monsieur, je me rends compte des conséquences de mes habitudes comportementales, celles d’avoir toujours de la liberté d’action (et de l’autonomie…). Je vois mieux quelles conséquences elles ont sur moi, sur mon travail et aussi sur les autres. Je vois mieux aussi comment je peux répondre à mon désir de liberté d'action et j’ai envie de mettre ce désir au service du projet. Je vais agir en ce sens et vous propose de faire un point dans deux semaines. »
Témoignage de Stéphane : « C’est en découvrant la logique émotionnelle que j’ai pu exercer un examen minutieux dans ces situations professionnelles. J'ai progressé dans la compréhension de mes mécanismes défensifs et j'ai pu m’ouvrir à d’autres façons de m’adapter, beaucoup plus écologiques pour moi et beaucoup plus fluides pour mes relations. »


Maïté Pecqueur

Psycho-praticienne, et le témoignage de Stéphane (*dont le prénom a bien sûr été modifié …)


Le bienfait de se tirer une balle dans le pied* !

Février 2018

 

Le bienfait de se tirer une balle dans le pied* !

Qui de nous ne s'est jamais entendu se dire "je n'y arrive pas, je suis nul, je ne fais pas ce qu'il faut, je ne peux pas faire plus, je n'ai pas confiance en moi, je ne suis pas assez, je ne sais pas dire non..." Ou sous une autre forme "il faudrait que j'arrête de penser trop, de m'agiter, de m'énerver... il faudrait que je m'occupe davantage de mes enfants, de mon couple, que je sois plus disponible à mon travail, mieux concentré, il faudrait que j'ai une meilleure estime de moi..."


Que d'injonctions à être autre que ce que nous sommes ! Notre entourage a beau faire, nous rassurer que oui nous sommes capable, que nous allons y arriver c'est une question de patience... Qu'on est un homme compétent, une femme formidable, une fille marrante, que nous avons plein de ressources... On a beau lire des livres et écouter les psys qui nous donnent la bonne voie à suivre pour mieux penser, être plus positif, plus confiant... Rien n'y fait, la petite voix intérieure persiste et signe, et on continue à ruminer.
Alors à quoi peut bien servir de se tirer une balle dans le pied ? Car quand même, c'est une voie douloureuse, que nous ne cessons d'emprunter, d'y passer et d'y repasser ! Justement, à revenir à la douleur, à notre corps existant, comme il est. La douleur au pied fait que vous ne pouvez plus l'ignorer.
Car il y a une intention biologique à cette petite voix en soi, un élan vital.


Entre le "tout parfait" et le "nul", il y a "qui je suis comme je suis" que tente de faire entendre la dévalorisation de soi, pour revenir à ses ressources, comme elles existent. Nous sommes tentés de vouloir être plus et davantage que ce que nous sommes, avec un idéal de surpuissance pour répondre à notre existence, avoir une place, une valeur. Or il y a (plein) des moments où nous sommes moins bon que nous ne l'aimerions.


La LE nous propose d'abord d'entendre le sens vital que contiennent ces formules. Rester en deçà de son savoir, nier sa valeur, réduire son image, voire son existence, va enclencher des ressentis et des sentiments douloureux qui vont presser la personne à répondre à la finalité d'être, chère à Henri Laborit et aux neuro biologistes, qui abordent les comportements par la biologie du corps. Chercher à y substituer des formulations positives sans comprendre le sens de la négation de soi revient à se tirer une deuxième balle dans le pied car cela augmente la pression intérieure et le niveau de douleur.


Alors pensez-y, la prochaine que vous vous entendrez vous dire "je ne peux pas, je ne sais pas, je ne comprends pas, je n'y arriverais pas..." Demandez-vous quel est le bénéfice ? Ces formules, paradoxalement, répondent déjà au désir d'homéostasie. Quel élan vital peut bien s'y cacher ? Revenir à ce que vous pouvez, à ce que vous savez, à ce que vous comprenez, à ce que vous arrivez déjà ? En somme, revenir à vous, chez vous ? Entre le soi annulé et le soi idéalisé, il y a le soi existant et vivant !


Sylvie Alexandre Rochette


* L'opposition dynamique entre échec et réussite peut devenir le moteur même de notre progrès ;

Ch. Pépin, les vertus de l'échec.


Tous nos vœux

Janvier 2018


Tous nos vœux pour une bonne année 2018, et surtout la santé !

 

Quand le rythme extérieur des saisons se retrouve dans nos rituels culturels...
Nous voilà tous sur le starting block des 12 coups de minuit, prêts à envoyer nos vœux, heureux de transmettre ces mots qui augurent du meilleur pour chacun. Gare à celui ou celle qui oublierait. Il pourrait se sentir coupable de priver ses proches de ces bons présages.


Notre culture serait-elle donc inspirée, malgré nous, par un rythme qui nous échappe ? Alors qu’elle s’envole vers une technicité toujours plus envahissante, serions-nous à ce point branchés sur le mouvement de la nature ? Branchés, infusés, nourris, influencés par elle ?


La réponse est oui.

Oui nous ne pouvons échapper au champ de la vie, bio-logique qui anime l’être vivant que nous sommes d’abord. Rites culturels, rythmes internes et externes sont reliés inéluctablement. La nouvelle année n’est pas seulement celle du calendrier, elle est celle de l’inversion du mouvement homéostasique entre les saisons, du temps des jours et des nuits. Un rythme sur 365 jours un quart. Homéostasie que nous retrouvons dans le corps et ses temps de vide et de plein, de pause et d’activité. Homéostasie que nous retrouvons enfin dans la culture des rites qui scandent la vie en société de façon diverse. Mais avec en plus la marque que les Hommes (la majuscule rappelant que le masculin est ici un neutre animé et non le reflet linguistique d’une domination masculine…) ont ajouté grâce à leur aptitude à construire des histoires : ils accentuent la bonne nouvelle du retour de la lumière, de la vie sur la mort.


Ne boudons pas notre plaisir à participer à ce rituel d'échanges, en sachant qu’il accompagne le mouvement naturel auquel nous participons. Mieux encore, ajoutons la conscience de ce qui se joue là et retrouvons ensemble ou individuellement les rituels qui pourraient nous aider à fêter notre nature vitale.


Individuellement, comment contribuer à ce rite qui nous rappelle à notre bio-rythme ? Nous pouvons le laisser sous l'influence des astres... ou nous pouvons collaborer. Notre corps a la capacité naturelle de s'auto-guérir et de répondre aux stimulus extérieurs. C'est la réponse du cerveau reptilien dont la fonction est de gérer l'équilibre homéostatique du corps. Un corps souple, relâché, permet une meilleure respiration, ample et profonde. Un corps souple avec une respiration ample et profonde permet un esprit calme et serein. Un esprit calme et serein permet au corps de se relâcher et de se détendre. Boucle vertueuse à laquelle nous pouvons participer en nous adonnant quotidiennement à un rite, un rituel pour prendre quelques minutes pour nous accorder à ce rythme intérieur... et répondre plus sereinement à nos besoins fondamentaux.


Bonne année, bon rite et bon rythme à chacun d'entre vous !


Catherine Aimelet Périssol et Sylvie Alexandre Rochette