A propos de nos perceptions

L’ensemble des articles concernant nos perceptions étudie la perception dans sa dimension à la fois philosophique, cognitive et neurosensorielle. La neuro-imagerie est venue considérablement préciser comment se passe le processus qui permet l’intériorisation des informations externes et internes (venant du reste du corps). Les ouvrages de Lionel NACCACHE*, neurologue et chercheur en neurosciences, permettent de mieux saisir ce phénomène. Où l’on comprend que les informations perçues sont à la fois vraies et pas vraies…

 

Le lecteur pourra aussi découvrir les travaux de Sémantique Générale d’Alfred KORZIBSKI, qui mit en évidence les notions d’Inférences, de filtres anatomiques et psychiques. « Le mot n’est pas la chose » ou « ceci n’est pas une pipe » écrit sur le tableau de Magritte représentant une pipe, sont déjà un bon début pour voir autrement ce que nous sommes convaincus de voir pour de vrai !

 

Cette dynamique est le « sujet/ objet » sur lequel travaillent de nombreux chercheurs. Les neuroscientifiques maillent de plus en plus leurs recherches avec les chercheurs en sciences humaines.

 

Dans son ouvrage paru en 2006, Lionel NACCACHE propose aussi une lecture passionnante sur l’inconscient : celui-ci sort de la seule dimension freudienne pour se lier avec l’inconscient cognitif.

Ce dernier est un vrai inconscient, tandis que celui du père de la psychanalyse traduit le fourmillement du conscient psychique, formidablement doué pour créer de la fiction riche du sens, notamment celui des informations non conscientes mais bel et bien vivaces en soi.

La Logique émotionnelle s’appuie sur ces constatations. L’écoute en résonance des perceptions et des sensations permet ainsi de révéler et de faire advenir à la conscience des mouvements perçus de l’extérieur et leurs effets sensoriels en soi à l’origine des émotions.

Le travail LE se situe à l’interface entre inconscient sensoriel, non pas refoulé mais informant en deçà du seuil de la conscience, et conscience cognitive, non pas "défoulée" mais informant du jeu vital que nous ne cessons de mettre en œuvre en interprétant et en fictionnant notre monde.

A propos de nos sensations

La LE fait appel à la sensorialité immédiate des neurones fuseaux pour comprendre comment, en percevant un événement à l’extérieur de soi, nous éprouvons un phénomène à l’intérieur de soi, décrit comme une sensation. Celle-ci en en écho avec ce qui se passe à l’extérieur par l’intermédiaire de neurones dits en fuseau, présents dans notre cerveau reptilien le plus archaïque.

Ces neurones seraient responsables du mimétisme, très étudié par René Girard sur le plan des comportements en collectivité et par Jean-Michel Oughourlian, neuropsychiatre, qui ont coécrit avec Guy Lefort, Des choses cachées depuis la fondation du monde, ouvrage paru aux éditions Grasset en 1978. Le fait de sentir en soi à partir des perceptions hors de soi dans un processus d’écho ou de mimétisme donne sens à la réactivité émotionnelle qui s’opère ensuite de façon automatique.

 

La LE fait aussi appel à la mémoire sensorielle.

Voici ce qu’en dit Joseph Ledoux, professeur en neurobiologie, dans son dernier ouvrage, Synaptic Self, paru en 2002 : la remémoration consciente est le type de mémoire que nous avons à l'esprit lorsque nous parlons habituellement de la « mémoire ». Se rappeler c'est être conscient d'une expérience antérieure, et présenter des troubles de la mémoire c'est avoir un problème avec le rappel d’un événement ou d’une information que nous savons pourtant avoir précédemment vécu ou su.

Mais il existe un système de mémoire différent qui garde le souvenir des situations dangereuses ou du moins menaçantes. Cet apprentissage du danger met en relation directe nos perceptions sensorielles avec nos réponses comportementales. Il ne dépend pas de la conscience et nous n'avons aucune emprise sur lui ni un accès conscient à sa véritable nature.

En fait, normalement, les deux systèmes de mémoire fonctionnent simultanément. La mémoire consciente apporte le contexte factuel d'un événement (ce que nous pouvons analyser intellectuellement, sans en éprouver le ressenti) et la mémoire inconsciente donne le relief sensoriel à ce contexte (les manifestations physiques, émotionnelles).

 

En dehors de l’immaturité de la mémoire consciente en période prénatale, les causes d'un éventuel dérèglement de ce fonctionnement sont multiples mais la principale semble être la peur elle-même. Bruce McEwen, éminent chercheur sur la biologie du stress, a mis en évidence qu'une peur brève mais intense entraîne un appauvrissement en dendrites des neurones activés par cette peur dans l'hippocampe. Les dendrites, parties réceptrices des neurones, sont des acteurs majeurs dans la formation de la mémoire consciente.

Les dégradations sont réversibles si la peur ne dure pas mais les dendrites sont définitivement endommagées, laissant les neurones isolés, si la peur se prolonge. Dans ce cas, le souvenir conscient à l'origine de la peur devient inaccessible. Lorsque la peur se manifeste, il ne subsiste alors aucune piste pour en retrouver consciemment le point de départ.

Et la manifestation sensorielle de la peur reste, de fait, la seule trace qui puisse, éventuellement, permettre de remonter jusqu'à l'événement d'origine et de le désactiver consciemment. En ce sens, des signaux de forte intensité (des sensations physiques fortes reproduites consciemment, par exemple), en ciblant les neurones qui ont été isolés par des dendrites endommagées, peuvent réactiver l'activité de ces neurones et permettre ainsi la restitution consciente de la mémoire.

 

Par ce mécanisme, on peut imaginer, un peu comme un sourcier s'approche d'un point d'eau avec sa baguette, qu’en remontant consciemment au plus fort de la manifestation sensorielle de la peur et en la revivant pleinement et avec consentement, on puisse la désamorcer en « reconstruisant » l’accès endommagé aux neurones concernés. Dans ce cas, la mise en conscience ne porte plus sur le souvenir mais sur la ré-expérimentation (volontaire et sécurisée) de la peur. Il s'agit là, très probablement, du mécanisme qui sous-tend notre approche.

 

 

* Quelques lectures qui étayent le processus de Logique Emotionnelle :

Henri Laborit : tous ses ouvrages et particulièrement L’éloge de la fuite, La Nouvelle Grille

Antonio R. Damasio : L'autre moi-même - Les nouvelles cartes du cerveau, de la conscience et des émotions, Paris, Odile Jacob, 2010.

Lionel Naccache : Le nouvel inconscient - Freud, Christophe Colomb des neurosciences, Paris, Éditions Odile Jacob, coll. « Sciences », 2006.

A suivre…

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