Le clin d’œil du crocodile


Parlez-vous cerveau

Septembre 2017


C’est le titre de l’émission proposée par le neurologue Lionel Naccache sur les ondes de France inter. Cinq minutes chaque jour qui invitent les auditeurs à se familiariser avec les différents composants du cerveau, ses fonctions, ses prouesses et … ses mystères.


Cette émission fait écho aux nombreux articles de presse « Prenez-soin de votre cerveau » « Les merveilleux pouvoirs du cerveau » « Boostez votre cerveau ».

L’organe est devenu une star !

Normal, me direz-vous.

N’est-il pas le lieu de nos apprentissages, de notre mémoire, de l’attention, de la motivation, du leadership et de la prise de décision pour ne citer que les thèmes les plus abordés car facteurs de performances et d’efficacité.


Et les émotions ? Ah oui, où avais-je la tête ? Le cerveau est aussi le siège de nos émotions : les primaires dites de survie et les secondaires dites sociales. Sujet moins évoqué dans les médias si ce n’est sous l’angle bien classique : il y a les bonnes émotions à favoriser pour aller bien et les mauvaises à éviter, à savoir gérer car facteur de stress. Représentation qui prolonge l’idéalisation de la performance et la pression pour y parvenir.


La logique de nos émotions ne propose pas de participer à la surenchère d’émerveillement à propos des réelles compétences cognitives du cerveau. Car ce faisant, nous continuons à croire que c’est l’émotion, l’émotivité qui fait problème. Le cerveau nous jouerait-il de mauvais tours ? Il n’est est rien. C’est plus simplement nous qui sommes focalisés sur ses résultats plutôt que de prendre en compte son langage si humain. Et l’ouverture au langage de la vie (bio-logie) via les sciences du cerveau commence à se diffuser…Vive internet ! car c’est là une formidable opportunité de nous éviter le mur qui nous attend à force de forcer notre nature !


La grille de lecture de la logique émotionnelle fait donc partie de ce vaste projet : en proposant de voir le lien entre deux mondes que l’on croyait différents voire opposés : celui de la matière – être, structure, forme- et celui de l’esprit. Ou comment la nature inspire la culture qui, à son tour agit sur la nature. La connaissance de soi et de l’autre devient une histoire de nature sur laquelle se déploient des cultures. Une invitation à se découvrir plutôt que s’éviter, se rejeter ou se subir.


Réaliser ce modèle peut changer progressivement notre façon de nous conduire. Il ne s’agirait plus d’évaluer la culture de l’autre, son contenu historique subjectif, pour vérifier s’il nous convient mais de nous ouvrir à « comment cet autre a-t-il construit son existence ? » pour réfléchir à comment je peux interagir avec lui. Il s’agirait de mieux connaitre le contenant corporel, physique et son fonctionnement pour relativiser le contenu mental et enfin écouter comment celui-ci, par le biais de l’émotion, nous rappelle à être en vie.


Que ce soient les neurosciences, la psychologie, l’anthropologie, la physique quantique de l’infiniment petit ou celle de l’univers, une unité naturelle imperceptible relie ces domaines. Ce sont les hommes qui les ont distinguées, découpées en tranches de plus en plus petites avec des experts de plus en plus savants en leur domaine, répondant ainsi au rêve de toute puissance d’Icare. Avec les conséquences que nous observons.


En intégrant les données des sciences de la vie, la logique émotionnelle participe au projet de « renaturaliser » l’être vivant pour qu’il apprenne à devenir humain. Non seulement parce qu’il a des facultés cognitives qui en font une espèce singulière, mais parce que ces facultés sont consubstantielles de sa structure vivante.
C’est ce que l’Institut vous propose de découvrir en pratique :
Venez nous rejoindre le 12 septembre à 19h au Café le Trait d’Union, un beau nom à une époque où le rejet de l’autre, quel que soit sa forme, occupe trop de place.


Catherine Aimelet Périssol


Vous avez dit VACANCES ?

Juillet 2017

Le corps est le grand personnage de l’été comme le souligne l’historien Christophe Grangé, s’imposant comme une évidence collective.

Le corps et un idéal de naturel, de décontraction et d’insouciance… Il s’agirait de se vider la tête pour laisser le corps enfin s’épanouir.

Alors, le champ des possibles s’ouvrirait-il en grand sous le soleil ?

Comment faire ?


Chez soi ou ailleurs, les vacances sont d’abord un temps consacré à nous vider (d’où le mot vacance) de nos habitudes, nos obligations, emploi du temps, soucis quotidiens, vêtements encombrants…

C’est l’été, quoi !


Comment la logique contenue dans nos émotions (estivales) peut nous faire mieux comprendre le sens même des vacances ? Et ainsi nous les faire apprécier pour ce qu’elles peuvent réellement nous permettre ?


Commençons par ce qui fait du bien : en vacances nous avons enfin du temps et de l’espace et souhaitons en faire profiter corps et esprit.

Nous pouvons faire tout ce que nous ne pouvons pas faire tout le reste de l’année !

Marche, baignade, repos, bons repas ou, depuis peu, méditation riment avec convivialité, rencontres, érotisme et ressourcement. Voilà ce qui nous attend, du bonheur, de bonnes surprises.

Tellement convaincus que tout cela nous manque du fait des circonstances que nous imposent la société, ces vacances représentent notre carnaval moderne : un temps où cette société nous laisse vivre toutes nos envies, surtout celles qu’elle bride dans des codes sociaux.


Sauf que la connaissance de la réalité biologique met un bémol sur ce beau programme…

Être d’habitudes, doté d’un système nerveux toujours orienté vers la conservation de sa vitalité et de son intégrité, l’humain, qu’il soit ou non en vacances, continue de rechercher de quoi alimenter son système

 

Pendant cette saison estivale, il va simplement le chercher autrement, hors des contraintes habituelles mais pas sans ses propres contraintes à lui.

Sauf à ce qu’il en ait identifié le sens et la valeur biologique.

L’idée que les vacances le soulageraient de sa réalité biologique est …une idée.

Les contraintes extérieures ne sont que l’expression de nos contraintes intérieures, de nos évidences, de nos désirs, de l’emballement de nos solutions à toujours satisfaire notre sécurité, notre liberté, notre moi, nos sens. Activités et vacances comprises. Mieux vaut le savoir.


Ça vous désespère ?
Cette connaissance permet au contraire de construire ses vacances en conscience.

Certes, nous ne pouvons pas échapper à notre structure telle qu’elle s’est faite, mais nous pouvons inventer des gestes inhabituels, pour autant qu’ils répondent au désir existentiel.

Car «TOUT » est là, dans le désir chevillé au corps : qu’est-ce que j’aime vraiment ?

Qu’est-ce que je veux vraiment ?

Qu’est-ce qui est vraiment bon pour mon existence en ce moment.

Jamais simple de se détacher de nos évidences car elles nous aident aussi à répondre automatiquement à nos besoins.

Mais tellement bon quand nous nous y autorisons !!


Bonnes vacances et à bientôt à la rentrée

Catherine Aimelet Périssol


Tous les ressentis sont-ils bons à dire ?

Mai 2017

Apprenez à exprimer vos ressentis !

 

Apprenez à exprimer votre anxiété, vos chagrins, peines, colères, rancœur, culpabilité, honte, jalousie, déceptions, appréhensions …


Aujourd’hui, celle ou celui qui ne communique pas sur sa sensibilité émotionnelle est vite considéré comme une personne qui a un problème ! Et, bien sûr, exprimer ses ressentis permettrait de régler nos problèmes relationnels. Ah bon ? A écouter mes patients, pleins de bonne volonté à les exprimer, ils témoignent plutôt des effets plutôt délétères de cette expression pourtant authentique…


Comment la connaissance de la logique émotionnelle peut-elle éclairer notre réflexion sur ce sujet délicat.


Tout d’abord, un mot sur ce qui est vrai et authentique. La neurobiologie met en évidence que cette recherche de vérité ne concerne ni nos perceptions, ni nos réactions émotionnelles qui s’apparentent inévitablement à nos représentations, à notre histoire personnelle. Le fonctionnement même de notre système nerveux impose la subjectivité de toute perception et la relativité de toutes nos actions. Nulle vérité à attendre d’elles.


Par ailleurs, n’est vrai- ou authentique- que ce que nous sentons et ressentons dans le corps. L’expérience corporelle, parfois éprouvante, est vraie pour soi. Non pour des raisons philosophiques, mais pour des raisons biologiques : les sensations sont des signaux corporels qui nous informent du caractère favorable ou dangereux du milieu dans lequel nous sommes présents ; les ressentis en sont la prolongation mémorisée et sont donc aussi des signaux.


A la différence des sensations, expériences qui suivent immédiatement un choc, les ressentis témoignent aussi de l’inadéquation de nos habitudes, mentales et comportementales. Par exemple, pour certains enfants, éviter de poser des questions a été un impératif, permettant une relative sécurité. Mais, cette habitude chez l’adulte devient un handicap dans le temps, limitant même la sécurité puisqu’il l’empêche de recueillir des informations qui seraient nécessaires à sa sécurité !

L’anxiété, secondaire à cette habitude, signale alors le caractère inadéquat de ce qui est devenu avec le temps une manie. L’enfant devenu adulte, en prolongeant sans conscience cette façon de vivre, demeure enfermé en lui-même.


Qu’est-ce qu’un ressenti plus précisément ? c’est une information destinée à nous informer nous-mêmes. Nous informer à propos de quoi ? Contrairement à ce que nous pensons habituellement, pas de la situation qui nous dérange ! Les ressentis et ressentiments nous informent à propos de nos habitudes défensives, celles que nous mettons automatiquement en place, sans conscience, pour répondre à nos besoins de survie, à nos désirs de sécurité, d’identité ou de sens. Ces manifestations si personnelles, si vraies, sont faites pour soi, pour nous permettre de distinguer la réalité du présent de notre réalité de mémoire passée !! La mémoire nous fait conserver des informations qui ont été vitales dans ce passé. Quand nous sommes anxieux, c’est que nous continuons à utiliser les mêmes habitudes, les mêmes manies, pour répondre à une situation qui présente des similitudes avec le passé.


Voilà pour les leçons de biologie de notre système nerveux.
Mais alors, si seules les sensations et les sentiments peuvent être considérés comme vrais pour soi et utiles pour soi, que faire de cette information intime et authentique dans la relation ? 

 
Est-elle bonne à dire ? La logique émotionnelle nous donne une piste.


Puisque les ressentis et les sentiments ont en priorité une fonction biologique- celle de nous signaler ces habitudes d’aiguillage inapproprié- pourquoi ne pas chercher à communiquer en la prenant en considération ?


Puisque nos ressentiments sont faits pour nous inviter à devenir plus créatifs dans la situation à laquelle nous sommes confrontés, pourquoi ne pas commencer à nous exprimer à partir de ce bon sens ?


Nous pourrions alors communiquer en conscience de ce qui se joue dans le registre de notre logique émotionnelle :

  • « J’ai un tel désir d’être aimé que j’évite tout ce qui pourrait te déranger et t’éloigner de moi ! En conséquence, je suis inquiète, je stresse dès que nous abordons un sujet qui me tient à cœur »
  • « Je rêve tellement de liberté que j’évite tout engagement ; alors forcément, je te reproche de vouloir m’enfermer »

A défaut, les ressentis, les ressentiments risquent d’être des bombes à retardement dans la relation. Comme des attentes sans fin, des espérances projetées sur un futur. La frustration ne fait que s’emballer…


Les ressentis sont des auto signaux. Communiquer avec eux devraient se faire avec cette attention. Comprendre la logique contenue dans nos émotions contribue à développer cette attention et cesser de subir notre système nerveux de façon passive et inconsciente.


Exprimer nos ressentiments est indispensable pour soi. Pour soi et, éventuellement avec l’autre. Mais pas pour l’autre.


A force de mémoriser nos expériences passées, à force de n’utiliser que le connu de nos expériences passées, nous risquons de devenir paresseux.
Heureusement, nous pouvons apprendre cette autre façon d’être en relation…

Catherine Aimelet Périssol


Sommes-nous à la fois, sincère et malhonnête ?

Avril 2017

Oui, c’est possible ! grâce au cerveau


Vous êtes choqués par la mauvaise foi de votre conjoint, par le déni énooOoorme de votre patron ou d’un politique, par le mensonge flagrant de votre enfant ? Vous vous énervez et vous cherchez à leur démontrer par a+b qu’ils feraient mieux de s’en tenir aux seuls faits plutôt que mentir sur la réalité ? Vous leurs prouvez qu’ils auraient tout intérêt à assumer leur part de responsabilité à avoir fait ce qu’ils ont fait, que la vie serait ainsi meilleure et les relations plus saines ? Mais vous constatez que c’est peine perdue. Voire, que plus vous leur expliquez, plus ils s’enfoncent dans leur déni…


Votre relation est dans une impasse. Vous voilà perdus, désolés, exaspérés. Vous ne comprenez pas comment un tel déni est possible…


La logique émotionnelle peut vous aider !


Non à changer l’autre, mais à donner du sens à son comportement pour retrouver votre bon sens à vous. Qu’avez-vous à connaitre ?

D’abord comment fonctionne le cerveau.

Certes, ce n’est pas très glamour, mais cette connaissance va vous aider.


Le cerveau vit sous une double influence.


Quand le cerveau corps a enregistré, le plus souvent dès les débuts de la vie, une expérience mortifère liée à une situation de blocage (naissance, maladie, traumatisme…), toute situation concrète en résonnance avec une possibilité d’obstacle va déclencher une réactivité émotionnelle.

Par exemple, une naissance au forceps laisse une impression corporelle : est inscrit comme une évidence l’impératif d’éviter tout empêchement et tout blocage.


Se déclenche la réaction, la solution que le cerveau corps a trouvé dans l’instant : il va éviter grâce à la fuite ; à défaut de pouvoir fuir, il va contrôler grâce à la lutte ; et à défaut de pouvoir gagner, il va passer inaperçu grâce au repli sur soi. Non conscients, ces mécanismes s’imposent comme mode de survie automatique et sont enregistrés dans la mémoire sensorielle. Le corps va porter cette marque émotionnelle comme une réponse nécessaire, car vitale.


Et en conséquence, le cerveau réflexif, celui qui désire, qui pense et anticipe, se construit à partir de ce marquage, cette impression qui n’a rien de mental, mais est bel et bien corporelle. A ces impressions, s’ajoutent dans le temps les influences culturelles et affectives. Chacun se trouve ainsi doté d’impératifs biologiques, ici d’évitement de toute limite contraignante, et de modèles relationnels : l’expérience « forceps » a pu ancrer des sensations de pression, de vulnérabilité qui modèleront notre façon de désirer avoir toujours de l’espace, de la liberté de mouvement, puis de pensée.


Impression corporelle et désir d’avoir toujours de la liberté cohabitent dans notre cerveau, sachant que le premier, archaïque et non conscient s’impose au second, car, pour être en relation, encore faut-il être vivant…


Sans penser à mal ni à bien du reste, chacun peut ainsi se trouver sincère dans l’impératif biologique qui s’impose sans conscience, et malhonnête sur le plan cognitif et social.


Malhonnête quant à la responsabilité de ses actes envers les autres. Le langage, quant à lui, va naturellement chercher à « habiller » le comportement automatique de déni, faute d’en comprendre le sens vital : « Ce n’est pas moi, je n’ai rien fait de mal, ce sont les autres qui m’en veulent. » Cet habillage par des justifications, des explications à partir des comportements présumés des autres ou des accusations diverses… est nommé « mauvaise foi ». Il est vrai qu’elle témoigne d’une confiance fondée sur un fantasme de liberté absolue plutôt que sur la réalité, à commencer par sa propre biologie.


Sincère du fait de notre biologie qui répond au besoin de faire exister l’intégrité de l’être vivant ; et malhonnête dans une tentative, parfois pathétique, parfois incompréhensible pour l’entourage, de faire s’accorder ce crocodile intérieur qui garantit la survie avec les réalités extérieures.


Pas vu pas pris, voilà le rêve ! Pour la personne en réaction, ses comportements sont cohérents et répondent au désir d’avoir toujours toute liberté pour agir sans retenue. Dans son espace intérieur, elle est dans son bon droit, n’a pas le choix et agit pour poursuivre sa route ; elle a très peur d’en être empêchée et voit très vite certains autres comme des « empêcheurs d’avancer ».


Évidemment, les relations s’en trouvent altérées. Car, que se passe-t-il quand d’autres s’insurgent contre ces mêmes comportements défensifs et les considèrent comme inadéquats vis-à-vis de la morale ou des codes de bonne conduite ? Parfois, la tentation de survivre est tellement forte que la personne accentue le déni, se justifie encore plus, accuse encore plus, s’enfonce au risque d’utiliser son entourage comme moyen de garantir sa vitalité. Son entourage proche risque d’être « embarqué » dans la logique de survie… Inutile de s’énerver ! On ne convainc pas une personne qui s’est habituée à survivre grâce à l’évitement et au déni.


 Mieux vaut connaitre les arcanes de ce processus et agir en connaissance de ces causes.
N’oublions pas que cet autre que nous accusons si volontiers d’être malhonnête, ce peut être nous aussi dans certaines situations. Nous avons tous la même structure cérébrale !


Décidément, pour le plus grand bien de tous, il y a urgence à développer la connaissance du cerveau !


FAIRE RÉCIT : une réponse à notre besoin d’identité

Mars 2017

Nous voulons tous changer quelque chose à nos vies…

Et si nous commencions par faire récit plutôt que de réciter un savoir prémâché de façon automatique ?


Henri s’en veut beaucoup. Il désire tellement avoir une relation plus…


Au fait plus quoi ? « Plus tendre. Avec plus de signe d’amour.

Plus de douceur. Mais moi-même je m’énerve tout de suite dès qu’elle m’exaspère à ne voir que du négatif dans le comportement de nos enfants.

Je n’arrête pas de lui montrer tout ce qu’ils font de bien, tout le positif.

Elle sourit un peu et puis elle recommence et me traite de naïf. Je m’en veux de ne pas savoir gérer cette situation.

L’un de nos enfants nous a dit préférer aller dormir chez les parents de son copain parce que, là-bas, " personne ne crie "


Henri a essayé d’utiliser un meilleur mode de communication :


« Quand tu dis tout le temps que les enfants ont des difficultés à être autonomes, je ressens un épuisement. J’ai besoin de soutien et te demande d’être plus positive »
Sa femme a été sensible à son propos et a fait des efforts. Mais ça recommence. « C’est plus fort que moi » lui a-t-elle dit.


Le problème semble dans la relation entre Henri et sa femme, un problème d’identité : elle voit, avec les « yeux de son esprit » ce qu’elle attend des autres et donc ce qui lui manque à elle et cela l’affecte lui. Il ne se sent pas assez soutenu.


Comment la logique émotionnelle peut-elle répondre à ce conflit ?


En invitant chacun à « faire récit ». Il ne s’agit pas simplement de parler de soi à l’autre, mais de faire un récit de son expérience dans cette situation et de le donner à entendre à l’autre sans exprimer, pour autant, de demande de quoi que ce soit.


Par exemple : « Je me rends compte de mon habitude à mettre toujours du positif dans mes propos. Peut-être pour me sentir plus solide, plus stable. Comme si c’était une façon de me soutenir moi-même et aussi d’éviter toute difficulté qui m’empêcherait d’avancer.

As-tu remarqué ça en moi ? C’est assez fatiguant en réalité. Et du coup, quand nous discutons des enfants, c’est comme si nous étions dans deux camps opposés. Qu’en penses-tu ? »


Ces paroles vous étonnent ? Elles vous semblent étrangères à vos habitudes ?

 

Normal.

Nous sommes tellement entrainés à parler pour que l’autre nous comprenne que nous en avons perdu l’usage du récit de soi. Mais c’est oublier que le langage a d’abord fonction de vocaliser l’expérience vivante ! Et ce, avant de renseigner l’autre, ou de dire quelque chose d’utile, de juste, d’intelligent ou d’exceptionnel. Mettre des sons, des mots, des formes sur nos expériences, voilà qui donnerait à entendre une parole véritablement incarnée.


Faire récit commence par entendre la vie en soi et comment celle-ci se manifeste dans le besoin et le désir. Pour Henri qui attend le soutien de son épouse, tout commence par cet appel à être stable, venu d’une mémoire vitale qui s’est inscrite dans son corps bien avant sa rencontre avec elle bien sûr.


Faire récit de ce qui nous appelle intérieurement et qui provoque nos comportements, nos choix et nos pensées, c’est incarner sa parole et se responsabiliser.
Il ne s’agit pas de réciter un savoir connu ou même appris, plus ou moins bien automatisé autour de nos ressentiments. Il s’agit de témoigner de notre capacité à, non seulement être, mais être humain.


Rien de moins que la proposition d’un autre paradigme, un autre usage de soi dans sa relation aux autres. Une coutume à partager entre nous, au-delà de la dominance et de ses conséquences délétères.


EMOTION : Quand c’est plus fort que moi.

Février 2017

  • Je voudrais changer de job, mais je n’en ai pas le courage
  • Je voudrais que mon couple s’apaise, mais je ne sais pas comment faire
  • Je voudrais aider mes enfants à faire leur devoirs le soir mais je m’énerve tout de suite. Je n’ai aucune patience.
  • Je voudrais être gentille avec mon père malade mais je me vois m’agiter et trop parler
  • Je voudrais méditer, mais je n’y arrive pas.

Nous faisons tous l’expérience de ces moments d’impuissance : nous nous plaignons à notre entourage sans même nous rendre compte que nous nous plaignons tellement nos mots nous semblent décrire la réalité.

Nous nous en voulons, convaincus que nos ressentis traduisent toute notre réalité. Nous projetons sur les autres la responsabilité de nos angoisses et de notre irritabilité, considérant que nos interprétations sont vraies puisqu’elles nous expliquent notre malaise.


Nous cherchons à « nous en sortir » mais de quoi ? La culture du bien-être- être positif, être empathique, avoir de la sécurité et de la reconnaissance- résonne dans notre esprit comme un dû, comme un impératif, un futur à atteindre, un objectif existentiel. En fait, nous rêvons d’être débarrassés de nos affects, de nos émotions ingérables. Toute une littérature sur le développement personnel vante pourtant bien des méthodes pour parvenir à ce but.


Et que propose la logique émotionnelle ?

De commencer par faire la paix avec notre « cerveau-corps », cette partie de nous qui consomme 25% de notre énergie vitale. Comment ?
Par un courageux discernement du mouvement qui anime l’être vivant que nous sommes. Quelques exemples…
Discerner notre espace, notre cerveau corps, de l’environnement dans lequel il est situé et avec lequel il est en résonnance.

 

  • Discerner que notre temps est une élaboration mentale fondée sur nos mémoires
  • Discerner que nous sommes des êtres de désirs et que nous élaborons des solutions pour les satisfaire mais qu’elles en sont distinctes.
  • Discerner que nos valeurs morales sont chevillées à nos besoins fondamentaux mais ne sont pas eux.
  • Discerner dans notre langage notre discours sur les autres de notre discours sur notre propre expérience.

Autant de gestes qui recentrent la personne sur son être. Car telle est l’intention de l’ensemble des « outils » de la logique émotionnelle, que ce soit dans l’action, l’écoute, l’expression ou la créativité.
Qu’est-ce que cela changerait dans les situations évoquées ? Déjà en parler autrement, premier pas vers une conscience plus juste de soi :

  • Je réalise que mon job actuel m’a apporté beaucoup de sécurité mais aujourd’hui je suis prêt à prendre un risque mesuré.
  • Je me rends compte que je suis très tendue avec mon conjoint et je peux déjà lui en faire part.
  • Je cherche un livre qui va m’aider à accompagner mes enfants dans leurs devoirs ; après tout, ce n’est pas mon métier.
  • Je choisis pour moi-même les moments où je vais me poser aux côtés de mon père
  • Je fais l’expérience que plus je veux arriver à méditer pour être serein, plus je suis agité.

Rien de magique ni d’exceptionnel, mais une attention portée à notre expérience corporelle et mentale. Une attention qui nous aide à nous responsabiliser de ce que nous sommes et du cerveau qui est le nôtre, quelque que soit la situation dans laquelle nous nous trouvons placés. Car aucune paix ne peut naître sans que nous ayons fait la paix en nous-mêmes.


C’est dans cette intention, qu’avec ma fille Aurore, j’ai écrit EMOTION : Quand c’est plus fort que moi.
Un manuel pour apprendre à faire face à nos peurs, nos colères et nos tristesses.

 

Catherine Aimelet Périssol


Faire la paix avec soi

Janvier 2017

Le jour où sa femme lui fit cadeau d’un mot d’amour, son mari lui rit au nez au nom de la rancœur accumulée au fil des mois : il vivait donc au passé.

 

Le jour où son enfant lui montra son bulletin scolaire avec un « C » en français, sa mère lui fit tout un discours sur l’importance des bonnes notes pour avoir un bon job : elle vivait donc au futur.

 

Le jour où l’adolescent découvrit son cadeau et donna des signes de contrariété, son père se ferma et se tut toute la soirée : il perdait ainsi son propre pouvoir en le déléguant à son fils.

 

Le jour où la population se méfie d’autres êtres humains, elle perd confiance en ses propres ressources et perd de vue ses valeurs.

 

Apprenons à faire la paix avec nous-mêmes : un être humain composé d’un corps vivant et que l’évolution a doté d’un cerveau pensant. Nous ne pouvons exister et penser qu’avec ce corps-là qui contient ce cerveau-là. Nous ne pouvons penser et agir qu’à la mesure de nos expériences, de notre mémoire et de notre langage.

 

Les humains ne peuvent fabriquer que de l’humain. Ce serait bien de s’apprivoiser, de reconnaitre vraiment que notre cerveau nous veut du bien et que tout en lui est orienté vers la prolongation de l’être… De reconnaitre qu’il en est de même dans le cerveau de chacun tout autour de nous. Nous pouvons apprendre à écouter, reconnaitre, nous intéresser à ce mouvement de vie afin de répondre aux enjeux du quotidien comme à ceux qui nous attendent. 

 

Dix bonnes raisons de découvrir et de se former à la logique de nos émotions !

 

Parce que tout commence à chaque instant de notre vie par l’expérience corporelle qui se réfléchit ensuite dans notre esprit. Car tel est le cheminement du processus émotionnel : une voie qui nous ouvre à la réalité des situations dans lesquelles nous sommes présents et qui se diffuse dans l’ensemble de notre système nerveux pour répondre à une seule et même intention : Être !

 

Parce que la mémoire est la meilleure des fonctions cérébrales quand elle nous donne accès à des connaissances qui favorisent la vie et la coopération entre les humains. Il vaut donc mieux connaitre son fonctionnement si nous ne voulons pas en devenir son otage en y puisant de quoi alimenter nos fantasmes de toute puissance et de peurs !

 

 Parce que le langage est l’une des caractéristiques des humains qui permet la communication comme la pensée. Il vaut donc mieux en connaitre le fonctionnement pour éviter de nous enfermer dans l’idéologie d’un verbe (d’une pensée ou d’une communication) doté de tous les pouvoirs !

 

Parce que, si la science nous ouvre à la connaissance du cerveau, c’est à nous de nous responsabiliser vis-à-vis de cette connaissance. A l’heure où la prise en compte du fonctionnement du cerveau fait la une de nombreux magazines au point de devenir un impératif, à l’heure où le cerveau est donné à voir comme un muscle à entrainer et nos capacités mentales comme une pâte à modeler, c’est à nous de distinguer ce qui relève d’un fantasme de toute puissance de la réalité de notre nature psycho corporelle. 

 

 Parce que la croissance peut se vivre en conscience : croitre, grandir, se développer n’est pas un choix mais une dynamique physiologique à l’origine de nos besoins, un processus qui échappe à notre entendement. Nous n’avons jamais cessé de nous adapter aux situations rencontrées et poursuivons ce chemin, ce qui a déjà déployé bien des capacités. Reste à croitre avec la conscience de notre fragilité, de notre limite dans le temps pour ne pas céder à l’illusion d’une toute puissance de performance.

 

 Parce que l’incertitude fait partie de l’existence : c’est là le meilleur moyen de cesser de reproduire le déjà connu, le déjà fait, le déjà su au profit d’une aventure qui commence dès le réveil et se poursuit en portant son regard sur ce qui est plutôt que sur ce que nous savons déjà.

 

Parce que nous pouvons nous engager dans le temps dont nous disposons vraiment, pour de vrai et non dans celui que nous craignons de perdre. Ralentir pour mieux saisir les effets en soi des événements qui nous touchent, ralentir pour goûter notre présence ici sur terre.

 

Parce que l’expérience n’a pas le même goût quand elle se fait en direct, au présent, plutôt de derrière un smartphone. N’oublions pas que nous voyons avec nos yeux, nous entendons avec nos oreilles, touchons avec notre peau, sentons avec notre nez, goûtons avec nos papilles gustatives, sommes en mouvement en bougeant, en respirant, vibrons en chantant… 

 

 Parce que comprendre le sens vital de nos désarrois nous permet de nous libérer de la charge affective de notre passé pour découvrir confiance et bienveillance. L’explication d’un inconscient psychique qui contiendrait l’origine de nos névroses est insuffisante pour faire la paix avec soi. La biologie -ou langage de la vie- nous aide là où s’arrête l’explication psychique.

 

Parce que nous pouvons apprendre à vivre plutôt que subir la prolongation automatique de la survie : à chacun individuellement, à nous tous collectivement de concevoir des voies nouvelles pour répondre aux besoins auxquels nous ne pouvons échapper. Chercher à échapper à notre corps, vouloir à tout prix le prolonger comme s’il était insuffisant, nous déshumanise. Répondre en conscience au désir d’être humain nous rapproche de la confiance, de l’amitié et du sens de la vie.

 

Face aux promesses du « toujours plus », qu’elles soient mentales, émotionnelles, physiques ou techniques, c’est à chacun de faire la paix avec ce qui est déjà là en soi, vivant et parfait.

 

Que 2017 éclaire chacun d’entre vous de cette lumineuse attention !

 

Catherine Aimelet Périssol