Sommes-nous à la fois, sincère et malhonnête ?

avril 2017

Oui, c’est possible ! grâce au cerveau


Vous êtes choqués par la mauvaise foi de votre conjoint, par le déni énooOoorme de votre patron ou d’un politique, par le mensonge flagrant de votre enfant ? Vous vous énervez et vous cherchez à leur démontrer par a+b qu’ils feraient mieux de s’en tenir aux seuls faits plutôt que mentir sur la réalité ? Vous leurs prouvez qu’ils auraient tout intérêt à assumer leur part de responsabilité à avoir fait ce qu’ils ont fait, que la vie serait ainsi meilleure et les relations plus saines ? Mais vous constatez que c’est peine perdue. Voire, que plus vous leur expliquez, plus ils s’enfoncent dans leur déni…


Votre relation est dans une impasse. Vous voilà perdus, désolés, exaspérés. Vous ne comprenez pas comment un tel déni est possible…


La logique émotionnelle peut vous aider !


Non à changer l’autre, mais à donner du sens à son comportement pour retrouver votre bon sens à vous. Qu’avez-vous à connaitre ?

D’abord comment fonctionne le cerveau.

Certes, ce n’est pas très glamour, mais cette connaissance va vous aider.


Le cerveau vit sous une double influence.


Quand le cerveau corps a enregistré, le plus souvent dès les débuts de la vie, une expérience mortifère liée à une situation de blocage (naissance, maladie, traumatisme…), toute situation concrète en résonnance avec une possibilité d’obstacle va déclencher une réactivité émotionnelle.

Par exemple, une naissance au forceps laisse une impression corporelle : est inscrit comme une évidence l’impératif d’éviter tout empêchement et tout blocage.


Se déclenche la réaction, la solution que le cerveau corps a trouvé dans l’instant : il va éviter grâce à la fuite ; à défaut de pouvoir fuir, il va contrôler grâce à la lutte ; et à défaut de pouvoir gagner, il va passer inaperçu grâce au repli sur soi. Non conscients, ces mécanismes s’imposent comme mode de survie automatique et sont enregistrés dans la mémoire sensorielle. Le corps va porter cette marque émotionnelle comme une réponse nécessaire, car vitale.


Et en conséquence, le cerveau réflexif, celui qui désire, qui pense et anticipe, se construit à partir de ce marquage, cette impression qui n’a rien de mental, mais est bel et bien corporelle. A ces impressions, s’ajoutent dans le temps les influences culturelles et affectives. Chacun se trouve ainsi doté d’impératifs biologiques, ici d’évitement de toute limite contraignante, et de modèles relationnels : l’expérience « forceps » a pu ancrer des sensations de pression, de vulnérabilité qui modèleront notre façon de désirer avoir toujours de l’espace, de la liberté de mouvement, puis de pensée.


Impression corporelle et désir d’avoir toujours de la liberté cohabitent dans notre cerveau, sachant que le premier, archaïque et non conscient s’impose au second, car, pour être en relation, encore faut-il être vivant…


Sans penser à mal ni à bien du reste, chacun peut ainsi se trouver sincère dans l’impératif biologique qui s’impose sans conscience, et malhonnête sur le plan cognitif et social.


Malhonnête quant à la responsabilité de ses actes envers les autres. Le langage, quant à lui, va naturellement chercher à « habiller » le comportement automatique de déni, faute d’en comprendre le sens vital : « Ce n’est pas moi, je n’ai rien fait de mal, ce sont les autres qui m’en veulent. » Cet habillage par des justifications, des explications à partir des comportements présumés des autres ou des accusations diverses… est nommé « mauvaise foi ». Il est vrai qu’elle témoigne d’une confiance fondée sur un fantasme de liberté absolue plutôt que sur la réalité, à commencer par sa propre biologie.


Sincère du fait de notre biologie qui répond au besoin de faire exister l’intégrité de l’être vivant ; et malhonnête dans une tentative, parfois pathétique, parfois incompréhensible pour l’entourage, de faire s’accorder ce crocodile intérieur qui garantit la survie avec les réalités extérieures.


Pas vu pas pris, voilà le rêve ! Pour la personne en réaction, ses comportements sont cohérents et répondent au désir d’avoir toujours toute liberté pour agir sans retenue. Dans son espace intérieur, elle est dans son bon droit, n’a pas le choix et agit pour poursuivre sa route ; elle a très peur d’en être empêchée et voit très vite certains autres comme des « empêcheurs d’avancer ».


Évidemment, les relations s’en trouvent altérées. Car, que se passe-t-il quand d’autres s’insurgent contre ces mêmes comportements défensifs et les considèrent comme inadéquats vis-à-vis de la morale ou des codes de bonne conduite ? Parfois, la tentation de survivre est tellement forte que la personne accentue le déni, se justifie encore plus, accuse encore plus, s’enfonce au risque d’utiliser son entourage comme moyen de garantir sa vitalité. Son entourage proche risque d’être « embarqué » dans la logique de survie… Inutile de s’énerver ! On ne convainc pas une personne qui s’est habituée à survivre grâce à l’évitement et au déni.


 Mieux vaut connaitre les arcanes de ce processus et agir en connaissance de ces causes.
N’oublions pas que cet autre que nous accusons si volontiers d’être malhonnête, ce peut être nous aussi dans certaines situations. Nous avons tous la même structure cérébrale !


Décidément, pour le plus grand bien de tous, il y a urgence à développer la connaissance du cerveau !


FAIRE RÉCIT : une réponse à notre besoin d’identité

Mars 2017

Nous voulons tous changer quelque chose à nos vies…

Et si nous commencions par faire récit plutôt que de réciter un savoir prémâché de façon automatique ?


Henri s’en veut beaucoup. Il désire tellement avoir une relation plus…


Au fait plus quoi ? « Plus tendre. Avec plus de signe d’amour.

Plus de douceur. Mais moi-même je m’énerve tout de suite dès qu’elle m’exaspère à ne voir que du négatif dans le comportement de nos enfants.

Je n’arrête pas de lui montrer tout ce qu’ils font de bien, tout le positif.

Elle sourit un peu et puis elle recommence et me traite de naïf. Je m’en veux de ne pas savoir gérer cette situation.

L’un de nos enfants nous a dit préférer aller dormir chez les parents de son copain parce que, là-bas, " personne ne crie "


Henri a essayé d’utiliser un meilleur mode de communication :


« Quand tu dis tout le temps que les enfants ont des difficultés à être autonomes, je ressens un épuisement. J’ai besoin de soutien et te demande d’être plus positive »
Sa femme a été sensible à son propos et a fait des efforts. Mais ça recommence. « C’est plus fort que moi » lui a-t-elle dit.


Le problème semble dans la relation entre Henri et sa femme, un problème d’identité : elle voit, avec les « yeux de son esprit » ce qu’elle attend des autres et donc ce qui lui manque à elle et cela l’affecte lui. Il ne se sent pas assez soutenu.


Comment la logique émotionnelle peut-elle répondre à ce conflit ?


En invitant chacun à « faire récit ». Il ne s’agit pas simplement de parler de soi à l’autre, mais de faire un récit de son expérience dans cette situation et de le donner à entendre à l’autre sans exprimer, pour autant, de demande de quoi que ce soit.


Par exemple : « Je me rends compte de mon habitude à mettre toujours du positif dans mes propos. Peut-être pour me sentir plus solide, plus stable. Comme si c’était une façon de me soutenir moi-même et aussi d’éviter toute difficulté qui m’empêcherait d’avancer.

As-tu remarqué ça en moi ? C’est assez fatiguant en réalité. Et du coup, quand nous discutons des enfants, c’est comme si nous étions dans deux camps opposés. Qu’en penses-tu ? »


Ces paroles vous étonnent ? Elles vous semblent étrangères à vos habitudes ?

 

Normal.

Nous sommes tellement entrainés à parler pour que l’autre nous comprenne que nous en avons perdu l’usage du récit de soi. Mais c’est oublier que le langage a d’abord fonction de vocaliser l’expérience vivante ! Et ce, avant de renseigner l’autre, ou de dire quelque chose d’utile, de juste, d’intelligent ou d’exceptionnel. Mettre des sons, des mots, des formes sur nos expériences, voilà qui donnerait à entendre une parole véritablement incarnée.


Faire récit commence par entendre la vie en soi et comment celle-ci se manifeste dans le besoin et le désir. Pour Henri qui attend le soutien de son épouse, tout commence par cet appel à être stable, venu d’une mémoire vitale qui s’est inscrite dans son corps bien avant sa rencontre avec elle bien sûr.


Faire récit de ce qui nous appelle intérieurement et qui provoque nos comportements, nos choix et nos pensées, c’est incarner sa parole et se responsabiliser.
Il ne s’agit pas de réciter un savoir connu ou même appris, plus ou moins bien automatisé autour de nos ressentiments. Il s’agit de témoigner de notre capacité à, non seulement être, mais être humain.


Rien de moins que la proposition d’un autre paradigme, un autre usage de soi dans sa relation aux autres. Une coutume à partager entre nous, au-delà de la dominance et de ses conséquences délétères.


EMOTION : Quand c’est plus fort que moi.

Février 2017

  • Je voudrais changer de job, mais je n’en ai pas le courage
  • Je voudrais que mon couple s’apaise, mais je ne sais pas comment faire
  • Je voudrais aider mes enfants à faire leur devoirs le soir mais je m’énerve tout de suite. Je n’ai aucune patience.
  • Je voudrais être gentille avec mon père malade mais je me vois m’agiter et trop parler
  • Je voudrais méditer, mais je n’y arrive pas.

Nous faisons tous l’expérience de ces moments d’impuissance : nous nous plaignons à notre entourage sans même nous rendre compte que nous nous plaignons tellement nos mots nous semblent décrire la réalité.

Nous nous en voulons, convaincus que nos ressentis traduisent toute notre réalité. Nous projetons sur les autres la responsabilité de nos angoisses et de notre irritabilité, considérant que nos interprétations sont vraies puisqu’elles nous expliquent notre malaise.


Nous cherchons à « nous en sortir » mais de quoi ? La culture du bien-être- être positif, être empathique, avoir de la sécurité et de la reconnaissance- résonne dans notre esprit comme un dû, comme un impératif, un futur à atteindre, un objectif existentiel. En fait, nous rêvons d’être débarrassés de nos affects, de nos émotions ingérables. Toute une littérature sur le développement personnel vante pourtant bien des méthodes pour parvenir à ce but.


Et que propose la logique émotionnelle ?

De commencer par faire la paix avec notre « cerveau-corps », cette partie de nous qui consomme 25% de notre énergie vitale. Comment ?
Par un courageux discernement du mouvement qui anime l’être vivant que nous sommes. Quelques exemples…
Discerner notre espace, notre cerveau corps, de l’environnement dans lequel il est situé et avec lequel il est en résonnance.

 

  • Discerner que notre temps est une élaboration mentale fondée sur nos mémoires
  • Discerner que nous sommes des êtres de désirs et que nous élaborons des solutions pour les satisfaire mais qu’elles en sont distinctes.
  • Discerner que nos valeurs morales sont chevillées à nos besoins fondamentaux mais ne sont pas eux.
  • Discerner dans notre langage notre discours sur les autres de notre discours sur notre propre expérience.

Autant de gestes qui recentrent la personne sur son être. Car telle est l’intention de l’ensemble des « outils » de la logique émotionnelle, que ce soit dans l’action, l’écoute, l’expression ou la créativité.
Qu’est-ce que cela changerait dans les situations évoquées ? Déjà en parler autrement, premier pas vers une conscience plus juste de soi :

  • Je réalise que mon job actuel m’a apporté beaucoup de sécurité mais aujourd’hui je suis prêt à prendre un risque mesuré.
  • Je me rends compte que je suis très tendue avec mon conjoint et je peux déjà lui en faire part.
  • Je cherche un livre qui va m’aider à accompagner mes enfants dans leurs devoirs ; après tout, ce n’est pas mon métier.
  • Je choisis pour moi-même les moments où je vais me poser aux côtés de mon père
  • Je fais l’expérience que plus je veux arriver à méditer pour être serein, plus je suis agité.

Rien de magique ni d’exceptionnel, mais une attention portée à notre expérience corporelle et mentale. Une attention qui nous aide à nous responsabiliser de ce que nous sommes et du cerveau qui est le nôtre, quelque que soit la situation dans laquelle nous nous trouvons placés. Car aucune paix ne peut naître sans que nous ayons fait la paix en nous-mêmes.


C’est dans cette intention, qu’avec ma fille Aurore, j’ai écrit EMOTION : Quand c’est plus fort que moi.
Un manuel pour apprendre à faire face à nos peurs, nos colères et nos tristesses.

 

Catherine Aimelet Périssol

Faire la paix avec soi

Janvier 2017

Le jour où sa femme lui fit cadeau d’un mot d’amour, son mari lui rit au nez au nom de la rancœur accumulée au fil des mois : il vivait donc au passé.

 

Le jour où son enfant lui montra son bulletin scolaire avec un « C » en français, sa mère lui fit tout un discours sur l’importance des bonnes notes pour avoir un bon job : elle vivait donc au futur.

 

Le jour où l’adolescent découvrit son cadeau et donna des signes de contrariété, son père se ferma et se tut toute la soirée : il perdait ainsi son propre pouvoir en le déléguant à son fils.

 

Le jour où la population se méfie d’autres êtres humains, elle perd confiance en ses propres ressources et perd de vue ses valeurs.

 

Apprenons à faire la paix avec nous-mêmes : un être humain composé d’un corps vivant et que l’évolution a doté d’un cerveau pensant. Nous ne pouvons exister et penser qu’avec ce corps-là qui contient ce cerveau-là. Nous ne pouvons penser et agir qu’à la mesure de nos expériences, de notre mémoire et de notre langage.

 

Les humains ne peuvent fabriquer que de l’humain. Ce serait bien de s’apprivoiser, de reconnaitre vraiment que notre cerveau nous veut du bien et que tout en lui est orienté vers la prolongation de l’être… De reconnaitre qu’il en est de même dans le cerveau de chacun tout autour de nous. Nous pouvons apprendre à écouter, reconnaitre, nous intéresser à ce mouvement de vie afin de répondre aux enjeux du quotidien comme à ceux qui nous attendent. 

 

Dix bonnes raisons de découvrir et de se former à la logique de nos émotions !

 

Parce que tout commence à chaque instant de notre vie par l’expérience corporelle qui se réfléchit ensuite dans notre esprit. Car tel est le cheminement du processus émotionnel : une voie qui nous ouvre à la réalité des situations dans lesquelles nous sommes présents et qui se diffuse dans l’ensemble de notre système nerveux pour répondre à une seule et même intention : Être !

 

Parce que la mémoire est la meilleure des fonctions cérébrales quand elle nous donne accès à des connaissances qui favorisent la vie et la coopération entre les humains. Il vaut donc mieux connaitre son fonctionnement si nous ne voulons pas en devenir son otage en y puisant de quoi alimenter nos fantasmes de toute puissance et de peurs !

 

 Parce que le langage est l’une des caractéristiques des humains qui permet la communication comme la pensée. Il vaut donc mieux en connaitre le fonctionnement pour éviter de nous enfermer dans l’idéologie d’un verbe (d’une pensée ou d’une communication) doté de tous les pouvoirs !

 

Parce que, si la science nous ouvre à la connaissance du cerveau, c’est à nous de nous responsabiliser vis-à-vis de cette connaissance. A l’heure où la prise en compte du fonctionnement du cerveau fait la une de nombreux magazines au point de devenir un impératif, à l’heure où le cerveau est donné à voir comme un muscle à entrainer et nos capacités mentales comme une pâte à modeler, c’est à nous de distinguer ce qui relève d’un fantasme de toute puissance de la réalité de notre nature psycho corporelle. 

 

 Parce que la croissance peut se vivre en conscience : croitre, grandir, se développer n’est pas un choix mais une dynamique physiologique à l’origine de nos besoins, un processus qui échappe à notre entendement. Nous n’avons jamais cessé de nous adapter aux situations rencontrées et poursuivons ce chemin, ce qui a déjà déployé bien des capacités. Reste à croitre avec la conscience de notre fragilité, de notre limite dans le temps pour ne pas céder à l’illusion d’une toute puissance de performance.

 

 Parce que l’incertitude fait partie de l’existence : c’est là le meilleur moyen de cesser de reproduire le déjà connu, le déjà fait, le déjà su au profit d’une aventure qui commence dès le réveil et se poursuit en portant son regard sur ce qui est plutôt que sur ce que nous savons déjà.

 

Parce que nous pouvons nous engager dans le temps dont nous disposons vraiment, pour de vrai et non dans celui que nous craignons de perdre. Ralentir pour mieux saisir les effets en soi des événements qui nous touchent, ralentir pour goûter notre présence ici sur terre.

 

Parce que l’expérience n’a pas le même goût quand elle se fait en direct, au présent, plutôt de derrière un smartphone. N’oublions pas que nous voyons avec nos yeux, nous entendons avec nos oreilles, touchons avec notre peau, sentons avec notre nez, goûtons avec nos papilles gustatives, sommes en mouvement en bougeant, en respirant, vibrons en chantant… 

 

 Parce que comprendre le sens vital de nos désarrois nous permet de nous libérer de la charge affective de notre passé pour découvrir confiance et bienveillance. L’explication d’un inconscient psychique qui contiendrait l’origine de nos névroses est insuffisante pour faire la paix avec soi. La biologie -ou langage de la vie- nous aide là où s’arrête l’explication psychique.

 

Parce que nous pouvons apprendre à vivre plutôt que subir la prolongation automatique de la survie : à chacun individuellement, à nous tous collectivement de concevoir des voies nouvelles pour répondre aux besoins auxquels nous ne pouvons échapper. Chercher à échapper à notre corps, vouloir à tout prix le prolonger comme s’il était insuffisant, nous déshumanise. Répondre en conscience au désir d’être humain nous rapproche de la confiance, de l’amitié et du sens de la vie.

 

Face aux promesses du « toujours plus », qu’elles soient mentales, émotionnelles, physiques ou techniques, c’est à chacun de faire la paix avec ce qui est déjà là en soi, vivant et parfait.

 

Que 2017 éclaire chacun d’entre vous de cette lumineuse attention !

 

Catherine Aimelet Périssol