FAIRE RÉCIT : une réponse à notre besoin d’identité

Mars 2017

Nous voulons tous changer quelque chose à nos vies…

Et si nous commencions par faire récit plutôt que de réciter un savoir prémâché de façon automatique ?


Henri s’en veut beaucoup. Il désire tellement avoir une relation plus…


Au fait plus quoi ? « Plus tendre. Avec plus de signe d’amour.

Plus de douceur. Mais moi-même je m’énerve tout de suite dès qu’elle m’exaspère à ne voir que du négatif dans le comportement de nos enfants.

Je n’arrête pas de lui montrer tout ce qu’ils font de bien, tout le positif.

Elle sourit un peu et puis elle recommence et me traite de naïf. Je m’en veux de ne pas savoir gérer cette situation.

L’un de nos enfants nous a dit préférer aller dormir chez les parents de son copain parce que, là-bas, " personne ne crie "


Henri a essayé d’utiliser un meilleur mode de communication :


« Quand tu dis tout le temps que les enfants ont des difficultés à être autonomes, je ressens un épuisement. J’ai besoin de soutien et te demande d’être plus positive »
Sa femme a été sensible à son propos et a fait des efforts. Mais ça recommence. « C’est plus fort que moi » lui a-t-elle dit.


Le problème semble dans la relation entre Henri et sa femme, un problème d’identité : elle voit, avec les « yeux de son esprit » ce qu’elle attend des autres et donc ce qui lui manque à elle et cela l’affecte lui. Il ne se sent pas assez soutenu.


Comment la logique émotionnelle peut-elle répondre à ce conflit ?


En invitant chacun à « faire récit ». Il ne s’agit pas simplement de parler de soi à l’autre, mais de faire un récit de son expérience dans cette situation et de le donner à entendre à l’autre sans exprimer, pour autant, de demande de quoi que ce soit.


Par exemple : « Je me rends compte de mon habitude à mettre toujours du positif dans mes propos. Peut-être pour me sentir plus solide, plus stable. Comme si c’était une façon de me soutenir moi-même et aussi d’éviter toute difficulté qui m’empêcherait d’avancer.

As-tu remarqué ça en moi ? C’est assez fatiguant en réalité. Et du coup, quand nous discutons des enfants, c’est comme si nous étions dans deux camps opposés. Qu’en penses-tu ? »


Ces paroles vous étonnent ? Elles vous semblent étrangères à vos habitudes ?

 

Normal.

Nous sommes tellement entrainés à parler pour que l’autre nous comprenne que nous en avons perdu l’usage du récit de soi. Mais c’est oublier que le langage a d’abord fonction de vocaliser l’expérience vivante ! Et ce, avant de renseigner l’autre, ou de dire quelque chose d’utile, de juste, d’intelligent ou d’exceptionnel. Mettre des sons, des mots, des formes sur nos expériences, voilà qui donnerait à entendre une parole véritablement incarnée.


Faire récit commence par entendre la vie en soi et comment celle-ci se manifeste dans le besoin et le désir. Pour Henri qui attend le soutien de son épouse, tout commence par cet appel à être stable, venu d’une mémoire vitale qui s’est inscrite dans son corps bien avant sa rencontre avec elle bien sûr.


Faire récit de ce qui nous appelle intérieurement et qui provoque nos comportements, nos choix et nos pensées, c’est incarner sa parole et se responsabiliser.
Il ne s’agit pas de réciter un savoir connu ou même appris, plus ou moins bien automatisé autour de nos ressentiments. Il s’agit de témoigner de notre capacité à, non seulement être, mais être humain.


Rien de moins que la proposition d’un autre paradigme, un autre usage de soi dans sa relation aux autres. Une coutume à partager entre nous, au-delà de la dominance et de ses conséquences délétères.