Je me sentais très démotivé dès le matin.
Ma femme me disait que je traînais les pieds et que je n’étais pas un bon exemple pour nos enfants. Je disais souvent que « j’en avais plein le dos du comportement provocateur des élèves, que ça ne pouvait pas continuer comme ça. En même temps, je m’en voulais de mes jugements, parce que j’aime bien mes élèves aussi. Ils ne sont pas méchants. »
Alors, quand l’animatrice m’a demandé de répondre à la question « pourquoi je me lève le matin ? », j’ai répondu :
« parce ce que je suis obligé ! »
Puis je me suis rendu compte que là n’était pas la question ! On me demandait de préciser « pour…quoi », et là j’ai répondu « pour aller travailler ». – « Pour quels bénéfices ? « j’ai été tenté de répondre : « pour gagner mon salaire » mais j’ai trouvé ça un peu court.
Et je me suis souvenu de ce qui me met en rogne régulièrement dès le matin : le manque de politesse et de respect des enfants entre eux et à mon égard. Ils ne se voient pas, se bousculent. Quant à moi, je suis le prof casse-pieds.
Evidemment, plus je suis en rogne, plus je suis casse-pieds !
Alors, est-ce que je peux y ajouter du plaisir ?
Au début, je ne voyais vraiment pas ! La page blanche ! Il me semblait évident que c’était aux enfants de témoigner du respect et de la politesse. Et puis cette idée de plaisir a fait son chemin et je me suis dit que c’était moi qui aurais du plaisir à les voir vraiment, un par un, le matin.
Depuis, je les fais entrer individuellement dans la classe, je leur dis bonjour en les regardant, en leur serrant la main et en les appelant par leur prénoms.
Le plus rôle, c’est que maintenant ce sont eux qui semblent attendre ce qu’ils ont nommé le « cérémonial ». Je crois que ces cinq minutes sont bien employées et que j’y ai trouvé du plaisir. |